Quelle est l’ambiance à l’intérieur de l’usine depuis la rentrée ?

L’ambiance est fluctuante. Il y a entre 600 à 800 salariés mobilisés pratiquement à chaque action. Il y a des AG (Assemblée Générale) toutes les semaines, des réunions par atelier, des discussions, ce sont des heures de grève et donc des pertes de salaires. L’attitude du gouvernement est commentée, les salariés qui ont voté Hollande se sont lâchés !

Et vous, dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui ?

Très combatif, plus que jamais convaincu que les salariés doivent se battre et élargir la mobilisation. Je suis très optimiste, on a beaucoup d’atout dans notre manche.

Tous les jours il y a des plans de licenciement qui tombent. On n’est pas tous seul, on n’est pas isolé. On s’adresse à tous les travailleurs et à la population.

Les actions et les réunions se sont multipliées depuis la rentrée (manifestations, réunion avec François Hollande et Arnaud Montebourg, remise du rapport Sartorius…). Comment les avez-vous ressenties ?

Ça nous a conforté qu’on ne peut compter que sur nous-mêmes, sur notre capacité à nous mobiliser. La solution c’est de s’adresser aux autres travailleurs pour foutre la trouille au gouvernement.

Vous n’y arriverez pas tous seul ?

Nous seuls, on ne peut pas empêcher la fermeture de l’usine. C‘est un trop gros morceau. On doit se mobiliser contre tous les plans de licenciement.

François Hollande vous avez-t-il promis quelque chose pendant la campagne présidentielle ?

La seule chose qu’il nous a promis c’est de nous rencontrer très rapidement après le 6 mai. Il a fallu qu’on le mette au pied du mur pour qu’il nous rencontre avec l’annonce du 11 septembre (journée de mobilisation) et  qu’on irait à l’Elysée coûte que coûte.

A-t-il été gêné lorsqu’il vous a reçu ?

Non. Il ne s’est même pas excusé de nous recevoir si tard. Il nous a dit: «Vous voyez j’ai tenu ma promesse ».

Vous sentez-vous soutenus politiquement ?

Oui. Il y a des soutiens, notamment la municipalité d’Aulnay qui nous finance régulièrement des bus pour nos mobilisations.

Pourtant, le maire de la ville, Gérard Ségura, se fait souvent huer par une partie des salariés ?

Parce que Monsieur Ségura joue à un jeu qui n’est pas transparent notamment sur le périmètre d’étude, sur le foncier…

Justement les terrains de l’usine d’Aulnay intéressent de nombreuses entreprises, le projet du Grand Paris  commence à avancer tout autour. Qu’en pensez-vous ?

On a un peu le sentiment que le malade n’est pas encore mort et que la famille se dispute déjà l’héritage. L’estimation du terrain en août 2010 était de 300 millions d’euros. Aujourd’hui, avec le Grand Paris sa valeur va exploser.

Le périmètre d’étude qui a été mis en place par le conseil municipal peut être quelque chose de bien, comme ça peut ne pas nous servir.

Mais le soutien du maire est quand même réel. Notamment le jour de notre rencontre avec François Hollande, il y a eu des incidents sur le RER B, sans les bus de la mairie, on n’aurait pas pu aller manifester à Paris.

Dans le quotidien Les Echos en date du 26 septembre 2012, Philippe Varin (Président du Directoire de PSA Peugeot Citroën) estime que sur les 3 000 salariés d’Aulnay, la moitié iront à Poissy, qu’il n’y aura aucun licenciement sec à Aulnay et à Rennes et annonce 3600 départs volontaires. Vous y croyez ?

 

Non, déjà il faut reclasser 1400 salariés à Rennes à qui on ne propose rien. Il veut envoyer 1500 salariés d’Aulnay à Poissy alors que la direction du site de Poissy parle déjà d’un sureffectif de 700 emplois.

On parle aussi de propositions d’embauche de 500 salariés par d’autres entreprises. On sait ce que c’est, ce ne sont absolument pas des emplois pérennes.

Quelles sont les prochaines actions à venir ?

Le 9 octobre au salon de l’automobile.

Pourquoi n’y avez-vous pas été avec les autres salariés aujourd’hui ?

Les salariés ne l’ont pas décidé en AG. Le SIA ne la pas proposé en AG, donc ça n’a pas été discuté et voté. Mais c’est bien qu’ils l’aient fait. Notre objectif est de rassembler le plus de salariés, Arcelor Mittal, Air France… toutes ces entreprises qui connaissent des plans de licenciements. L’idée c’est de montrer un front commun.

Propos recueillis par Imane Youssfi

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