Trouver un job, même précaire, à Bondy, c’est une véritable galère. Ahmed, 34 ans, a longtemps travaillé à gauche et à droite. Dans des métiers socio-éducatifs ou d’animation. Le problème reste le même: décrocher un emploi de durée indéterminée. « Lorsqu’on porte un nom à consonance maghrébine, tu peux oublier, raconte Ahmed. Je suis Algérien et Français. J’ai deux noms. Une fois, j’ai envoyé une lettre avec mon nom algérien. La réponse était négative. J’ai ensuite envoyé une deuxième lettre, identique à la première, mentionnant les mêmes qualifications, en utilisant cette fois mon nom français. J’ai été engagé et j’ai travaillé pendant un an pour cet employeur ».

C’est simple: cela s’appelle de la discrimination. Après deux, trois, dix refus, on passe à autre chose. Et pourquoi pas créer son propre job? Sandra, Française de 27 ans, née à Bondy, s’est lancée: « à 25 ans, j’ai monté une boîte de sécurité. Avec zéro franc. J’ai créé mes statuts. Pour monter une société simple, j’ai eu besoin de mille euros. Mais il faut obtenir le feu vert des RG. Ça peut prendre facile six mois. Au début, j’ai pu convaincre des amis de travailler bénévolement pendant un certain temps ». S’associer avec des potes, c’est pas simple. « Ils allaient en boîte au lieu de faire leur boulot ». L’argent ne rentrait pas. Sandra a du fermer sa boîte. « J’ai ensuite essayé de créer une société de nettoyage, mais ce secteur est plein de gens qui cassent les prix et travaillent au noir ».

Sandra et Ahmed me raconteront encore des histoires de petites mesquineries entre amis, entre potes, entre habitants des mêmes quartiers. « Nous nous tuons entre nous, nous nous vengeons entre nous, nous nous jalousons ». Créer une entreprise, c’est déjà surhumain. Alors, créer une boîte honnête, qui paie les charges sociales…

 

 

Par Roland Rossier

 

Roland Rossier

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