Ce dispositif, Créarif, donne un coup de pouce à la création d’entreprises dans les quartiers dits « politique de la ville », par un accompagnement personnalisé. Chaque professionnel sélectionné, environ 100 personnes sur 300 candidatures l’an dernier, obtient une rencontre avec un consultant d’une entreprise partenaire (KPMG, Accenture, Impact). Suite au diagnostic, des solutions de résolutions concrètes lui sont proposées.
Sally Bennacer, qui a monté son entreprise Art and Blind en juillet 2000 dans le bâtiment (plus précisément dans la vente de stores, volets rideaux) connaît bien les difficultés liées à ce type d’aventure. En plus, les femmes sont rares dans ce secteur. Cela fait bien longtemps qu’elle ne compte plus les clients qui lui disent « j’attendais un homme ». Les débuts sont semés d’embuche : « Comme vous le savez, quand on est issu d’un quartier populaire, c’est très dur ». Le manque d’information semblait alors faire gravement défaut : « Aujourd’hui, quand on tape sur Google “création d’entreprise” on a des dizaines d’informations, mais à l’époque on ne pouvait s’adresser qu’aux chambres consulaires et chambres des métiers et du commerce ».
Elle qui est alors salariée, se voit conseiller par ces organismes d’abandonner son projet. Sans aide extérieure, entourée « d’ouvriers et de chômeurs », n’ayant pour elle que « la valeur travail » et « son talent pour la vente » elle se jette à l’eau, cumulant avec un job dans la restauration pour boucler ses fins de mois. Après dix années de galères, elle ouvre deux points de vente et embauche des salariés. Elle se déclare « très fière de faire vivre des pères et des mères de famille ».
Son expérience avec Créarif arrive à point nommé alors qu’elle attaque l’échelon national. Malgré un plan d’action, elle a besoin d’une confirmation que sa stratégie est la bonne. Le consultant l’enjoint à continuer selon sa feuille de route.
« Les petites entreprises du 93, c’est mieux que le gaz de schiste ». Rafik Mahiout, PDG de Dognin, maroquinerie de luxe située à la goutte d’or, en est convaincu. Lui qui est ingénieur de formation et très actif dans l’innovation, a obtenu rapidement un prêt de la BPI (Banque publique d’investissement) grâce au Créarif et l’ADIVE pour l’un de ses projets. Comme le souligne le Président de la région « le banquier se sent plus détendu quand la région garantit le prêt ».
En Ile-de-France, pour les entreprises créées en 2006 (selon les chiffres de l’INSEE), le taux de survie des sociétés estimé à 3 ans est de 62,4 %, avec de fortes disparités selon le secteur d’activité et le territoire. À l’échelle nationale, ce même taux est de 65,8 %.  En comparaison, moins de la moitié passaient cette barre en Seine-Saint-Denis. L’ADIVE enregistre un taux de 84 % de réussite en son sein.
L’aide apportée n’est pourtant pas financière. Pour Jean-Paul Huchon, « la notion d’accompagnement est absolument déterminante ». Amhed Bouzouaid, fondateur de Muse D Territoires (entreprise de conseil) considère que l’audit proposé par le dispositif est central, car « c’est super important de confronter son projet ».
La région semble donc s’engager auprès des entrepreneurs des quartiers populaires. Cependant, à l’heure des questions, un autre son de cloche se fait entendre. Said Aigoun a créé en mai 2013 une entreprise de prévention, et interpelle l’élu sur l’accès aux marchés publics. En effet, n’ayant pas atteint les 36 mois qui semblent représenter la majorité pour une société, il se plaint « qu’on ne voit pas passer son dossier ». Il confie également « c’est le même problème pour les marchés privés ». L’entrepreneur considère que pour les obtenir « il faut connaître du monde ».
Ce type de dispositifs semble représenter une réelle pluvalue pour entreprendre sur le territoire, grâce à la mise en réseau et aux conseils apportés. Cependant, pour ceux qui sont en dehors, cet univers reste très difficile d’accès et les premières années sont capitales.
Matthieu Blard

Articles liés

  • Emploi : Reims, l’autre ville du Grand Paris ?

    Est-il plus facile de trouver un emploi à Reims ou à Paris, pour les habitants, diplômés ou non, des quartiers populaires de la cité champenoise ? Alors que beaucoup ont du se résoudre à quitter leur ville natale pour trouver des opportunités qui correspondent à leurs attentes, d'autres Rémois tentent de rebattre les cartes de l'emploi local. Témoignages.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 11/06/2021
  • À Bondy, salariés et employés désespérés face à la fermeture de l’Intermarché

    Les salarié·e·s de l’Intermarché de Bondy en Seine-Saint-Denis attendent depuis le 24 février la réouverture de leur magasin, fermé pour “raisons de sécurité” par la préfecture du département. Malgré les relances, la situation n’évolue pas. Les salarié·e·s du magasin témoignent de leur situation de plus en plus difficile sur le plan financier et mental. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 29/04/2021
  • Abdoulaye, 67 ans, vendeur ambulant

    Ils tiennent ces petits étals de montres et de lunettes que l'on croise au détour d'un troquet ou d'un couloir de métro sans trop y prêter attention. Ahmed Ait Ben Daoud a pris le temps de se poser pour écouter l'histoire de l'homme derrière l'étal. Abdoulaye est vendeur ambulant dans la banlieue de Mulhouse. Récit.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 08/12/2020