Aujourd’hui, tout le monde connaît l’histoire d’Adama Cissé. Si jamais vous l’avez loupée, c’est celle d’un agent de propreté qui a été pris en photo, à son insu, en 2018. Sur cette photo, il dort sur le bord d’une vitrine, ses chaussures sont posées au sol. La photo est rapidement postée sur les réseaux sociaux avec une légende répugnante.

En plus de la publier sur Twitter, la fameuse Catherine a posté sa photo sur la page Facebook de la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur RMC. L’objectif étant clairement de médiatiser et donner un maximum d’écho à ce cliché plein d’indignation.

Moi, ce qui m’indigne c’est qu’on puisse prendre une photo pareille, se révolter qu’un monsieur soit allongé dans ces conditions, et la poster volontairement sur les réseaux sociaux en dénonçant un truc dont on n’est même pas sûr. Parce que Catherine ne connaît rien de l’histoire d’Adama. Parce qu’elle prend sa photo sans lui demander son accord, sans même lui demander si ça va. Parce que Catherine ne considère finalement pas Adama comme un être humain qui peut être malade ou fatigué. Comme si un éboueur n’était destiné qu’à ramasser les poubelles.

Ce qui est d’autant plus révoltant, c’est qu’Adama a perdu son travail après cette histoire. Il est licencié pour faute grave par Derichbourg, son employeur. Il avait expliqué que son service était terminé et rappelé la pénibilité se sa fonction : « On descend et on remonte sans arrêt du camion », a-t-il expliqué. En vain. Alors, Monsieur Cissé a contesté ce licenciement et le mardi 14 janvier avait lieu l’audience aux Prud’hommes.

L’avocat d’Adama Cissé assure que c’est la pénibilité de son travail et une douleur à la cheville qui l’ont poussé à faire une pause en se déchaussant. La société, quant à elle, a nié avoir eu connaissance de sa blessure. La décision sera donnée le 19 juin 2020.

Sans des Adama, aurions-nous un pays si propre ?

Au delà de la réponse radicale de l’entreprise, ce qui me gêne personnellement c’est certaines réactions horribles des gens sur les réseaux sociaux.

Certains montages comparent cette photo d’Adama à celle de politiciens qui piquent du nez sur les bancs luxueux de l’Assemblée nationale ont été faits. Ces derniers montrent bien qu’il y a une inégalité entre le repos des uns et des autres.

On est bien content d’avoir des personnes qui acceptent ces métiers qui font l’objet d’un véritable mépris social, d’un dégoût voire d’une honte. C’est bien beau d’être écolo et de se vanter de trier nos déchets mais sans des Adama, maillons de la chaîne pour les collecter, aurions-nous un pays si propre ?

Alors en postant cette photo, l’auteure ignorait sûrement les conséquences irréversibles de sa publication mais en attendant Adama, en perdant son emploi, plonge dans la précarité alors même qu’il vient d’être papa.

On entend souvent dire que les réseaux sociaux sont nocifs pour les ados. Je fais partie de cette catégorie et ce discours me fatigue parce qu’il est répété à longueur d’année. Il est vrai que le harcèlement numérique existe, il est vrais que les réseaux peuvent être risqués. Sauf qu’on ne parle pas assez du danger des réseaux sociaux chez les adultes. Ce sont parfois eux qui en ont l’utilisation la plus dangereuse.

Luna HAMIDI

Crédit photo : Capture d’écran / BFM Paris

Articles liés

  • Emploi : Reims, l’autre ville du Grand Paris ?

    Est-il plus facile de trouver un emploi à Reims ou à Paris, pour les habitants, diplômés ou non, des quartiers populaires de la cité champenoise ? Alors que beaucoup ont du se résoudre à quitter leur ville natale pour trouver des opportunités qui correspondent à leurs attentes, d'autres Rémois tentent de rebattre les cartes de l'emploi local. Témoignages.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 11/06/2021
  • À Bondy, salariés et employés désespérés face à la fermeture de l’Intermarché

    Les salarié·e·s de l’Intermarché de Bondy en Seine-Saint-Denis attendent depuis le 24 février la réouverture de leur magasin, fermé pour “raisons de sécurité” par la préfecture du département. Malgré les relances, la situation n’évolue pas. Les salarié·e·s du magasin témoignent de leur situation de plus en plus difficile sur le plan financier et mental. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 29/04/2021
  • Abdoulaye, 67 ans, vendeur ambulant

    Ils tiennent ces petits étals de montres et de lunettes que l'on croise au détour d'un troquet ou d'un couloir de métro sans trop y prêter attention. Ahmed Ait Ben Daoud a pris le temps de se poser pour écouter l'histoire de l'homme derrière l'étal. Abdoulaye est vendeur ambulant dans la banlieue de Mulhouse. Récit.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 08/12/2020