Quand on pense à un bagagiste, on imagine un mec sur le tarmac d’un aéroport en train de balancer plus ou moins délicatement les précieuses valises des passagers qui font la queue pour l’embarquement. Mais à côté de cela, il existe un autre type de bagagiste. Ils ont ce statut parce qu’ils s’occupent des bagages dans l’aéroport en accord avec les autorités et certaines compagnies aériennes. Et ils s’en occupent d’une manière spéciale puisqu’ils les emballent. Emballer un bagage? Oui c’est bien de cela qu’il s’agit. C’est un métier qui consiste à recouvrir de plusieurs couches de film plastique les valises, cartons, sacs tricolores de Barbès qui doivent prendre l’avion, tout peut y passer.

Je les ai découverts à Roissy. Il y a trois sociétés qui se font la guerre. Certaines sont implantées depuis près de 10 ans. Elles n’ont pas toutes la même stratégie : les unes proposent toute une gamme de services pour les bagages : ça va du fret pour transporter les kilos en trop à des prix défiant toute concurrence au simple filmage des bagages avec ou sans garantie si vous garder le ticket. La prestation revient à un prix entre 5 et 10 euros par bagage.

Le procédé est simple. La valise est emballée dans un film plastique. Comme une assiette qu’on recouvrirait de film fraîcheur ou alimentaire avant de la mettre au réfrigérateur ou au micro-onde. Chacun a sa technique. Celle de Dodzi a attiré mon regard alors que j’accompagnais une amie pour le vol de Rio de Janeiro. Il pose la valise sur une sorte de plate-forme qui tourne et, un peu comme une glace italienne, le film plastique de couleur rose enveloppe d’une, puis deux, puis trois épaisseurs dans l’autre sens, verticalement horizontalement jusqu’à enrober complètement le bagage, comme un bonbon. Il manipule la valise, fait des trous pour les roulettes et les poignets afin que les passagers mais aussi les autres bagagistes puissent l’attraper. « Quand j’ai commencé ce boulot -payé au smic et augmenté de primes en fonction du nombre de bagages filmés – j’ai perdu cinq kilos et résilié mon abonnement à la salle de sport. »

Dodzi me précise que les stations d’emballage sont placées stratégiquement près des terminaux internationaux : ils ciblent les destinations du Maghreb, du continent africain d’une manière générale de l’Asie et de l’Amérique du Sud. « Les hommes d’affaires qui voyagent en Europe et aux Etats-Unis ont rarement besoin de nos services. » On vient le voir si la valise ne ferme pas bien, pour renforcer sa résistance aux chocs et aux intempéries, mais aussi pour éviter que les valises ne soient ouvertes et fouillées par des douaniers peu scrupuleux… Le plastique n’empêchent pas les contrôles réglementaires réalisés par scanner et ne pèse pas trop lourd au moment de l’enregistrement.

Vu le nombre de passagers dans un avion, les clients potentiels ne manquent pas. Sauf quand un nuage volcanique venu du pays de Björk vient perturber le décollage des avions, à ce moment-là, il subit, par répercussion, la baisse d’activité. Mais la semaine de l’éruption Dodzi était en congés !

Juliette Joachim

Paru le 10 juin 2010

Juliette Joachim

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