Trois heures du matin, l’avion atterrit à l’aéroport d’Hurgadha. Il fait chaud en ce mois d’octobre. La chaleur en plein automne, c’est ce que viennent chercher les touristes de cette ville située au sud du Canal de Suez, à six heures de route du Caire. L’Ile Paradise, les magnifiques sites de plongée, la traversée du désert en pleine nuit, la chicha pomme d’Adam… Tout un programme.

Après le passage de la douane me voilà entassé dans un car avec des inconnus. Dix minutes plus tard, l’hôtel, enfin. Le personnel me fait une haie d’honneur en me félicitant d’être arrivé – j’ai l’impression d’une cérémonie pour le lancement d’un nouvel iPhone. Un homme m’arrache les valises des mains et me les amène jusqu’à ma chambre. Je ne lui donne pas de pourboire, je suis déjà en train de dormir.

11 heures du matin, on frappe. J’ouvre la porte et aperçois un chariot avec des serviettes. C’est la femme de chambre qui va me demander si je vais libérer la chambre… Non, c’est Mahmoud, une trentaine d’années, une grosse moustache, qui me demande avec un grand sourire si j’ai bien dormi.

Après un petit déjeuné bien tardif, je fais le tour de l’hôtel et une chose retient mon attention. Je ne croise aucune femme. Ici, les femmes de chambre sont des hommes. Curieux, je me dirige vers l’équipe d’animation de l’hôtel, j’y rencontre Fifi. Une jeune fille de 23 ans d’origine tunisienne qui travaille dans l’hôtel depuis près de six mois. Je lui fais part de mon observation étonnée : « Oui c’est vrai, tu as raison, c’est comme ça ici, les filles elles viennent du bled, on est deux à venir de Tunisie, et une femme à la réception elle est du Maroc, et puis il y a une Française… On se pose pas trop la question, on est là pour travailler… Va faire un tour dehors tu verras ! »

Je sors de l’hôtel et découvre des kilomètres de trottoir. Des boutiques, des babioles pour touristes. Des couples de Russes, d’Allemands, de Hollandais se tenant par la main et qui flânent comme dans un centre commercial sous une chaleur écrasante. On m’attire dans une boutique. C’est Adam le beau gosse d’Egypte, comme il aime bien le dire, qui me reçoit. Il ne veut rien me vendre, juste discuter. Il m’invite à fumer une chicha pomme et à boire un thé d’hibiscus brûlant.

Il me pose plein de questions, je lui en pose une : Adam, elles sont où les Egyptiennes ? Il me tire par le bras, me sort du magasin, et pointant du doigt un groupe de jeunes femmes visiblement russes, me dit : « Quand tu vois ces beautés, je comprends pas pourquoi tu me parles des Egyptiennes. Ah, laisse tomber les égyptiennes ! » Il me confie alors qu’il n’est pas marié, qu’il n’a pas d’enfant et qu’il se verrait bien, lui, fils de pharaon, avec une fille de tsar. Comme pour mettre fin à cette discussion, il m’encourage à aller à la vieille ville.

Au bord du trottoir, j’arrête le premier taxi. Le chauffeur s’appelle Mohamed, je sympathise avec lui, il me raconte qu’il est originaire du nord, qu’il est venu à Hurghada principalement pour l’argent. Il y vit avec sa femme et ses deux petits garçons. Je lui demande si sa femme travaille, il me répond qu’ici les femmes ne travaillent pas, que c’est une règle, que c’est pour empêcher plein de mauvaises choses. Il ne me dit pas quoi. Il ajoute que beaucoup de travailleurs sont saisonniers et viennent dans la région sans leur famille.

Vingt livres égyptiennes plus tard, j’arrive dans le quartier de la marina : le Saint-Trop’ égyptien, des yachts alignés sur toute la côte face à des pubs et pas une égyptiennes dans la rue. En rentrant à l’hôtel, j’ai en tête les clips vidéo où la belle chanteuse Ruby se déhanche magnifiquement sur de la musique house orientale. Dans ma chambre, ils ont bloqué les chaines musicales ou quoi ?

Anouar Boukra

Anouar Boukra

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