Chaque été, depuis bientôt 5 ans, je travaille comme animatrice pour une association nationale d’éducation populaire, reconnue d’utilité publique, qui organise des centres de vacances d’enfants et d’adolescents dans les Pyrénées Orientales. Cet organisme s’appuie sur des valeurs de solidarité et de réussite et propose des loisirs accessibles au plus grand nombre sans exclure les plus démunis. Ainsi l’été je me retrouve à encadrer des enfants qui viennent tant de Strasbourg, Clermont-Ferrand, Rennes, Arles, Paris, que de Perpignan et alentours. Aujourd’hui encore, beaucoup découvrent pour la première fois la mer ou la montagne, et d’autres s’étonnent de faire connaissance avec des enfants d’autres régions, à l’accent différent. Je me souviens de S., orphelin sans aucune famille, que je retrouve tous les ans sur le même centre de vacances.

L’été dernier, au premier jour de la colo, je le vois arriver dans un groupe d’une dizaine d’enfants tout sourire. En tête de cortège, heureux comme un dieu, il était bras-dessus bras-dessous avec un autre enfant à peine plus âgé que lui. S. me présenta ce dernier, avec une immense fierté, comme étant « son frère » ! Je n’en croyais pas mes oreilles ! Il expliqua alors à tous qu’ils avaient partagé la même famille d’accueil pendant des années, jusqu’à ce que S. parte en foyer, sans qu’ils ne puissent plus jamais se revoir. En fait, j’ai remarqué que le plus souvent, les enfants se connaissent déjà : ils viennent du même quartier, parfois dit «difficile», de foyers éducatifs, de familles d’accueil ; ils fréquentent la même école, le même centre de loisirs, et chaque année les mêmes centres de vacances. Cela m’interpelle parce que, pour moi, le plus important avec les vacances, particulièrement pour les enfants, c’est la possibilité d’aller ailleurs, de découvrir des gens que l’on ne connaît pas, d’autres univers. C’est ce qui permet à l’enfant de grandir, de changer son attitude et d’évoluer. S. et ses copains, eux, ne font d’expérience que de se retrouver encore et toujours. D’une certaine façon ils transportent dans leurs bagages leur univers de tous les jours. Je rencontre aussi dans ces colos des enfants issus de milieux moins défavorisés, mais tous présentent des difficultés de comportement plus ou moins importantes (hyperactivité, agressivité physique et verbale, manque de concentration…) et c’est pour cela qu’ils ne sont pas acceptés dans d’autres centres de vacances. Sans compter les raisons économiques, qui ne permettent pas à leurs familles de partir ou de payer d’autres séjours. L’encadrement de ces enfants oblige à une très grande attention de la part des animateurs, qui, sans formation d’éducateur « spécialisé », n’ont que leur courage et leur expérience personnelle de jeunes adultes ! Nous vivons parfois des situations difficiles, mais aussi des moments de plaisir ou de grande émotion !

Lors d’une première expérience en tant qu’animatrice, j’ai été confrontée à une enfant qui avait une forme d’autisme, qui ne parlait pas et refusait toute autorité, se tenant toujours à l’écart des autres. J’ai choisi de continuer malgré tout à faire de mon mieux pour qu’elle s’intègre à sa façon aux activités, en la gardant à mes côtés (d’autres refusaient de l’avoir dans leur groupe car elle n’écoutait rien !). Au fur et à mesure du séjour, cette petite fille s’est progressivement mise à parler, à participer aux activités et à s’amuser avec des copines. Il a suffi d’un peu d’attention, de s’adapter à son rythme et de communiquer avec elle, de lui parler même si elle faisait la sourde oreille. Je fus surprise qu’une telle évolution puisse se produire sur une période si courte. Je précise que depuis quelques années, les subventions publiques attribuées aux associations d’éducation populaire ont été diminuées de moitié, ce qui rend difficile leur gestion, voire leur existence. Il s’agit d’associations à but non lucratif qui n’ont généralement pas d’autres sources de financement. Plus les subventions diminuent, plus nous sommes restreints dans notre action et plus les familles, les enfants, sont privés de vacances ou de loisirs avec tout leur apport au plan culturel, éducatif, citoyen. Alors votons bien !

Anaïs Da Silva (Lycée Aristide Maillol).

Alain Rebetez

Articles liés

  • Emploi : Reims, l’autre ville du Grand Paris ?

    Est-il plus facile de trouver un emploi à Reims ou à Paris, pour les habitants, diplômés ou non, des quartiers populaires de la cité champenoise ? Alors que beaucoup ont du se résoudre à quitter leur ville natale pour trouver des opportunités qui correspondent à leurs attentes, d'autres Rémois tentent de rebattre les cartes de l'emploi local. Témoignages.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 11/06/2021
  • À Bondy, salariés et employés désespérés face à la fermeture de l’Intermarché

    Les salarié·e·s de l’Intermarché de Bondy en Seine-Saint-Denis attendent depuis le 24 février la réouverture de leur magasin, fermé pour “raisons de sécurité” par la préfecture du département. Malgré les relances, la situation n’évolue pas. Les salarié·e·s du magasin témoignent de leur situation de plus en plus difficile sur le plan financier et mental. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 29/04/2021
  • Abdoulaye, 67 ans, vendeur ambulant

    Ils tiennent ces petits étals de montres et de lunettes que l'on croise au détour d'un troquet ou d'un couloir de métro sans trop y prêter attention. Ahmed Ait Ben Daoud a pris le temps de se poser pour écouter l'histoire de l'homme derrière l'étal. Abdoulaye est vendeur ambulant dans la banlieue de Mulhouse. Récit.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 08/12/2020