Jean-François Balaudé, président de l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, a remis le mois dernier une attestation de niveau de langue à des réfugiés, leur permettant d’acquérir la langue française et de s’intégrer dans la société par les études et l’emploi. Une initiative saluée par tous les étudiants qui en ont bénéficié.

Le 15 septembre 2015, l’université Paris Ouest Nanterre La Défense annonçait sa volonté d’apporter sa contribution à l’accueil des réfugiés fuyant l’Irak, la Syrie, l’Afghanistan et la Corne de l’Afrique. Des dispositifs renforcés et supplémentaires pour répondre aux besoins de ces hommes et femmes qui ont fui persécutions et les conflits ont alors vu le jour.

D’une manière générale, tous se disaient ravis de la formation d’alphabétisation dispensée par leur université quand Le Bondy Blog les a rencontrés, le mercredi 1er juin 2016. « La Formation en alphabétisation a commencé cette année spécifiquement ouverte aux étudiants commençant au niveau élémentaire » explique Jean-François Ballaudé Président de l’Université Paris Ouest Nanterre La Défense. D’autres formations aux étudiants ayant un « niveau minimum B2 » ont également été proposées. Le niveau le plus élevé réussi par ces étudiants étrangers au statut de réfugiés est A.2.2.

img-6745« Le déclenchement de cette formation émane d’une initiative individuelle et professionnelle » du président de l’Université lorsqu’il a vu arriver des réfugiés venant de la corne d’Afrique, d’Afghanistan, de Syrie. Il confirme :  « Personne ne  nous  a demandé de le faire. C’est une décision spontanée. C’est une sorte de contribution aux besoins humanitaires de notre part, une petite pierre à l’édifice de l’accueil de ces personnes ». Ce geste, témoignage d’une grande humanité, les étudiants de cette formation le lui doivent entièrement. « J’ai moi-même saisi l’université, le service du FETE, Français pour étudiants étrangers qui  forme les étudiants en essayant de percevoir le besoin ». Au regard de cette analyse il explicite :  « Nous nous sommes concentrés sur une formation intensive de grands commençants pour viser le niveau A2 certains ne l’ont pas atteint ». La formation a directement accueilli 20 personnes selon son « souvenir visuel », avec une « répartition assez équilibrée » femmes-hommes, pour un groupe jeune avec quelques personnes « un peu plus mûres, de 30-50 ans ». Les dossiers ont été choisis parmi une centaine de sollicitations selon les critères de niveau de grands commençants et de résidence géographique en Île-de-France. Des dossiers de personnes ayant un niveau plus élevé ou habitant la région n’ont pas été retenus. En effet, l’université  de Créteil voulait également proposer cette formation. La publicité mise en place autour de sa création s’est faite par un communiqué de presse, via le site Internet de l’université, par les réseaux sociaux ou encore le bouche à oreille.

Sur les 20 inscrits à la formation, 18 ont réussi à obtenir une attestation de niveau de langue. Trois d’entre eux ont obtenu le niveau A.1.1., trois autres le niveau A.1.2., six ont obtenu le niveau A.2.1., et enfin six personnes ont atteint le niveau A.2.2. Seuls deux étudiants n’ont pas réussi cet examen d’aptitude, ce qui, pour le Président de l’université, représente « une déception ».

Les cours ont été professés en français mais par une méthode faite d’explications simples. « Les objectifs généraux de la formation sont le Français comme clé d’intégration » ajoute le Président de l’Université. Si les niveaux d’exigence des examens d’aptitude font le vœu de l’autonomie de la personne fraîchement arrivée dans la vie courante, demander sa direction, savoir lire un texte simple, demande l’heure, ordonner des réponses à des questions relatives à document quant à sa structure contextuelle. Les objectifs socioprofessionnels des étudiants rencontrés sont réellement basés sur une aspiration à rejoindre une profession dont les fondements reposent sur la maîtrise la plus parfaite du français.

img-6750Tous ces étudiants, qui ont par ailleurs réalisé un journal de plusieurs pages, Nouvelle Vie, ont un discours fluide. Ainsi, Rana, jeune syrienne de 24 ans, a achevé sa formation de « médecine dentaire » en Syrie, suivie en anglais. Elle avait appris le français en enseignement scolaire au collège. Elle aspire à retravailler dans ce domaine, et à se former via un master. Pour elle, les cours ont été « dynamiques », et « vivants » grâce par exemple à la visite de l’exposition permanent du Musée du Quai Branly. Bahram, jeune afghan de bientôt 27 ans, de langue maternelle persane, était journaliste en Afghanistan, militant pour les droits de l’homme, des enfants et des femmes. Il se donne « six mois pour redevenir journaliste ». Vivant à la Maison des Journalistes, il planifie de parachever son apprentissage du français par lui-même, « en discutant avec des amis ». Il lit des livres en français, va voir des film en français. Son ambition est de « reprendre la défense des droits de l’homme ». Abdellah, 29 ans, vient d’Érythrée. Sa langue natale est le tigre. Lui travaille déjà. Après des emplois de vendeur, dans l’hôtellerie, il compte sur celui d’aide cuisinier dans la restauration pour continuer de financer son intégration en France. C’est à dire aussi de continuer ses études pour accéder tout d’abord jusqu’au niveau B2, puis suivre un master de médiateur culturel à l’université.

La formation a été complètement financée par l’université Paris Ouest Nanterre La Défense, à partir d’une enveloppe budgétaire spécifique. Le nouvel objectif du Président, pour l’année universitaire 2016-2017, est de faire gravir à chacun des nouveaux diplômés les niveaux jusqu’à celui B2 en organisant deux catégories de formations. La première est destinée aux six élèves n’ayant pas atteint le niveau A2 pour leur permettre de l’obtenir. La suivante s’ouvre aux douze étudiants ayant gagné le niveau A2 pour leur permettre de s’améliorer jusqu’au niveau B2. À ceux-ci doivent s’adjoindre un groupe d’une dizaine de nouveaux étudiants sélectionnés sur la même qualification de niveau pour obtenir un groupe de 30 étudiants.

« Nous avons un devoir d’accompagnement des étudiants étrangers ayant déjà participé à la vie universitaire nanterroise » précise Jean-François Balaudé, qui  « regrette que la reconduction de l’expérience d’une classe d’alphabétisation destinée aux grands commençants n’est pas d’actualité ». S’il pense que la meilleure réponse apportée aux besoins futurs est « la création d’un cours B1 et B2 », puis, parallèlement, à déléguer la responsabilité à des partenaires institutionnels. Il reconnait que l’achoppement est l’absence de relais de financements spécifique d’accompagnement du ministère de tutelle dédiée au projet des grands commençants. Toutefois le Président aime à penser à la possibilité du crowdfunding pour lever le financement nécessaire afin de faire perdurer ce projet qui lui tient tant au cœur qu’à l’esprit. « Et pourquoi pas d’ici janvier 2017 », imagine-t-il.

Malgré tout, sans support institutionnel au financement des 50000 euros que doit engager l’université Paris Ouest Nanterre La Défense pour une année universitaire de deux semestres 2016-2017, l’enveloppe budgétaire consacrée au premier semestre 2016 sera reconduite par financement sur les fonds propres de l’université dans l’objectif du B1, B2. Le montant investi jusqu’à présent pour le premier semestre 2016 a été de 16500 euros pour les 20 étudiants grands commençants accueillis « auxquels s’ajoutent d’autres coûts, à savoir la gestion administrative (un quart d’équivalent temps plein estimé à 10000 euros), la prise en charge de la sécurité sociale pour ceux en étant dépourvus (180 euros par personne pour une dizaine d’étudiants soit 1800 euros » précise Baptiste Bondu, le directeur du cabinet du Président de l’université.

Guillaume Montbobier

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