Martin Hirsch, Père Noël des temps modernes ? En tout cas, pour Yannick Miel, ce jeune diplômé qui s’est « vendu » sur le site internet Ebay, la provision de la hotte du haut commissaire à la jeunesse a été bonne. Il s’est ainsi vu offrir un CDD de quatre mois au sein d’une commission chargée de réfléchir sur l’intégration des jeunes diplômés. Eh oui ! Aujourd’hui, on est content avec peu : un CDD, ça ouvre les portes… Pour Soraya, 26 ans, brillante diplômée, et pour d’autres, l’avenir est plus sombre.

Lemonde.fr consacrait récemment un de ses articles aux jeunes, avec ce titre : « Les 16-25 ans, une génération qui a perdu foi en l’avenir ». Un billet qui en disait long sur les espoirs déçus d’une génération. Soraya, aujourd’hui doctorante en sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Lyon, en sait quelque chose de la difficulté d’y arriver, même avec les meilleurs diplômes en poche.

Après son baccalauréat littéraire, Soraya s’oriente vers une classe préparatoire aux grandes écoles dans un lycée de Versailles ; hypokhâgne puis khâgne. C’est à l’Université de Tours qu’elle poursuit son parcours universitaire : deug, licence, enfin maîtrise de philosophie politique qu’elle obtient avec la mention « très bien ». Elle sort major de promotion. Avec tout cela, elle trouve même le temps d’obtenir un certificat d’études européennes, une licence d’administration publique et un master « droits de l’homme et droit international humanitaire ».

Puis Soraya se lance dans un doctorat en sciences politiques. Des études onéreuses qui l’ont obligé à travailler pour pouvoir les financer : « En dépit des sacrifices de la famille et même si l’on bénéficie d’une bourse quelque temps, les études, surtout quand elles durent pendant 10 ans après le bac comme c’est le cas pour moi, sont très coûteuses. Et pour peu qu’on ait le malheur de se montrer plus ambitieux encore, il y a aussi à payer les frais liés aux préparations aux concours et aux grandes écoles que l’on suit en pensant – à tort ou à raison – que c’est un plus pour son avenir et que tôt ou tard ça portera ses fruits… »

Tour à tour, Soraya a été animatrice en centre aéré, accompagnatrice scolaire, hôtesse, réceptionniste, secrétaire, agent commerciale, serveuse, surveillante d’examen, organisatrice de conférences ou opératrice de saisie informatique. Mais aussi : vacataire au lycée ou chargée de cours à l’Université.

Ambitieuse et pugnace, Soraya, malgré les difficultés qu’elle rencontre pour trouver un emploi à la hauteur de son talent, garde un peu d’espoir : « Je suis désemparée par la situation mais pas découragée pour autant. J’ai cette désagréable impression d’avoir tellement redoublé d’effort durant toutes ces années, de m’être dépassée, d’avoir multiplié les formations afin d’être armée pour la vie active, d’avoir cherché à me constituer un bagage solide, pour me retrouver finalement dans l’impasse. Néanmoins, cela n’entame pas ma persévérance et ma volonté de réussir. »

C’est dans le domaine des droits de l’homme ou dans celui de la diplomatie et des relations internationales que Soraya souhaite travailler. Et pour cela, elle a empilé les stages et autres missions : attachée parlementaire d’une sénatrice, stagiaire aux Nations Unies, à Genève puis à New-York (emploi non rémunéré) et assistante d’ambassadeur au ministère des affaires étrangères à Paris. Soraya ne compte plus les candidatures qu’elle envoie : « J’ai accumulé des centaines de demandes et de candidatures ; dans les réponses on ne tarit pas d’éloges quant à mon profil mais au final, la réponse est immanquablement la même : négative. »

Soraya ne veut pas s’apitoyer sur son sort. Pour elle, pas question de s’arrêter sur d’éventuelles discriminations quant à ses origines : « Je pense que c’est une réalité, mais une réalité à dépasser. C’est à double tranchant, ça peut permettre d’identifier l’une des sources du problème mais en même temps on peut rapidement verser dans la victimisation exacerbée. »

Tenter sa chance ailleurs ? Soraya y pense de plus en plus: « J’aurais aimé trouver ma voie en France. Mais dans l’éventualité où la situation continuerait à se dégrader, je pense effectivement à partir, car là ce n’est pas viable et ça devient insupportable. Je pense notamment à la possibilité de partir dans les pays anglo-saxons, voire en Suisse ou dans les pays du Golfe. »

Fatiguée de toute cette énergie dépensée sans y voir une issue concrète, Soraya souligne que son cas n’est pas « isolé ». « C’est alarmant, dit-elle, beaucoup de jeunes diplômés vivent la même situation que moi. Les exigences augmentent : on nous demande d’être à la fois jeunes, très diplômés et très expérimentés. Il y a quelque chose de contradictoire dans tout cela : on exige de nous de l’expérience sans nous donner l’opportunité de l’acquérir, c’est un véritable cercle vicieux. »

Nassira El Moaddem

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