Depuis que le patriarche est en préretraite, il a plus de temps libre. Fini les sept fois 15 heures de boulot par semaine, à sillonner Paris à bord de son taxi, pour nourrir son petit clan familial dont il est le chef adulé. A 63 ans, Il aimerait bien profiter de son emploi du temps allégée, pour le passer avec sa femme et ses enfants, si ceux-ci n’étaient pas des gros « relous ». Aucune journée ne s’écoule dans sa belle maison sans cris où joutes verbales, qu’affectionnent particulièrement ses quatre marmots, dont la moyenne d’âge est de 22 ans. Pas un mois sans que mère ait un nouveau plan de construction immobilière pour le bled, le poussant à traverser la méditerranée quatre fois dans l’année. Depuis longtemps Père a abandonné ce petit plaisir qui égayait sa vie: faire une sieste devant un épisode de Texas Walker Ranger, sans qu’une crise familiale le tire du canapé ceinturon à la main.

Le seul endroit ou il à encore la paix c’est dans son exploitation agricole de 700 m² attenante à la maison, où il fait pousser tout ce qui est à même de pourvoir aux besoins alimentaires de notre humanité. Fèves, concombres, tomates, haricots, mais aussi fraises, framboises… j’en passe et des meilleurs. Aucun membre de la famille n’irait l’embêter là-bas, l’amour de la terre ne s’étant pas transmis à la seconde génération. Aujourd’hui le padré est fier de son rendement agricole, correspondant à peu près à une année de chorba et de couscous, en légumes. Sa main verte, il la tient du bled. D’ailleurs toutes ses techniques d’agriculture sont inspirées de son passé de fellah (paysan en arabe). « A Bondy on peut tout faire pousser » se plait-il à dire. C’est ainsi qu’il a pu planter plusieurs figuiers, et des plantes médicinales des montagnes de Kabylie.

Se saigner les veines pour avoir son propre jardin n’est pas nécessaire pour profiter des plaisirs de la terre. Les jardins ouvriers ont connu leur heure de gloire à Bondy. On y allait, le week-end en famille, les enfants s’y amusaient, et les parents jardinaient, un vrai régal par une journée de printemps en fleurs. On n’en trouve plus beaucoup maintenant, les terrains en friche se faisant rare, il en reste quelques uns le long de la voie ferrée, ainsi qu’une petite exploitation à la Sablière, la cité ou j’ai grandi. Celle-ci était dirigée par un obscur personnage qu’on appelait le Baron, et qui me fessa le popotin, un jour ou il m’attrapa 18 kilos de fraises dans le ventre et dans la bouche, alors que j’étais tranquillement attablé sur ses terres.

Bondy est donc un terroir propice à une dame nature qui sait s’adapter. Les plaisirs de la ferme ont tout de même leurs limites. Pour avoir testé dans le temps l’élevage Avenue Carnot, la famille en sait quelque chose. Le coq peut déclencher la fureur du voisin et les lapins attirent les chats belligérants (paix a ton âme Rambo, mon lapin qui faisait fuir les plus féroces tigres). Quant au mouton qui s‘échappe dans la rue et qu’on doit courser jusqu’à la gare, c’était bien avant l’instauration de la loi statuant sur le sujet, ça fait tout de suite affreusement cliché.

Idir Hocini

Idir Hocini

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