« Maman, tu vas ou ? – Je vais au collège ! » Pour moi, cette réponse de ma mère, c’était surréaliste. En fait, ce mot « collège », chez elle, cachait un défaut de prononciation. Pendant plusieurs mois, je me posais la question : « Mais de quel collège parle-t-elle ? » Puis j’ai compris, elle voulait dire : « Je vais au Coluche », le Coluche des Restos du cœur.

A chaque retour de ce fameux collège, elle revenait avec un caddie rempli de courses. Pour nous, c’était comme si le Père Noël venait avec ses cadeaux, sauf que là, c’était bien réel. Elle m’a souvent demandé de l’accompagner, mais quand j’ai compris qu’elle parlait des Restos du cœur, j’avais honte que mes potes l’apprennent et me voient là-bas. Puis, en grandissant, je suis devenu fier de la manière dont ma mère nous a élevés. Et en reparlant de ça avec mes potes, ceux-là-mêmes que je ne voulais pas mettre dans cette confidence, je me suis rendu compte que nous nous cachions cette soi-disant honte, alors que nous étions dans le même cas.

Ma mère se retrouvait à cet endroit et en profitait pour refaire le monde avec les autres mères, en parlant de leurs garnements qui leur menaient la vie dure. Est-ce qu’elles parlaient de tout ? Pas forcément, parce qu’elles aussi ne se racontaient pas tout sur leurs enfants. Elles avaient peut être honte d’avoir un enfant voyou. Les Restos du cœur ont sauvé des familles dans le besoin, confrontées à des fins de mois difficiles. Alors, nous matraquer aujourd’hui de débats interminables sur la crise financière qui chamboule le monde… Nous, la crise, nous la connaissons depuis des lustres.

Ce texte est un petit hommage à ma manière à nos mères courageuses qui ont su nous élever dans un pays qui n’est pas le leur mais qui est celui de leurs enfants. C’est aussi un hommage à Coluche qui ne se doutait pas qu’il allait aider des familles d’ici et d’ailleurs, en France, aujourd’hui, encore.

Idriss K.

Idriss K

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