A Marseille s’est tenu le 15 avril une journée solidaire à la Villa Méditerranée. La thématique : entreprendre lorsque l’on est une femme des quartiers. Pour répondre aux multiples interrogations, conférences, ateliers et coin café.

350 inscrites ont été accueillies dans le Villa Méditerranée, grand bâtiment de verre adossé au Mucem. Sur l’esplanade du J4 avec vue sur la Méditerranée. De tous les quartiers, de tous âges, elles sont venues picorer des informations tout au long de cette journée organisée juste pour elles : conférences, ateliers, café, casse-croûte… « Une journée solidaire au cours de laquelle des femmes chefs d’entreprise pourront rencontrer et informer des femmes des quartiers qui veulent entreprendre. » Vaste programme que s’est fixé Marie-Françoise Colombani et Laure du Pavillon directrices respectives des sociétés EpOke Conseil et Cœur d’Entreprise. 

« Comment dois-je choisir mon statut juridique ? », « Comment je fais revenir mon client ? », « Vers qui me tourner pour m’aider pour la comptabilité ? » Une dizaine d’ateliers permettent de répondre aux multiples questions des femmes qui souhaitent créer leur petite entreprise. Pauline, une jeune femme énergique picore les informations qui l’intéressent. « Je souhaite faire des bouquins pour enfants », semble-t-elle s’excuser.  Elle s’est arrêtée à l’atelier « comment faire une étude de marcher ? » Une dizaine de femmes ont rapproché leur chaise autour de l’intervenante car dans la grande salle règne un brouhaha de discussions passionnées. « Il n’y a pas de questions idiotes », entame l’intervenante devant ces femmes penchées vers elle et accrochées à leurs calepins. « C’était très intéressant, se réjouit Pauline. Elle nous a donné une méthodologie très précise. Même si inconsciemment ce sont des choses que l’on sait, c’est bien de l’entendre de la part d’une personne professionnelle. »

30% de chômage des femmes dans certains arrondissements

L’atelier sur le choix de la forme juridique de son entreprise fait moins d’émules, mais les participantes sont très demandeuses et ont des questions bien précises. Une jeune femme auto-entrepreneuse semble totalement perdue : « Puis-je cumuler un travail salarié et une activité d’indépendante ? » « Bien sûr », répond l’intervenante. « Mais je croyais que… », insiste-t-elle, malgré les propos rassurants de la professionnelle. Du côté de la publicité à réaliser pour son entreprise, Faïza Medjtoh prend des notes. « J’essaie de me faire connaître », explique-t-elle. Mais elle n’est pas seulement là pour trouver des informations, elle fait aussi partie des femmes référentes de la journée. En effet, Faïza a un parcours d’auto-entrepreneuse original. D’origine algérienne, elle a créé une entreprise de BTP. « Je ne trouve pas que ce soit un domaine masculin, assure-t-elle. Je suis architecte, je ne suis pas sur les chantiers. » Avant de consentir à certaines complications : « J’ai eu quelques difficultés à trouver les clients au début. » Mais pour la jeune femme c’est un rêve qui se concrétise, être son propre patron dans le secteur d’activité qu’elle aime.

Parmi les femmes présentent pour répondre aux interrogations des néo-patronnes, il y a aussi Angèle Kari. Habitante de Saint-Joseph dans les quartiers Nord, elle sait ce qu’est la difficulté d’entreprendre lorsqu’on est originaire de ces quartiers : enclavement, manque de réseaux, difficultés d’accès à l’information, au crédit… Le taux de chômage atteint près de 30% dans certains de ces arrondissements. Angèle, jeune trentenaire, avait pour projet de créer une salle de sport dans son quartier, « une salle de sport pour tous ». Si son projet n’a pas pu aboutir dans les quartiers Nord comme elle l’espérait au départ, elle a réussi à ouvrir sa salle dans l’une des rues les plus passantes de la ville, la rue de Rome. Alors, même si son business ne lui permet pas encore d’avoir un salaire, elle est ravie de s’être lancée dans l’aventure.

« Vais-je y arriver ? »

Les participantes à cette journée ont de nombreuses questions techniques mais aussi beaucoup plus personnelles : « vais-je y arriver ? », « Suis-je faite pour être patron ? », « J’ai peur de ne pas être à la hauteur, et si je me plante ? » Les intervenants au cours de cette journée insistent sur la confiance en soi, notamment lors de la table ronde dédiée à cette thématique. Nadjet Benzohra, pour assurer que la réussite est possible, détaille son parcours. Née en Algérie et arrivée en France pour suivre son mari, elle a été confrontée au chômage pendant de longues périodes. « J’ai alors intégré une association où je donnais des cours bénévolement et les femmes me disaient « on a des compétences mais pas de diplômes » », raconte-t-elle timidement. Elle a alors l’idée d’utiliser l’une des compétences de ces femmes : la cuisine. Après un atelier-cuisine test, elle lance en 1996 un restaurant d’insertion qui fait aujourd’hui travailler 22 salariés à temps plein. Nadjet est chaudement applaudie par le public.

Au terme de la journée, sept jeunes femmes se sont vues attribuer une dotation pour les inciter à poursuivre leurs initiatives : coiffure, paysagisme, cuisine, peinture en bâtiment… « J’ai décidé d’organiser cet événement car je suis Marseillaise et j’en ai marre d’entendre les grands médias parler de Marseille comme de Chicago », explique quelque peu énervée Marie-Françoise Colombani. Ancienne de Elle, les portraits de femmes, elle connaît bien. Elle se dit très satisfaite de la journée, « je suis contente du retour des femmes, se réjouit-elle. Nous avons réalisé un gros travail de terrain avec les associations, on savait quel contenu il fallait avoir et ça a payé. »

Charlotte Cosset

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