« Touchez pas à ma maternité ! » Jacques Laisné, Directeur général de l’Agence Régionale de Santé (ARS) semble avoir entendu cette demande. Il a annoncé le 3 janvier sur France 3 Centre que Nora Berra, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la Santé, a débloqué 2,6 millions d’euros pour combler le déficit de 2011. Un point positif mais juste de quoi relancer la machine pour ce début d’année. Rien ne change sur le fond. Sa volonté reste la même : fermer la maternité, faire de la chirurgie un service ambulatoire, toutes deux compensées par un héliport.

200 Blancois réunis devant la préfecture de l’Indre, fin décembre, habitants du Blanc et de ses environs, personnels hospitaliers, syndicats et élus sont présents à Châteauroux pour réclamer le maintien du service de maternité et de chirurgie du centre hospitalier de leur ville. L’occasion ? Une délégation du Comité de Défense du Centre Hospitalier du Blanc est reçue par Xavier Péneau, préfet de l’Indre. Le Comité, présidé par Alain Pasquer, maire-adjoint et conseiller général, vient discuter de l’organisation d’une table ronde avec l’ensemble des acteurs (ARS du Centre et du Poitou-Charentes, CHU de Poitiers et de Châteauroux). Mais il ramène aussi dans son sac une pétition de près de 30 000 signatures. La table ronde est fixée au 30 janvier. Elle devrait permettre « la reprise de contact et de dialogue » pense Jacques Laisné.

Ce dernier a annoncé – dans son schéma régional d’organisation de la santé (SROS) 2012/2016 – le 9 novembre 2011 sa volonté de fermer la maternité et de réduire le service de chirurgie du Centre Hospitalier du Blanc. Raisons évoquées : un déficit budgétaire récurrent et une soi-disant dangerosité des service. Cette année évaluée à 4 millions d’euros par l’ARS (finalement de 2,6), cette lacune doit être estimée au regard de la « réalité quotidienne » explique Jacques Laisné. Selon lui, « on ne peut plus faire l’économie de restructurer l’hôpital du Blanc ».  Plusieurs fois menacé, il a pourtant augmenté son activité et fait d’importantes rénovations ces dernières années. Mais les 370 accouchements de 2011 ne suffisent pas à l’ARS et ne justifient pas à son sens le maintien de la maternité. Cette fois-ci l’Etat est fermement décidé à fermer ce service et à faire de la chirurgie un « service ambulatoire » (fermeture du service la nuit et les week-ends), limitant fortement ses possibilités d’interventions. Quant à la dangerosité des services, l’hôpital est soumis aux divers contrôles légaux et a passé celui d’octobre sans difficultés. Les derniers classements mettent même le centre hospitalier du Blanc au 30e rang national dans la lutte contre les infections nosocomiales.

« Un désert géographique sanitaire » A l’heure où  le président de la République prône le droit à l’égalité d’accès aux soins, l’agent de l’Etat sur le territoire veut fermer des services de proximité. La ville du Blanc compte 7 000 habitants et est le bassin de vie d’environ 45 000 personnes. Situé en zone rurale, l’hôpital est source de sécurité à la fois par sa proximité que pour la qualité de ses soins. Il apporte tranquillité à sa population vieillissante qui peut y subir des interventions bénignes (cataracte, pose de prothèses) ainsi que pour les jeunes couples. La maternité (et les autres services tels que les urgences) permet d’envisager sereinement une vie de parents. Un point fort pour limiter la désertification rurale tant regrettée.

Plus qu’une question de confort ou de choix, la fermeture de ces services va à l’encontre des lois de sécurité sanitaire. La loi Hôpital, patient, santé, territoires (HPST) de juillet 2009 évoque la « nécessité d’accès aux soins de premiers secours ainsi que la prise en charge des malades ». Les critères sont définis dans « les exigences de proximité, qui s’apprécie en terme de distance et de temps de parcours, de qualité et de sécurité ». Les parturientes blancoises se verraient en cas de fermeture du service devoir parcourir 60 km pour rejoindre la maternité la plus proche. Alors que les textes et notamment la première version du SROS préconisent au maximum 45 km. « C’est meurtrier, s’exclame le député-maire Jean-Paul Chanteguet, fermer cet hôpital c’est créer un désert géographique sanitaire. » Alors que l’Observatoire Régional de Santé souligne que cette région se compose de « cantons agricoles, défavorisés économiquement et socialement » et surtout disposant d’« une très faible offre de soins ». La surmortalité y est « générale et prématurée ». L’ARS souhaite malgré tout fermer ces services et compenser ce manque par un héliport efficace (coût estimé 2 millions d’euros).

« Pour rien au monde je ne repartirai ailleurs » Les habitants de la Brenne ont décidé de combattre ces « contradictions »  comme ils le disent.  Car selon Alain Pasquer, c’est « une décision évidemment politique ». Tout le monde au Blanc est mobilisé et notamment les commerçants. Chacun affiche fièrement son soutien à l’hôpital. Les vitrines sont barrées de banderoles, sur les comptoirs trônent la pétition ainsi qu’une urne de dons au profit du Comité de Défense. Le 2 décembre, une manifestation a réuni au Blanc 5 000 à 6 000 personnes, soit 90% de la population de la ville. Agents, habitants mais aussi élus ont déambulé dans les rues. Environ 80 écharpes tricolores ont fait le déplacement : maires, conseillers généraux, régionaux, députés et sénateurs. Alain Pasquer insiste sur ce fait, « c’est un combat qui unit tout le monde au-delà de nos convictions politiques. C’est un combat solidaire ». Environ 110 communes de l’Indre et des départements limitrophes, toutes couleurs politiques, ont envoyé leurs délibérations en soutien à l’hôpital.

Anne fait partie des mamans qui s’investissent dans le combat et qui ont fait le déplacement à Châteauroux. Originaire de Paris, elle a rejoint son mari au Blanc. « Ici on a une qualité de vie, raconte-t-elle, pour rien au monde je ne repartirai ailleurs. » Pour sa première, Agathe, l’accouchement a duré une petite heure. Si elle avait dû se rendre à Châteauroux ou à Poitiers, elle aurait accouché dans sa voiture. Elle ne tarit pas d’éloges à l’égard de ce service : « le personnel est à l’écoute. On oublie le côté stress, strict et froid du médical. On est presque à la maison. » La maternité à taille humaine tente de proposer une « alternative dans la prise en charge de la naissance face aux usines à bébés » explique Tatiana Darras sage-femme et porte voix du Comité. Un aspect apprécié car des femmes des « grandes villes » choisissent de venir accoucher au Blanc.

« Nous n’avons pas qu’une cartouche. » Au milieu des étangs brumeux de George Sand, les Berrichons se posent des questions politiques. Le service public doit-il répondre à des logiques de rentabilité quand leur sécurité est en jeu ? Les gens s’inquiètent de manière générale face aux propositions qui fusent pour compenser le manque de structures en campagne notamment la proposition récente de faire appel aux vétérinaires. Le député-maire du Blanc, PS, a annoncé sa volonté d’interroger les candidats à la présidentielle et notamment François Hollande sur la question de son hôpital. Le Blanc n’étant pas une exception, de nombreuses structures sont touchées par les fermetures totales et partielles même en région parisienne comme la maternité des Lilas. Mise en cause : la réforme de tarification à l’activité. Désormais, les aides de l’Etat sont dispensées au nombre d’actes réalisés, défavorables aux petites structures. Les solutions envisagées : affermir les collaborations entre les CHU de Châteauroux et de Poitiers et l’hôpital du Blanc. L’ARS envisage plutôt « une gouvernance partagée » qui implique nécessairement une large perte d’autonomie du petit hôpital. Dans tous les cas, il faut trouver « un système pour tenir compte des réalités locales et permettre un maillage sanitaire » affirme le député-maire.

« Monsieur le préfet a été particulièrement impressionné par la mobilisation territoriale » raconte à la sortie de la réunion Jean-Paul Chanteguet. Une nouvelle manifestation est prévue le 11 février. L’occasion de prouver une nouvelle fois la mobilisation de tous. Le Comité rappelle que Jacques Laisné a tous pouvoirs et décidera du sort de l’hôpital du Blanc par arrêté. « Nous n’avons pas qu’une cartouche » ajoute Alain Pasquer. Au cas où l’ARS resterait sur des positions fermes, le Comité de soutien envisage d’agir juridiquement. Leur modèle, l’hôpital de Carhaix qui a obtenu l’annulation de leur arrêté. Le mot de la fin de journée : « Restons mobilisés ».

Charlotte Cosset

Photo : La Nouvelle République

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