l’initiative de Jacques Attali, trois jours durant, politiques, responsables associatifs, ONG, se succèdent au Havre pour parler de l’économie du futur. L’expression reste floue,  mais la positive attitude est de mise.

Ce matin, direction le Havre, pour la troisième édition du LHForum/Positive Economy Forum (sur le thème de l’économie positive). J’ai sorti ma plus belle valise, mais je n’ai pas échappé aux deux heures de train à travers un brouillard particulièrement dense dont je ne préfère pas garder souvenir.

Le Havre, 9 heures du matin. Au Docks Océane, grand bâtiment en brique près de la gare, autant d’énergie et d’effervescence qu’il n’y a eu de brouillard pendant le trajet. Manuel Valls est présent pour l’ouverture du forum et dans son discours, la jeunesse est à l’honneur, une fois de plus. La jeunesse pour ses compétences, pour son énergie, mais la jeunesse aussi parce qu’elle mérite de vivre dans un monde durable. Il rappelle « jamais l’urgence n’a été aussi présente, elle nous indique l’ordre de repenser notre rapport à l’environnement » et poursuit « l’économie positive a un rôle particulier à jouer ».

Le fil rouge de cette première journée de forum, le positif. On ne parle pas seulement d’économie positive, mais aussi de société positive et même de politique positive, même si l’on s’accorde à dire qu’on ne sait pas exactement ce que pourrait recouvrir cette idée.

À grand renfort de prise de hauteur, de mots pleins de sens, Manuel Valls et après lui, Alain Juppé entre autres, rappellent combien parfois il faut dépasser les clivages gauche droite, les désaccords strictement politiques pour penser le temps long.

En fin de matinée, je regarde autour de moi. À part la classe de seconde qui était avec moi dans le train, peu de jeunes. Je croise deux autres lycéens à la fin de l’intervention d’Hubert Reeves (astrophysicien et communicateur scientifique) et leur demande ce que représente l’économie positive pour eux. L’un d’eux répond « pour moi l’économie positive c’est une économie qui aide un peu tout le monde et pas seulement les plus riches ». Pour eux, une histoire d’argent plus que de générations, mais surtout une histoire d’égalité donc.

Pourtant, malgré toute l’énergie de ces entrepreneurs qui pensent à demain, malgré cet apparent consensus politique dont Manuel Valls et Alain Juppé peuvent être les symboles aujourd’hui au Havre, je me demande ce que peut signifier pour la classe politique, penser le temps long quand on a encore du mal à sortir des logiques de partis entre PS, écolos et UMP.

La classe de seconde a pris place dans la salle des retransmissions d´interventions. Les uns sont assis, leur téléphone à la main, les autres écoutent un peu distraitement. Un peu plus tard ils sortent en suivant plusieurs de leurs enseignants. Ils retournent à Paris.

Hier soir soir, à la CCI (Chambre de commerce et de l’industrie) du Havre, en face des bâtiments du forum, un cocktail a été organisé. Jacques Attali et d’autres prennent la parole. Autour d’eux, des panneaux avec des messages d’incitations aux initiatives citoyennes, à l’entrepreunariat. Je crois que tous les intervenants de la journée mesurent les enjeux auxquels nous devrons faire face dans les prochaines décennies. Avant le cocktail, ils citaient de grands chiffres sur le recyclage, sur la pêche, ils parlaient aussi de finance positive « une entreprise privée à 100 % pour l’intérêt général ! »

Encore une fois, malgré toutes les bonnes idées présentées ce soir, en sortant du cocktail, je me demande un peu comment rendre l’économie positive, positive aux yeux des jeunes générations quand le premier enjeu pour elles reste encore de trouver un emploi et de s’assurer un avenir proche. Je me demande aussi comment donner raison à Manuel Valls qui a parlé ce matin de « révolution collaborative ».

Demain, pour la deuxième journée du forum, d’autres intervenants. Des innovateurs, des fondateurs d’associations pleins d’énergie eux aussi. J’irai voir si quelqu’un a des idées.

Anne-Cécile Demulsant

Articles liés

  • Emploi : Reims, l’autre ville du Grand Paris ?

    Est-il plus facile de trouver un emploi à Reims ou à Paris, pour les habitants, diplômés ou non, des quartiers populaires de la cité champenoise ? Alors que beaucoup ont du se résoudre à quitter leur ville natale pour trouver des opportunités qui correspondent à leurs attentes, d'autres Rémois tentent de rebattre les cartes de l'emploi local. Témoignages.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 11/06/2021
  • À Bondy, salariés et employés désespérés face à la fermeture de l’Intermarché

    Les salarié·e·s de l’Intermarché de Bondy en Seine-Saint-Denis attendent depuis le 24 février la réouverture de leur magasin, fermé pour “raisons de sécurité” par la préfecture du département. Malgré les relances, la situation n’évolue pas. Les salarié·e·s du magasin témoignent de leur situation de plus en plus difficile sur le plan financier et mental. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 29/04/2021
  • Abdoulaye, 67 ans, vendeur ambulant

    Ils tiennent ces petits étals de montres et de lunettes que l'on croise au détour d'un troquet ou d'un couloir de métro sans trop y prêter attention. Ahmed Ait Ben Daoud a pris le temps de se poser pour écouter l'histoire de l'homme derrière l'étal. Abdoulaye est vendeur ambulant dans la banlieue de Mulhouse. Récit.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 08/12/2020