L’objectif de ce concours est d’encourager les qualités oratoires des étudiants et de les placer dans les conditions d’un véritable procès. L’événement a pour maxime : « le droit n’est que prétexte à l’éloquence ». Un jury composé de professeurs d’université et d’avocats jugent le pouvoir de persuasion des finalistes. Vêtus de leurs toges d’avocat  Imane, Karim, Ferhad et Ismaël se sont lancés dans des plaidoyers enflammés. Imane et Karim décident d’argumenter sur le litige d’un agent de probation qui s’occupe de la réinsertion des délinquants sexuels. Ce dernier a été licencié pour s’être livré  en dehors de son temps de travail  à des activités sadomasochismes. Ferhad et Ismaël s’intéressent, quant à eux, au litige d’un gérant de fait qui n’a pas versé de pension alimentaire à son épouse.

La seule exigence du concours  est de séduire l’auditoire, c’est pourquoi les fondements  légaux et jurisprudentiels qui apportent des solutions aux litiges ne suffisent pas à emporter la conviction du jury.  En réalité, c’est encore plus subtil. Il s’agit de se servir du droit comme d’un moyen de parvenir par le verbe à capter l’esprit du jury. Pour cela il y a tout un travail de mise en scène: la voix, le ton, le regard,  la diction, les métaphores, les références à des grands auteurs sont autant d’éléments qui peuvent contribuer à émouvoir l’auditoire.

Encore faut-il avoir des choses à dire sur le litige. Il faut savoir de quoi l’on parle lorsque l’orateur se trouve face à un jury professionnel. Sur ce point, les finalistes sont  irréprochables.  Imane, par exemple, montre qu’elle maîtrise son sujet. Pour défendre  les intérêts de son client, elle considère que le fait de diffuser une  photo de celui-ci en train  de fouetter deux nymphettes, en dehors de son lieu de travail,  constitue  une atteinte au respect de la vie privée, sur le fondement  de l’article 9 du Code civil et de l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Karim, l’avocat défendeur, appelé à la barre, parle à son tour.  Avec une envolée dialectique, il remet effectivement  en cause la notion floue du « respect de la vie privée » car le législateur ne la jamais définie. C’est pourquoi  il en revient à la jurisprudence de définir ce que peut revêtir cette notion. Avec habileté, Karim en cite une  qui éclaire sur la question : «  Si un fait tiré de la vie personnelle du salarié ne peut constituer une faute, il en est autrement si le comportement de l’intéressé, compte tenu de ses fonctions et de la finalité propre de l’entreprise, a causé un trouble objectif caractérisé au sein de cette dernière ». Cass. Soc 16 mars 2004.

Au final,  le but du concours  n’est pas de savoir qui du demandeur ou du défendeur a tort ou raison mais de savoir qui est capable par un discours éloquent de convaincre, de plaire ou d’émouvoir un jury professionnel. Pour cette édition,  celui-ci proclame Karim et Ismaël vainqueurs. Ils auront l’honneur de représenter l’université Paris XIII aux 1/4 de finale du concours national,  le 5 avril au centre Panthéon.

Mimissa Barberis

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