Les Lyonnais, ces gros beaufs. Tout ce qu’ils savent faire c’est se péter le bide dans des Bouchons. « Du beurre, encore du beurre, toujours du beurre », la marotte de « Popol ». Le vrai pape c’est lui. Bocuse, plus qu’un nom, une institution ! Ou alors danser sur des sons de Mickaël Jackson, à l’époque où il vendait encore du rêve. Et ce n’est pas Héloïse Letissier alias Christine and the Queens qui dira le contraire. Eh oui ! La nouvelle reine de la pop électro vient aussi de chez nous. Et la star du ballon rond, Karim Benzema, qui fricote avec Rihanna aussi.
Si la ville de Paul, Christine, Karim et les autres bouge autant aujourd’hui, c’est sans doute parce qu’il y a ici plus de fadas qu’ailleurs. La Gaule forte, tout un programme et dans son sillage… une nouvelle tête. Meryl Benitah par exemple. Elle réalisait ses propres biscuits macarons, avec la patience d’un ermite, à l’époque où on se goinfrait de McDo devant une série américaine. Pour changer. Pas étonnant qu’à 26 ans seulement elle soit à la tête de « La Boîte qui cartonne ».
Uberiser le marché du garde-meuble
Meryl toque à la porte et stocke toutes les affaires qu’on ne peut garder chez soi faute de place suffisante. On commande en ligne le nombre de boîtes souhaitées (60 cm de long, 40cm de large, 40 cm de profondeur soit 96 bouquins ou 16 paires de chaussures mesdames), on les reçoit, on les remplit et on donne le tout à un livreur (dénommé Harry) qui va les mettre dans des entrepôts sécurisés. Le tout, pour 6 euros par boîte. La livraison est gratos. « Il faut que les gens y trouvent leur intérêt » assène-t-elle. Puis aussi parce que les locaux sont en dehors de Paris. Faudrait pas la prendre pour Crésus. Mais presque. Elle est partenaire d’Emmaus. Ensemble, ils ont créé le sac Défi. Les clients donnent à l’association tous les objets dont ils n’ont plus besoin.
De la vieille paire de sneakers aux souvenirs de gosse, l’idée séduit puisque selon sa fondatrice, « ce n’est pas juste un garde objet, mais un inventaire ». Harry prend une photo et enregistre le descriptif sur votre espace en ligne. Pas bête. Le client peut récupérer ses affaires sous 24 heures et pour 9 euros, peu importe le nombre de boîtes bleues restituées. Un entrepôt visible et manageable de chez vous en somme.
Autodidacte
Venue à Paris pour terminer ses études de management marketing à la Sorbonne, son déclic lui vient à Madrid, lors d’un échange universitaire. « J’ai dû vider mon appart, j’ai fait appel à un garde-meuble, et l’expérience était fastidieuse ». Confession d’une déménageuse en galère. Sa vie à Paris est venue enfoncer le clou. « Je vis dans un 20 m2, je manque considérablement d’espace, donc je connais ce problème ».
Le statut d’autoentrepreneur tant vanté, un leurre. « Il n’y a pas d’interlocuteurs, tout le monde se renvoie la balle, tu ne touches pas le RSA, t’as pas d’aide à la création… » Le prêt à taux zéro, difficile à obtenir, « il faut un gros businessplan de trois ans ». Déboutée du Pôle emploi, « je n’ai eu le droit à rien ». Snobée par les incubateurs, « ils aident les startups et non les gens seuls. Ils font confiance à une équipe ».
On ne peut compter que sur soi-même, « j’ai monté ma boîte sur mes économies personnelles et sur la fin de mon prêt étudiant ». Coût de La boîte qui cartonne : 10.000 euros. Payer le fondateur du site, le local, le designer, déposer un statut (400 euros), faire du terrain… « Tout le monde te dit c’est pas grand-chose, mais l’un à côté de l’autre ça fait beaucoup. C’est agaçant, car tu te bouges et tu n’as pas d’entrée d’argent. Ce n’est pas étonnant que certains se mettent au chômage pour monter leur boîte ».
hollande merylPour amortir le tout, elle écume les salons et mise sur la chance, comme au poker. Au salon du Numa, Silicon Valley des startups françaises, elle y est allée franco en tapant sur l’épaule d’Hollande pour montrer qu’elle invente. Qu’importe, le jeu en valait la chandelle. Fière d’avoir monté son entreprise « en tant que femme », elle n’avait rien à perdre et répète à l’envi qu’elle apprend plus qu’au cours de n’importe quel stage dans une grosse entreprise du CAC40. « J’apprends à gérer les gens qui travaillent pour moi, et à développer des partenariats ».
« Amoureuse des objets », elle voit la vie en rose
« Je suis une fille, je suis amoureuse des objets. Tu as une histoire avec, il y a ce côté magique ». Elle espère s’exporter dans toute la France. Pour preuve, elle a intégré le programme d’accélération Numa sprint et sera partenaire de l’Open airbnb en novembre prochain. Le flouze arrive enfin. « On est en phase de levée de fonds ». L’équipe s’est agrandie et est passée de quatre à six employés. Une cinquantaine de clients font appel à ses services. À son actif, non plus 100, mais 200 boîtes. Qui dit mieux ?
Ozlem Unal

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