Montfort-sur-Meu est un petit patelin pommé en Bretagne. Depuis peu, cette petite ville d’environ 6000 habitants fait couler beaucoup d’encre. L’histoire : 28 février, il est 4h30 du matin, et comme tous les jours, les employés de l’abattoir se rendent à leur boulot. Malheureusement, une très mauvaise surprise attend certains de ces travailleurs.

« Ils étaient planqués derrière les arbustes, la police de l’air et des frontières les attendait et leur a sauté dessus lorsqu’ils sortaient de chez eux; tous ceux qui étaient noirs ou un peu foncés ont été interpellés, ils ont fait la chasse aux noirs ! », me raconte un membre du collectif de soutien. En effet, 23 maliens qui travaillaient à l’abattoir ont été arrêtés pour défaut de papiers, et risquent à tout moment d’être expulsés. Mais à Montfort-sur-Meu, la nouvelle a fait un véritable scandale. Toute la ville est derrière ses Maliens et va tout faire pour les récupérer. C’est en se rendant sur place que l’on se rend vraiment compte de la mobilisation des habitants de cette bourgade.

Toutes les personnes que j’ai interrogées étaient révoltées par l’affaire. La boulangère, le traiteur, les passants, tous sont attristés. Le jeune qui travaille dans le Kebab de la ville me raconte que les Maliens étaient de très bons clients, et que pour les aider, il a distribué des tracts dans son lycée pour mobiliser les jeunes. « Ils n’ont peut être pas de papiers, mais eux, ils se lèvent tôt pour aller travailler, ils étaient gentils avec tout le monde, ils envoyaient de l’argent dans leur pays qui permettait de faire vivre des dizaines de personnes, ils n’ont jamais causé de problèmes et pour nous, ils sont bien plus Français que certains qui ont leurs papiers »

« Je vous soutiens », nous lance une vielle femme qui promenait son chien. Cette femme, je ne la connais pas, elle ne connaît pas non plus mes interlocuteurs. Claudine et Serge sont tous deux membres très actifs du collectif de soutien et me racontent le combat qu’ils ont engagé pour la cause des

Maliens. Claudine avait travaillé 12 ans en Afrique, et lorsqu’elle a vu des Africains débarquer dans sa ville, elle n’a pas hésité à les accueillir. « Ils habitaient là-bas derrière la grille dans un camping lorsqu’ils sont arrivés, jusqu’au jour où la COOPERL, leur employeur, leur a trouvé un logement » me dit-elle.

« Entre nous, il y avait une véritable amitié, je les aide à apprendre le Français, et eux, ils m’aident dans mon jardin. Ils étaient vraiment bien intégrés, ils participaient activement aux évènements culturels et certains faisaient partie de l’équipe de foot de la ville». Serge, lui, est Béninois, il est à Monfort-sur-Meu depuis deux ans, il vient de la région parisienne. « Quand on se retrouve dans une ville comme ici, et qu’on croise un Africain, forcément, on va vers son semblable, c’est donc tout naturellement que nous nous sommes créés des liens. Et depuis qu’ils sont partis, l’atmosphère est vraiment triste; l’autre jour en boite, ça se sentait vraiment, il manquait quelque chose, et ceux qui n’étaient pas au courant demandaient après les Maliens pour savoir pourquoi ils n’étaient pas venus. Le maire les avait même reçus pour saluer leur intégration modèle ».

Lorsqu’ils ont appris la nouvelle, Claudine et Serge n’y croyaient pas, ils n’ont vraiment rien vu venir, et n’avaient aucune suspicion. Ils pensaient que c’était une erreur, qu’ils allaient le démontrer et que tout allait rentrer dans l’ordre, mais malheureusement, ce ne fut pas le cas. Au contraire, la suite fut pleine de surprises, près de la moitié des Maliens avaient une copine Bretonne; une jeune femme qui attendait un enfant d’un Malien a fait une fausse couche à cause de toute cette histoire, et le juge lui a dit qu’une fausse couche et 20 mois de cohabitation ne signifiaient strictement rien. Une autre jeune femme, également enceinte, son compagnon a été expulsé de France en premier, le tribunal considérant que le couple n’avait pas d’enfant, et que la grossesse ne comptait pas. Les autorités ont donc expulsé immédiatement celui qui avait le plus de chance de rester, et surtout celui qui sera futur papa.

La cueillette des Maliens fut également iréelle. Ils ont arrêté tout ceux qui étaient noirs sans discuter, il y avait même un antillais dans le lot, et c’est seulement une fois à Rennes à 25 km, qu’ils ont relâché ceux qui étaient en règle, et ils ont dû se débrouiller pour rentrer chez eux. Ceux qui étaient arrêtés ont été dispatchés à Paris, Toulouse et Rouen certainement pour rendre la tâche plus difficile au collectif de soutien. Claudine et Serge comptent ne rien lâcher jusqu’à ce qu’ils aient gain de cause. Pour le moment, parler de cette histoire aux médias leur permet d’être soutenus. Et en ce dimanche, c’est sous la pluie que des centaines d’habitants ont répondu présents à un pique-nique pour soutenir les Maliens. Pour l’évènement, même les médias sont venus interroger les membres du collectif, les politiques également étaient présents et un député UDF est passé leurs proposer de venir rencontrer François Bayrou lors d’un meeting pour parler de leur histoire. En période de présidentielle, quelle leçon retenir de toute cette agitation ? Aujourd’hui, sur les vingt trois arrêtés, deux ont été expulsés au pays, il en reste onze au centre de rétention. Pour le reste, ils ont été libérés, mais doivent se cacher, car à tout contrôle d’identité, ils seraient automatiquement reconduits dans leurs pays d’origine.

Chou Sin

A suivre, la rencontre avec le curé de Montfort-sur-Meu.

Chou Sin

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