Les uns les appellent « tontines » d’autres, « ristournes ». Peu importe le nom qu’on leur donne. C’est une forme de microcrédit avant l’heure, entre particuliers, en usage dans des milliers de familles aujourd’hui en France. Pratiqué essentiellement par les communautés d’Afrique subsaharienne, la tontine est un regroupement de personnes qui, chaque mois, s’engagent à verser une certaine somme d’argent. L’argent récolté sera alors versé à l’un des membres et ainsi de suite. Chacun des cotisants aura un jour sa part.

Valérie, 47 ans, habitante de l’Abreuvoir à Bobigny, participe à des tontines depuis plus de 15 ans. Elle avait déjà commencée « au pays », au Congo Brazzaville. « Ici, ça fait environ cinq ans que je verse des ristournes, nous sommes dix et chaque mois, nous devons donner 300 euros. » Trois mille euros, voilà la somme que perçoivent les cotisants chaque mois, chacun son tour.

Les tontines sont plutôt bien organisées : « Il y a la maman de ristournes, c’est elle la gérante », explique Valérie. Cette gérante est chargée de récolter l’argent tous les mois, elle tient également la liste établissant l’ordre dans lequel les membres vont recevoir les 3000 euros, l’ordre pouvant être bousculé en cas de gros pépin. Quand il s’agit d’argent, il faut toujours tout bien faire. Rien n’est laissé au hasard et surtout pas la sélection des membres.

« Je ne connais pas tout le monde mais ceux que je connais connaissent ceux que je ne connais pas. N’importe qui ne peut pas rentrer dans la tontine, il faut que l’on soit sûr que la personne mettra l’argent tous les mois, poursuit Valérie. C’est pour ça que les nouveaux sont toujours les derniers sur la liste, on veut voir s’ils participent correctement à la tontine, on ne peut pas prendre le risque de leur donner l’argent de suite et de ne plus les revoir. » En effet ! J’en connais des histoires où des membres de cette épargne volontaire, après avoir reçu leur part, ont disparu de la circulation ou n’ont plus cotisé. C’est un gros risque, quand on sait combien l’argent de la tontine est important dans la vie de celui qui la reçoit.

Comme l’indique Valérie, « l’argent des tontines n’est pas fait pour être économisé par celui qui le reçoit. Il doit servir à quelque chose de concret : payer des dettes, faire construire une maison au pays, financer les vacances, ce n’est pas juste pour la vie de tous les jours ». Bien souvent aussi, une partie de la somme est envoyée pour aider la famille en Afrique. « Vraiment, la ristourne, c’est utile, assure Valérie. Il n’y pas d’intérêts, c’est mieux que de prendre un crédit à la banque. »

Ce système repose que sur la parole des uns et des autres, mais cette parole, sauf cas isolés, n’est pas trahie. C’est pourquoi aujourd’hui les tontines existent encore.
Axelle Adjanohoun

Axelle Adjanohoun

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