Jeune retraité cannois, Claude Ravel a décidé d’abandonner la Côte d’Azur une bonne partie de l’année pour un nouvel « Eldorado », Arequipa au Pérou où il peut s’inventer un nouveau départ quand en France, avec l’augmentation du coût de la vie, il peine à joindre les deux bouts. « Avec 1000 euros de retraite et sans garants, déjà, impossible de trouver une agence immobilière qui veuille bien me louer un appartement. Ensuite, une fois payées toutes les charges, je survis mais je ne peux pas vivre décemment. Et encore moi, j’ai une pension d’agent technique de la fonction publique mais comment font ceux qui ont le minimum vieillesse pour s’en sortir !?! » s’interroge-t-il en secouant sa chevelure blanche frisottante.

« Ici aucun problème pour se loger même si je préfère habiter pour le moment dans la maison d’hôtes de Chez Julie (Giuliana), une péruvienne aux petits soins pour ses clients, des français principalement et, qui, avec le temps est devenue une amie. On a même l’idée d’organiser des voyages de groupes tous les deux. Moi je pourrais aller chercher les touristes en France et les accompagner à leur arrivée au Pérou et elle prendrait le relais sur Arequipa. » Des projets, depuis qu’il a foulé le sol péruvien, Claude en a plein la caboche.

Et si de plus en plus de seniors décident de passer une partie de l’année dans des pays où il fait bon vivre avec des retraites françaises en euros, Claude raconte pourquoi il a choisi le Pérou. « A part le Benelux, et quelques pays frontaliers, je n’avais jamais voyagé. Or le Pérou qui fut mon premier grand voyage m’attirait irrésistiblement. Il n’y a pas de hasard. Et vous mademoiselle, si vous avez choisi de visiter ce pays et pas un autre, c’est sans doute que vous y avez déjà vécu dans une vie antérieure… » croit-il.  Féru d’astrologie, lui qui s’empresse de vous demander votre signe et d’en définir les grandes caractéristiques, est passionné par le chamanisme. De quoi assouvir sa soif de connaissances dans un Pérou qui a su conserver certaines pratiques ancestrales aux côtés des technologies les plus modernes.

Mais hormis une vie à moindre coût (un menu complet dans un petit restaurant coûte 6 soles soit 1 euro 50, et le salaire minimum avoisine les 250 euros par mois), la richesse culturelle et historique foisonnante de l’ancien empire Inca, ce sont bien les Péruviens et leur chaleur communicative qui lui font tourner le dos à Cannes et sa Croisette. Et puis il y a l’amour… Claude l’a rencontré sous les traits de Shirley, sa nouvelle compagne, avec qui il a lancé un petit business de tambours chamaniques destinés aux méditations, qu’elle peint à la main. Claude, depuis cette rencontre, élève aussi à ses côtés la fillette de Shirley, Dana, âgée de 6 ans. Une nouvelle vie pas toujours comprise et acceptée par ses grands enfants résidant en France et avec qui il n’a plus de contacts pour le moment…

Pourtant le choix de Claude de s’installer une partie de l’année à Arequipa est mûrement réfléchi. Il vient également de débuter une activité de thérapeute et Shirley se dépense sans compter pour faire connaître sa pratique dans tous les médias de la région. Ce jour là, c’est à la radio locale que Claude est invité pour une interview sous son regard complice et en compagnie de Dana qui a du mal à ne toucher qu’avec les yeux tous ces écrans d’ordinateurs et ces boutons de couleur.

Claude dont l’espagnol est encore approximatif explique sa méthode en français, traduit par Julie qui a délaissé momentanément sa Guest house internationale pour ces débuts radiophoniques : « Je pratique des soins unissant le magnétisme et le spirituel. J’emploie le procédé Bémer qui réactive la micro circulation sanguine via des ondes électromagnétiques. Ma thérapie traite le mal des montagnes, réactive la circulation sanguine et supprime de ce fait le mal de tête. Je pratique aussi le soin de la lumière qui a pour but d’ouvrir et d’harmoniser les chacras qui sont des points par où pénètre l’énergie et les vibrations qui viennent de l’univers, et, d’harmoniser le corps éthérique qui pour la plupart des personnes n’est pas visible mais qui pourtant existe bel et bien » affirme Claude, avec la conviction du croyant…

Et ce n’est pas que pour l’ouverture d’esprit des Péruviens face aux méthodes thérapeutiques qu’il propose qu’il a fait d’Arequipa son nouveau cocon. Il souhaite définitivement pouvoir tourner le dos à ses anciennes galères (notamment des arnaques financières dont il explique avoir été victime). Mais ce qu’il cherche par dessous tout, c’est « changer d’air ! »

« Pour moi la retraite, ce n’est pas la fin mais le début de quelque chose. En plus, je pense qu’en France et en Europe, les choses vont aller de mal en pis… Et je suis sûr que de plus en plus de gens feront le choix, comme moi, d’émigrer une partie de l’année dans des pays accueillants comme le Pérou où ils pourront vivre pleinement leur nouveau temps libre sans se priver et tout en découvrant une nouvelle culture à la richesse infinie. » Claude où l’émigration nouvelle tendance : celle de seniors en quête d’une vie meilleure loin de la vieille Europe qui semble les asphyxier.

Sandrine Dionys

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