Après un voyage au Qatar en novembre dernier, une délégation d’élus de l’ANELD (Association nationale des élus locaux pour la diversité) obtient la promesse d’un fonds d’investissement de 50 millions d’euros. Ce fonds d’investissement devait être mis au profit de la création d’entreprise dans les quartiers populaires. Les intéressés devaient déposer une candidature en y expliquant le projet qu’ils souhaitaient mettre en place. Ainsi, les plus crédibles auraient été sélectionnés  par un jury et bénéficier d’un financement du pays du golfe pour le mener. Aujourd’hui, coup de théâtre. Le projet est complètement transformé. Il serait destiné à venir en aide aux PME. Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, le supervisera.

Mardi matin, les élus de l’ANELD se mobilisent. C’est devant le  café Royale, place du 8  mai 1945 à la Courneuve que certains membres de l’association distribuent des tracts et font signer leur pétition, sous la pluie. Parmi eux : Kamel Hamza (président de l’ANELD conseiller municipal UMP à la Courneuve), Faten Hidri (avocate et conseillère régional Ile-de-France) et Mokhtaria Kebli (professeur d’espagnol et élue municipal à Aulnay-sous-Bois).

Faten Hidri s’inquiète de la reprise du projet, « je trouve cela juste scandaleux .Est-ce que ça va être redistribué aux amis ? C’est la banlieue qui se fait trahir encore une fois. » Kamel Hamza, quant à lui, s’étonne d’avoir appris la nouvelle dans la presse et qu’aucun élu de l’ANELD n’ait été informé : « On prend ça comme une claque, on voit ça comme un détournement de fonds, comme un hold-up du gouvernement parce que ceux qui l’ont critiqué hier, ont aujourd’hui décidé de le récupérer pour eux. Ce fonds était destiné à tous ceux qui vivent dans des quartiers populaires, qu’ils s’appellent Kamel ou Michel, ils sont Français, ce n’était pas un projet communautaire ». Mokhtaria Kebli quand à elle insiste sur la « genèse du projet » qui consistait à venir en aide à des entrepreneurs dont la difficulté principale reste de trouver des financements pour la création de leur commerce.

Pendant ce temps les passants se laissent convaincre, la feuille commence à se remplir de signatures. Moustapha, la trentaine, salarié à la RATP, est venue soutenir l’action de l’ANELD « Ce n’est pas normal, ce projet était destiné aux banlieues. Ce n’est pas évident de trouver des financements pour créer une entreprise. Les banlieues sont en crise depuis les années 1980 ». Mohamed, porteur de projet est également présent. « J’avais proposé un projet de réparation et entretien des ascenseurs. C’est un peu désolant surtout qu’une majorité de ces quartiers a voté pour François Hollande. Quand vous demandez un crédit à une banque elle vous demande des garanties astronomiques ».

Qu’est-ce qui a pu pousser le Qatar a changer radicalement de position ? François Hollande n’a jamais caché son désaccord avec cet engagement du pays du Golfe. Pourtant, l’ANELD compte des élus de tout bord politique, et bien entendu socialistes, qui n’ont pas été contre ce projet. Les Qataris demeurent tout de même acquéreur de grands nombres de biens en France, sans compter les parts détenues dans des sociétés du CAC40. En même temps, l’investissement du Qatar n’est pas retiré mais mis à profit d’une autre cible, les PME.

Pour Nabil Ennasri, chercheur spécialiste du Qatar, les raisons de ce changement seraient notamment d’ordre politique et liées à l’image du pays. « Le Qatar est très soucieux de son image. Il y a eu un certains nombre de polémiques et de propos déplacés de la part de certains responsables politiques qui ont fait comprendre au Qatar qu’il valait mieux faire marche arrière et qu’il valait mieux réorienter le fond en question ». La situation semble assez compliquée actuellement. Elle devrait probablement s’éclaircir dans les prochains jours…  pas.

Imane Youssfi

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