« Prendre l’adresse d’une cousine qui habite en dehors du 93, préciser en gras l’identité française et inventer des expériences professionnelles. » Malgré cela, des 500 demandes d’emploi qu’a posté Soufiane (en photo), 200 sont restées sans réponse et 290 ont été négatives. Des dix entretiens obtenus, la plupart n’étaient que des invitations bidons pour remplir les quotas de « recrutement périphérique » et pouvoir clamer « moi aussi, je convoque mes Arabes ».

 

Son Bac + 2 ne lui est d’aucune utilité. « Mon défaut est d’avoir fait mes études à Bondy. Ici, on s’enferme ». Dans sa classe de lycée, seuls le Français et l’Antillais ont trouvé immédiatement du travail. Les autres se sont présentés à la ANPE. Soufiane se souvient avoir été reçu par une « dactylo débutante » qui ne lui a rien proposé sinon un prochain entretien six mois plus tard. Soufiane s’en est sorti seul. Deux mois à la manutention du discount Ed, à Bondy nord (1000 euros pour 40  heures d’exploitation). Quelques autres expériences, parfois bénévoles, pour les enfants du quartier, parfois au noir, pour différents commerces. Soufiane survit, mais ne trouve rien.  

 

Né à Bondy, il ressent parfois la tentation de « rentrer au Maroc », mais il sait qu’il sera aussi un étranger là-bas. « En France, on n’aime les cités que pour rigoler. On invite les comiques issus de la banlieue sur les plateaux TV. Pour le taf, il faut aller voir ailleurs. »

 

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann

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