Vous organisez la quatrième édition du Grand salon du mariage oriental. Pourquoi s’être lancée dans ce business communautaire ? J’ai eu quelques proches qui voulaient faire un mariage traditionnel. Malheureusement, ils n’ont pas trouvé de répondant auprès des salons déjà existants. D’où l’idée de lancer une étude de marché sur les mariages orientaux en France. Avec mes associés, nous avons sillonné les dix villes de France à forte concentration migratoire, sondé 1000 couples dont 60% d’entre eux avaient été déjà mariés, le reste était en projet. Il nous a fallu une année pour identifier les professionnels de ce marché.

C’est un secteur très dynamique avec une palette de métiers très large…

Oui, la palette de métiers va du traiteur halal réputé aux métiers de la négafa (habilleuse qui met en en valeur les tenues de la mariée), les faires-parts orientaux, la calligraphie, le tatouage au henné. Dans le cadre du Salon, nous avons identifié et mesuré la compétence des professionnels pour offrir les meilleures prestations possibles.

Quel est le budget d’un mariage à l’oriental ?

La moyenne oscille entre 12 000 et 15 000 euros…

Ce sont des sommes importantes. Vous privilégiez plus l’approche communautaire que commerciale ? L’inverse ?

Les deux approches sont liées. Tout notre travail est d’appréhender une place de marché en valorisant toutes les composantes artisanales de cet univers. C’est vrai que l’on met en exergue des gens plutôt liés à la communauté mais le marché est ouvert à tous.

Selon l’INED (Institut national des études démographiques), il y aurait 40 000 mariages franco-maghrébins en France. C’est donc un bon filon ?

Oui mais cela suppose que, dans ces 40 000 unions, l’un des conjoints ait un titre de séjour…

Combien d’exposants attendez-vous pour cette nouvelle édition ?

Cette année on va grimper à 130 enseignes contre 80 lors de la première édition. C’est donc un gros salon et même la plus grosse représentation de ce type de métiers sur le continent. Les familles n’hésitent pas à venir à Paris car l’offre est pléthorique avec une zone de chalandise de 5 à 6 s heures de la capitale.

Les familles maghrébines sont-elles de bonnes clientes ?

Oui. Elles achètent sur place, réservent des prestations auprès des professionnels. Car elles ont parfois à organiser plusieurs mariages dans l’année.

Le Grand Salon du mariage oriental comporte-t-il un volet plus culturel ?

Oui tout à fait. Dans cette optique, nous avons voulu amener des pays ambassadeurs comme le Qatar. Nous offrons beaucoup de nouveautés comme le défilé de tatouage au henné, un clin d’œil humoristique avec « tata Khadija », un village berbère, une troupe d’Arabie Saoudite déléguée par l’ambassade…

Pour faire vivre tout cela, combien déboursez-vous ?

Près de 350 000 euros… On a la charge du personnel qui représente dix salariés à l’année, la communication, la logistique, c’est un travail à plein temps…

Et le chiffre d’affaires ?

Attendons la fin de salon pour le dire ! Mais, pour atteindre la ligne de flottaison, il faut cinq ans. D’où l’objectif d’attirer des sponsors, aujourd’hui absents…

Pourquoi ? Le mariage oriental, ce n’est pas sexy ?

C’est pas le problème du sexy. Mais quand les grandes marques veulent toucher les CSP+, elles visent plutôt les populations du Golfe. Aujourd’hui, les marques sont timides, frileuses sur certains sujets, le halal notamment… Et les marques communautaires n’ont pas la capacité de soutenir une offre pareille.

N’y a-t-il pas une contradiction entre ces marques qui veulent tirer les bénéfices du marché « communautaire » sans l’assumer clairement ?

C’est un peu la physionomie du marché. On a envie d’y aller mais on y va avec timidité. Cette frilosité est liée à l’ensemble du marché. Même si on voit des marques non communautaires s’affranchir sur le marché du halal comme Fleury Michon. L’Oréal commence à y aller de manière très timide. Nous n’avons pas de marque forte, leader qui veuille aujourd’hui s’engouffrer dans la brèche. On reste dans la segmentation de marché.

Pourquoi ne pas chercher de sponsors étrangers ?

C’est à l’étude pour les prochaines éditions. Cette année, nous avons un partenariat avec le Qatar. D’ailleurs, nous avons eu une publication dans le premier quotidien national qatari. L’idée est de les amener à venir au salon et d’y rencontrer le faste des artisans maghrébins vivant en France. Les liens sont noués…

D’où viennent les robes présentées ?

Nous sommes en contacts avec des stylistes en France et des créateurs qui travaillent des deux côtés Europe et Maghreb. Quand on parle de mode, on pense aux stylistes classiques plutôt qu’aux gens liés à la communauté. Mais avec la double-culture, les choses bougent. Le savoir-faire d’un caftan va être crée à partir d’un environnement français mais tout le côté artisanal, couture, broderie, va être confié aux artisans au Maroc, en Algérie, les stylistes travaillent avec des ateliers au Maghreb.

Combien de robes seront présentées ?

On a plus de 4000 robes. L’an dernier, on a fait défiler plus de 700 robes sur deux jours : robes marocaines, algériennes, tunisiennes, indiennes, syriennes…

Le budget d’une robe ?

Entre 200 et 3000 euros, la fourchette est large car une robe faite main, brodée, demandera plus de temps qu’un caftan fait machine.

Vous touchez une marge sur les ventes du salon ?

Non pas du tout ! Je tire mes marges sur la location des stands. Nous louons l’espace pour un certain montant et on récupère un pourcentage.

Le salon joue beaucoup la carte des traiteurs halal. Or, il est question ces temps-ci du manque de sérieux de cette filière…

Nous travaillons avec les mosquées les plus importantes. On tente d’apporter toutes les garanties possibles. Si le halal est uniquement fondé sur le business, il y a un souci car il y a une dimension religieuse à prendre en compte. Mais nos prestataires, on les connait très bien, la plupart ont plus de dix ans d’expérience.

Au-delà du business, le Grand Salon du mariage oriental a son côté humanitaire…

Oui, cette année, nous avons une marraine, Fanny Aït Kaci, fondatrice de Cœur en partage, membre-fondateur de la Chorba pour tous, récompensée par la Qatar pour son engagement. Nous voulons marquer le salon de ces valeurs. On ne vient pas sur ce marché uniquement pour faire du business. On se doit d’être les passeurs de cette histoire, celle des rites millénaires du mariage. Une partie des fonds collectés en billetterie reviendront d’ailleurs à son association.

Propos recueillis par Nadia Moulai

Grand Salon du mariage oriental : 13 et 14 novembre 2010. Grande Halle de la Villette. Vente sur place.

Nadia Moulaï

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