Quand on est au chômage – et qu’on cherche du boulot –, l’adresse tout indiquée, officiellement, c’est l’ANPE. Le gouvernement se démène pour réduire le nombre de chômeurs chaque année, sans aucun résultat malheureusement. Avec tous les amis sans taf que je connais, je pourrais ouvrir un Pôle emploi demain. Mais officieusement, le moyen le plus efficace, c’est le piston. Jean Sarkozy en sait quelque chose. Avoir pour pistonneur son propre père, c’est l’idéal, même si c’est peu moral.

Avec Abdel, un père retraité et une mère femme de ménage, on démarre d’en bas. Après un an et demi de petits boulots, un jour, en discutant avec ses amis, l’un d’entre eux lui raconte que le pote de son oncle qui travaille dans la sécurité cherche un jeune pour surveiller un immeuble en contrat à durée indéterminée. Abdel, sans attendre la fin de l’annonce verbale, l’interrompt et demande le numéro de téléphone du pote de l’oncle de Karim, son ami.

Quelques jours plus tard, le contact établi, il obtient un rendez-vous pour un entretien. Muni d’un CV et d’un costard cravate, il s’y rend un peu stressé. Au bout de trente minutes seulement d’entretien, le voilà sourire aux lèvres, un CDI signé dans les mains. Tout content d’avoir enfin trouvé du taf après des mois de recherches et de rencards avec la conseillère de l’ANPE. Abdel me dit : « C’est un truc de ouf, il n’a même pas vu mon CV ni rien. »

Pour avoir une comparaison, j’ai choisi Julien, ami depuis la cour de récré et coéquipier dans les tournois de billes. Pas de père, une mère qui boucle difficilement les fin de mois. En conséquence, pas de dépenses superflues et encore moins d’argent de poche, surtout que chez Julien, ils sont cinq garçons.

Malgré le manque de tunes depuis tout petit, la vie est belle, et quand il entend CRISE FINANCIERE, cela le fait rire. A 24 ans, avec un Bac techno, il est au chômage. Bien qu’inscrit à l’ANPE, à la mission locale et à l’intérim du quartier, il ne décroche pas de job stable, c’est-à-dire un CDI. On ne lui propose que des petits boulots sans lendemain comme des histoires d’un soir.

On lui chante toujours la même chanson aux oreilles : « On me prend pas parce que j’ai pas d’expérience, raconte-t-il. Mais comment ils veulent que j’aie de l’expérience s’ils me font pas tafer ? Tu vois, Idriss, c’est comme en boite quant le videur te dit : « Désolé mais c’est pour les habitués. – Comment tu veux que je sois un habitué si tu me laisses pas entrer ? » »

Et comme il n’a presque jamais travaillé, Julien n’a pas droit aux Assedic ni aux autres aides de l’Etat. Bien difficile de gagner de l’argent sans travailler. Tous les jours sont un combat pour ne pas sombrer dans la manière la plus facile pour amasser des billets. Et Dieu sait que les tentations sont grandes quand on habite un quartier populaire ! Courage, Julien, les derniers seront les premiers !

Idriss K

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