Destinée à fermer en 2014, l’usine PSA Peugeot Citroën d’Aulnay finalisera la production de sa dernière C3 le 25 octobre prochain. Le site se vide jour après jour et la production serait déjà au point mort, selon des employés.

Il est à peine 14 heures, le parking de l’usine d’Aulnay est vide, seul trois bus attendent. Auparavant les  navettes étaient déjà toutes présentes à cette heure-là. Elles ramenaient les salariés qui venaient travailler l’après-midi et récupérer ceux qui étaient du matin, bien que plus personne ne travaille l’après-midi depuis quelques mois, ce qui explique, en partie, ce vide. Devant la fameuse porte 3, on peut apercevoir à travers les grillages quelques personnes ici et là, posées sur l’herbe à attendre…. Les portes sont bloquées, les badges ne sont réactivés qu’à 14h15, « personne ne peut sortir avant et pourtant les salariés ont droit à deux heures par jour de recherche d’emploi » explique Mohamed Kenniche, syndicat SUD & Union syndicale Solidaires industrie à PSA Aulnay.

Entre temps, certains essaient de voir si leur badge est réactivé et s’impatientent…14h15, les badges sont actifs, les employés, beaucoup moins nombreux, s’empressent de sortir et de rejoindre leur véhicule, ou navette.  Avant, à l’heure du changement d’équipe c’était une foule, des milliers d’employés qui quittaient l’usine, les autres qui y entraient. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Il reste environ un millier d’employés selon les syndicats. Ils étaient encore 3 000 en juillet 2012.

PSA foto Noir et BlancFin août, la direction de Peugeot annonçait que la production de la C3  cesserait à la fin octobre et, vendredi dernier, un porte-parole du groupe automobile annonçait à la presse que la dernière C3 sortira de la chaine de montage le 25 octobre prochain. « Mais ça fait longtemps qu’on ne travaille plus ! Ils ont dit que la production s’arrêtera fin octobre mais ça fait longtemps qu’on ne la pas reprise » raconte Patrick. « Y a rien à faire » explique son collègue, et d’autres qui expliquent que la production n’a quasiment pas repris depuis la grève du 16 janvier. «La production est arrêtée depuis très longtemps » raconte Mohamed Kenniche

 « Il y a plus de 600 salariés à Pôle emploi »

En avril dernier, PSA Peugeot Citroën concluait un accord sur la transition professionnelle avec l’AFPA (Association Professionnelle pour la formation Professionnelle des Adultes). Quelques entreprises impliquées dans ce dispositif étaient venues prêter main forte au géant automobile pour le reclassement des ouvriers du site d’Aulnay : ADP (aéroport de Paris), la SNCF, RATP. Chacune de ces sociétés proposant 100 postes chacune. Par ailleurs, dans le cadre de la réindustrialisation du site, l’entreprise ID Logistics, qui doit livrer un premier bâtiment début 2015, promet la création de 590 emplois. Pourtant ces propositions d’emplois n’ont pas l’air d’emballer les salariés qui évoquent une baisse de salaire et des critères de sélection très stricts. « Par exemple t’as une moyenne de 1 500 euros par mois, si tu vas à ID Logistics tu passes à 1 200 euros, c’est payé au SMIC, pas de primes et pas de 13e mois. C’est simple, si je vais à ID Logistic je ne peux plus payer mes factures. C’est ça qu’on appelle le reclassement ? » argumente Patrick.

« 18 salariés se sont présentés à ID Logistics et personne n’a été pris. Pour l’instant ils ne font aucune proposition sérieuse,  ils refusent aussi les plus de 50 ans » raconte Jean-Pierre Mercier, délégué syndical CGT, qui dénonce des « critères de sélection extrêmement durs » pour les postes proposés à la SNCF. Selon Mohamed Kenniche, seize employés ont été sélectionnés à la SNCF et trois pour ADP. Il y a quelques semaines, Le Point annonçait que 15 employés de PSA Aulnay avaient été embauchés à la RATP. « Quand ils annoncent 300, 600 [offres d’emplois] pour ID Logistic, c’est de l’enfumage…Il y a plus de 600 employés qui sont à Pôle emploi aujourd’hui » se désole le syndicat de SUD.

Fin décembre, la phase « volontariat » du plan social prendra fin, débutera ainsi la phase « contrainte ». Les salariés commenceront à recevoir leur lettres de licenciement. Pendant ce temps, l’usine  n’assemblera plus de C3 à partir de vendredi 25 octobre et produira des pièces détachées jusqu’en 2014.  « On a fait un beau combat, on est fier » me disent des salariés à la sortie de l’usine. « Je me battrai jusqu’au bout, si je dois me faire licencier, je me ferai licencier le dernier » estime Mohamed Kenniche.

La fermeture de l’usine PSA Peugeot Citroën à Aulnay c’est aussi 5,5 à 6 millions d’euros en moins dans les caisses de la commune. Comment la collectivité comblera-t-elle ce manque dans les années à venir, d’autant que la réindustrialisation du terrain, ce n’est pas demain la veille.

Imane Youssfi

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