À l’agence du Pôle Emploi de Noisy-le-Sec, Djibril, Aurélien et Kader, demandeurs d’emploi depuis trois ans, ne croient pas que l’agence les délivrera, mais pointent parce qu’il le faut. Rencontres.

«  Je favoriserai la production et l’emploi en France ». Et puis « je créerai  150  000 emplois d’avenir pour faciliter l’insertion des jeunes dans l’emploi et l’action des associations, en priorité dans les quartiers populaires. » Personne n’oubliera les promesses n°3 et n°34 de l’ancien candidat et actuel président de la République François Hollande. Surtout pas dans les quartiers populaires et encore moins à la vue des chiffres du chômage : 39 800 nouveaux chômeurs au mois d’avril, soit au total 3 264 400 demandeurs d’emplois. C’est un nouveau record pour l’Hexagone, et ce un peu plus d’un an après l’élection du président socialiste, qui avait fait de l’emploi des jeunes son cheval de bataille.

En route vers la mission locale de Noisy-le-Sec, je croise un jeune homme, une pochette sous le bras. « Excusez-moi, venez-vous de la mission locale ? » Bingo. Djibril est inscrit au Pôle Emploi depuis trois ans. Il a obtenu deux entretiens qui n’ont rien donné. S’il n’a donc aucune raison concrète de se satisfaire de l’élection de François Hollande, Djibril voit plus large : « Son élection a apaisé les esprits, notamment dans les banlieues. Les gens sont plus motivés pour entreprendre. »

Tranquillement assis sur une chaise au Pôle Emploi, tandis que d’autres font la queue pour être accueillis par l’une des deux femmes qui s’occupent de l’accueil, dans une atmosphère quelques fois tendue, Aurélien attend. Il est inscrit au Pôle Emploi depuis trois ans et attend son rendez-vous avec son conseiller. Signe de la précarité de sa situation, ces rendez-vous n’ont pas cessés, malgré le fait qu’il a travaillé dans l’événementiel jusqu’en fin d’année dernière. La raison ? « Mes revenus n’étaient pas réguliers. »

François Hollande peut-t-il avoir une influence sur les entreprises pour les faire embaucher ? « Il y a un contexte à prendre en compte. Si Hollande serre trop les entreprises, celles-ci ne pourront pas se développer et pérenniser. Par contre, s’il laisse trop de liberté aux entreprises, ce sont elles, qui pour certaines, vont quasiment étrangler leurs salariés pour faire le maximum de bénéfices. Il faut trouver un juste milieu. Et pas seulement en France. »
Au sortir de son entretien portant sur son RSA et son projet professionnel, Aurélien fait le bilan de ses trois années avec le Pôle Emploi : « Là, ils sont encore sur le projet que j’avais défini il y a trois ans sur un coup de tête. On ne m’a toujours rien trouvé. Ça me laisse peu d’espoir » affirme-t-il en riant, malgré la situation.

Kader, 23 ans, est également à la recherche d’un  emploi. S’il avoue fréquenter l’ANPE avec peu d’assiduité, il a un avis bien tranché sur son utilité : « Si quelqu’un dit qu’il compte sur l’ANPE, soit il est naïf, soit il se ment à lui-même. Ou bien la plupart des annonces sont factices, ou bien les personnes qui les postent n’y croient pas elles-même. » C’est pour ces raisons qu’il compte plutôt sur son réseau et des sites internet comme monster.fr et cadremploi.fr. Sur le parcours du combattant qu’il emprunte pour trouver un emploi, Kader tombe sur une barrière de plus en plus fréquente : « le fait d’être sous-diplômé par rapport au poste envisagé. Pour un poste de niveau bac +2, on nous demande d’avoir un bac +5. » Du coup, retour à la case étude. Comme Aurélien, Kader n’est pas confiant quant à son futur : « Quand on regarde le marché de l’emploi, c’est limite un luxe de pouvoir travailler. »

L’avenir n’est pas au beau fixe pour notre jeunesse. Certes, François Hollande a encore quatre ans pour changer la donne et semble s’y employer avec un plan franco-allemand pour l’emploi des jeunes en Europe. Mais avons-nous le luxe d’attendre les bras croisés pendant ce temps ?

Olufemi Ajayi

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