C’est mardi que le groupe PSA a officiellement dévoilé la répartition selon les sites des 1 900 postes qui seront supprimés en France. Au cours du Comité Central d’Entreprise extraordinaire, la direction a confirmé les informations divulguées par les syndicats quelques jours auparavant. Le site d’Aulnay devrait perdre 196 de ses salariés et employés en production ainsi qu’en recherche et développement au cours de l’année 2012.

Pour Jean-Pierre Mercier, délégué CGT-Aulnay, les membres de la direction étaient « tendus » en annonçant l’ensemble des mesures prévues dans le cadre du Plan de performance 2012. « Aulnay est bien l’usine qui sera la plus touchée » constate le syndicaliste. Selon le communiqué du groupe, le plan donne la priorité à la mobilité interne ainsi qu’à l’accompagnement par un cabinet de ressources humaines. J.-P. Mercier précise que le cabinet en charge de l’accompagnement est « le même que celui qui était en charge du dossier Arcelor-Mittal de Gandrange. »

Jeudi 15 décembre, l’intersyndicale de PSA de l’usine d’Aulnay-Sous-Bois a interpellé Nicolas Sarkozy dans une lettre ouverte : « Monsieur le Président, nous demandons d’intervenir pour que puisse se tenir une réunion tripartite Etat-PSA-syndicats dans le but d’aboutir à un accord, garanti par l’Etat, assurant le maintien de tous les emplois sur le site d’Aulnay, au moins jusqu’en 2016 ».

Nicolas Sarkozy n’était pas le seul destinataire de cet appel à l’aide signé par les syndicats CGT, SUD, FO, CFTC, SIA, CFDT et la CFE-CGC. Une copie de cette lettre a également être envoyée à François Hollande, le candidat socialiste à la présidentielle.

Le président de la république connait bien le dossier PSA. Le 17 novembre dernier, Philippe Varin, le président du constructeur automobile français est reçu par Nicolas Sarkozy. A leurs côtés, les ministres du travail, Xavier Bertrand, et de l’Industrie, Eric Besson. Au cœur des discussions ; le plan d’amélioration de la compétitivité du groupe. Plus tôt dans la journée, Nicolas Sarkozy, annonce à l’occasion de son discours au Fonds Stratégique d’Investissement qu’ « il n y aura pas de plan social chez PSA en France. Les 2 000 salariés du groupe concernés par ce projet seront tous reclassés soit à l’intérieur du groupe, soit à l’extérieur, notamment chez ses prestataires ».Dans un communiqué, l’Elysée annonce que Philippe Varin a confirmé au chef de l’Etat « qu’aucune mesure de licenciement ou mesure d’âge au sein du groupe n’est prévue ».

De leur côté, les syndicalistes, fatigués des annonces, exigent un engagement écrit. « Le dossier PSA, est devenu un dossier national, car l’emploi est la préoccupation de tous. Le président de la république doit agir et intervenir auprès de PSA pour organiser une réunion entre le gouvernement, la direction et les syndicats afin que l’on obtienne des garanties écrites » explique Jean-Pierre Mercier, délégué CGT-Aulnay. «On fera pire que Continental s’il le faut. On manifestera avec femmes et enfants. Nous sommes prêts à nous rendre à l’Elysée » s’époumone Mohamed Khenniche, secrétaire général Sud-Aulnay. « Je ne vois pas comment on peut avoir un discours devant les médias et la France entière affirmant qu’il faut protéger l’emploi et laisser faire PSA qui a été subventionné à l’aide de fonds publics et est en voie de liquider une usine. Nicolas Sarkozy va devoir nous expliquer » prévient J-P. Mercier.

« Les camarades se prennent des sanctions bidons. A l’atelier, près de moi, trois postes ont déjà été supprimés et tous les jours, la direction supprime de nouveaux postes. Une équipe dans son intégralité a même disparu » témoigne Mohamed, ouvrier de l’usine d’Aulnay. Pour M. Khenniche, du syndicat SUD, « ce n’est que le début. On assiste aujourd’hui à des licenciements pour faute grave pour n’importe quel salarié qui aurait juste oublié une pièce ». A la communication du groupe français, le discours est tout autre « il n’y a pas et il n’y aura pas de licenciements ni de plan social à Aulnay. PSA s’est engagé à trouvé une solution d’avenir. Tous les salariés occupant des postes dits sensibles, c’est-à-dire en déclin, seront orientés et formés pour occuper des postes en tension, c’est-à-dire porteurs. Il s’agit-là d’ajustements classiques courants dans un groupe industriel ».

D’après le délégué général CGT-Aulnay, « les pressions sont incessantes sur les employés en CDI pour qu’ils quittent le groupe sous forme de départ volontaire. C’est de l’autolicenciement ou de la mutation interne. Il y a tout un panel de mesures pour dire aux salariés qu’ils n’ont plus d’avenir dans cette usine ».

Phong habite et travaille à Aulnay et est encore loin de l’âge de la retraite. Pourtant, après douze années de travail passées dans les ateliers de PSA, il affirme que la direction lui parle de départ. « On m’a appelé mercredi et l’on m’a proposé 14 000 euros pour quitter définitivement l’usine soit neuf mois de salaire. Je ne peux pas accepter, je n’ai que 45 ans, une femme et un enfant ».

Le secrétaire général SUD-Aulnay confirme le témoignage de Phong. « Il n’y a pas de projet de reclassement. On propose à certains ouvriers un chèque contre leur départ volontaire. Pour un ouvrier qui a entre 30 et 40 ans de travail, il peut espérer obtenir de 30 000 à 40 000 euros et environ 15 000 euros pour un jeune ». De son côté, PSA dément avoir rencontré des salariés pour leur faire ce type de propositions : « Nous sommes très étonnés d’entendre de tels témoignages alors que le C.C.E n’a pas encore dévoilé l’ensemble des mesures d’accompagnement qui seront mises en place courant janvier 2012. »

Parking de l’usine PSA d’Aulnay. Il est 14h37. C’est l’heure de sortie d’une partie des ouvriers. Les cars sont prêts à éloigner les ouvriers de la zone industrielle. Près des portes tourniquet, des salariés prennent part au rassemblement. Deux d’entre eux expliquent qu’« il y a de grosses pressions et beaucoup de stress. Pour l’instant, la direction affirme que les licenciements et la fermeture de l’usine ne sont pas d’actualité mais nous n’avons pas confiance. Le moral est bas, les gens sont ne sont pas tranquilles car il y a trop de questions qui se posent. L’ambiance n’est plus la même qu’avant ». Pour son collègue Rachid, ouvrier sur le site d’Aulnay depuis quinze ans « manifester est une cause juste. Avec la crise, on a encore plus peur de perdre son emploi. Quand je suis entré à l’usine, c’était la belle époque. Maintenant, ça commence à se dégrader. Tout le monde a peur car l’avenir est sombre. Tout est flou. »

Depuis l’estrade des syndicalistes, Daniel, ouvrier de l’usine d’Aulnay depuis son ouverture en 1978 rappelle l’urgence du combat au micro. « Nous n’avons cessé de nous battre pour l’entreprise et les clients et maintenant on se moque de nous. On diminue l’effectif et on ferme les bâtiments et dès lors que l’on passera à normale c’est-à-dire à une seule équipe, il n’y aura plus personne pour faire grève. Ce sera terminé pour Aulnay. Il faut bouger avant 2014, après il sera trop tard. Nous voulons un projet pour notre usine. D’une capacité de 6 000 ouvriers, nous sommes à 3 000 aujourd’hui et vue la pente descendante que l’usine empreinte, en moins de 2 ans, on sera à 2 000 ouvriers».

Même discours du côté de Jean-Pierre Mercier de la CGT. Le syndicaliste constate que le plan de fermeture pour l’usine d’Aulnay est bel est bien en « cours d’application, méthodiquement, mois après mois. On voit bien qu’ils vident l’usine avant de donner le coup de grâce et annoncer la fermeture de l’usine une fois la présidentielle et les législatives passées. Nous n’avons aucune visibilité sur l’après 2014. Aucun élément concret ne nous dit qu’il va y avoir un nouveau véhicule en fabrication sur le site. Petit à petit, la production de la Citroen C3 est délocalisée à Mulhouse et au final, ici, ils vont vouloir fermer ».

Pour Mohamed Khenniche du syndicat SUD, « si le site d’Aulnay venait à fermer, cela serait un immense drame. Près de 3 500 familles tirent leur revenu de cette usine, il y a des couples qui travaillent ici, des pères et leurs fils. » Interrogé lundi, PSA se veut rassurant et affirme que « la fermeture de l’usine n’est pas d’actualité et que la fabrication de la Citroën C3 continuera au moins jusqu’en 2014 ».

Main dans la main

Dans ce combat contre les suppressions d’emplois, la CGT et SUD sont les deux seules organisations syndicales à y croire encore. « On a démarré l’intersyndical au mois de juillet 2011. A ce moment-là, nous étions sept et aujourd’hui, il ne reste que la CGT et nous. Les autres se sont retirés pour diverses raisons tout en restant signataires de la lettre pour Nicolas Sarkozy. On continue la bataille et on ira le plus loin possible » explique le secrétaire général SUD-Aulnay. « Même s’il y a des convergences entre nous et que nous ne sommes pas toujours d’accord sur certains points, ce qui est sûr, c’est que sur le terrain de l’emploi, on travaille main dans la main. Nous avons les mêmes revendications, on se doit de défendre l’emploi. »

Sur le parking de l’usine d’Aulnay, les « camarades » des autres unités de production PSA sont au rendez-vous. Bruno Lemerle, syndicaliste CGT, est venu de Sochaux pour assister au rassemblement. « C’est important que nous soyons ensemble. Car derrière l’attaque des salariés d’Aulnay, il y a l’attaque de tous les salariés qui travaillent chez, ou pour PSA en France. »

Nordine, a 48 ans et s’est rendu à Aulnay par solidarité. Il est ouvrier à l’usine de Poissy. « Depuis 19 ans » sourit-il. « Les patrons ne cherchent que les profits. C’est toute notre vie l’usine. Aujourd’hui, c’est ici, demain, ça sera chez nous. »

Entre « made in France » et « variable d’ajustement »

« Qu’est-ce qu’on entend en ce moment, le made in France ? » ironise Elasri, ouvrier à l’usine d’Aulnay. « Il faut d’abord augmenter les salaires pour pouvoir consommer plus et acheter français. Nous demandons 300 à 400 euros de plus. Un euro que l’on reverse au patron est un euro qui va être épargné. En revanche, un euro versé au salarié, sera dépensé. Si aujourd’hui on délocalise et on ferme les usines, comment allons-nous vivre ? Mes frères sont au chômage, et quand ils vont pointer au Pôle Emploi, il n’y a pas de travail. C’est plutôt en maintenant l’emploi et en augmentant les salaires que l’on arrivera à surmonter le problème de la crise ».

« Pourquoi l’emploi est-il saccagé et massacré par PSA ? » S’interroge ce salarié de Sochaux. « Parce que le groupe essaie de trouver 800 millions d’économie pour financer ses investissements. Au mois d’août dernier, 200 millions d’euros ont servi à racheter des actions du groupe afin de rassurer les investisseurs. Notre emploi est une variable d’ajustement qui sert à faire des économies ».

Entre nostalgie et rage, les salariés se passent le micro et essaient de comprendre. « Ce sont des générations d’ouvriers, de techniciens, d’ingénieurs qui ont construit la richesse de ce groupe industriel. Mais aujourd’hui M. Varin affirme qu’il ne gagne pas assez ici et qu’il gagnerait davantage en allant en Chine et en Inde. Près de 4 milliards d’investissements sont prévus pour les usines chinoises, indiennes, russes et brésiliennes » déplore un salarié de l’usine de Sochaux. « En aucun cas, le développement international de PSA ne doit se faire par le sacrifice des salariés qui ont construit cette usine et sa richesse. Autrefois, seuls les ouvriers payaient les mauvaises politiques du groupe, aujourd’hui, PSA s’en prend aussi aux techniciens et aux ingénieurs en ciblant d’abord les plus fragiles, c’est à dire les prestataires et les intérimaires. »

Malgré un chiffre d’affaires groupe du 3ème trimestre 2011 en progression de +3,5 % par rapport au 3ème trimestre 2010, PSA dit vouloir anticiper un marché européen annoncé en repli ces cinq prochaines années. Dans le même temps, le groupe annonce la poursuite de ses investissements au Brésil sur la période 2012-2015 pour augmenter sa capacité de production et développer de nouveaux modèles.

Spéculation immobilière ?

Selon J.-P. Mercier de la CGT, une note de synthèse confidentielle datant de juin 2011 et révélée par la presse cet été, faisait état du montant que pourrait rapporter la vente des terrains sur lesquelles l’usine d’Aulnay est implantée. Selon le syndicaliste, cela prouverait que PSA a l’intention de fermer l’usine. Dans ce document, « une estimation du terrain qui s’élevait à 300 millions d’euros à l’époque. Bien plus demain grâce au projet de transport du Grand Paris » souligne-t-il. De son côté, Mohamed Khenniche de SUD-Aulnay, assure avoir reçu « la garantie du maire socialiste de la ville d’Aulnay, Gérard Ségura, qu’il n’y a pas de projet de vente actuellement.»

Contactée lundi, la communication de PSA a démenti cette information et a précisé que cette note confidentielle et « désormais caduque ne comportait pas d’estimation ». Seul est discuté « un projet de création d’une Société en Nom Collectif ayant pour objectif la gestion du patrimoine immobilier de bureaux de Paris-Grande armée et de Saint-Ouen ». Le but étant de « professionnaliser la gestion du patrimoine du groupe.»

En attendant que Nicolas Sarkozy et François Hollande se rapprochent des syndicats de PSA, les préfets ont prouvé qu’ils disposaient de moyens pouvant mettre fin à un éventuel plan social dont ils jugeraient les mesures de sauvegarde de l’emploi misent en place insuffisantes. Fin novembre 2011, les ouvriers de la Fralib, une société de sachets de thé du sud de la France ont ainsi pu conserver leurs emplois grâce à une décision de justice. La société a vu son plan de restructuration simplement annulé par la cour d’appel d’Aix en Provence.

Mona Choule

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