Le 14 octobre, 44 jeunes entrepreneurs issus des quartiers défavorisés de toute la France ont été récompensés par le ministère de l’Emploi, de la cohésion sociale et du logement et le Sénat pour avoir créé leur entreprise ou en porter le projet, dans le cadre du concours « Talents des cités ». Outre un petit trophée en verre, les impétrants, sélectionnés parmi 400 candidats, ont bénéficié d’un soutien financier de l’Etat – entre 1 500 et 7 000 euros par projet, plus une faveur d’emprunt bancaire. Parmi eux, treize lauréats nationaux ont été distingués par un jury composé de dirigeants d’entreprises partenaires. C’est le cas d’Anne-Sophie, originaire de La Rochelle, qui a mis en place une entreprise de transport de personnes à mobilité réduite : 7 emplois créés en deux ans ; et compte ouvrir une agence dans les Deux-Sèvres. Ou de Rachid et Eric, deux cadres qui ont créé en 2004 une société de télé-assistance et de services à domicile pour les personnes âgées dans les Yvelines. « Des gens comme Bouygues ont créé de grands groupes, pourquoi pas nous ? », tel est leur slogan. Aïssata, 28 ans, entend faire vivre son quartier à Argenteuil en lançant en 2007 un espace de vente de produits issus du commerce équitable, qui seront fabriqués par les jeunes des quartiers et des pays du Sud.

Pour sa cinquième édition, ce concours annuel a décerné son Grand Prix, d’un montant de 5 000 euros, à un commerçant de fruits et légumes Bio. Yohann Rosenthal, 31 ans, a installé sa boutique l’an dernier à Toulouse, dans le quartier du Mirail, et propose ses produits à des institutions et des particuliers. Et a passé avec succès l’audition organisée devant le jury d’honneur, présidé par le président du Sénat, Christian Poncelet, et le ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement, Jean-Louis Borloo.

Ces porteurs de projets, âgés de moins de 40 ans, sont « coachés » par leurs parrains bénévoles, eux-mêmes chefs de grandes entreprises dont la plupart sont membres du club du 21ème siècle (lien vers www.21eme-siecle.org ), une association qui agit pour montrer que la diversité de la population en France est une chance.

Les organisateurs n’ont pas fait les choses à moitié, puisque le président du Sénat, Christian Poncelet, a invité les lauréats pour la cérémonie de remise des trophées au Palais du Luxembourg, à Paris. « Nous assurons le suivi et le développement des projets que nous soutenons », insiste M. Poncelet. « Certains projets s’émancipent et génèrent davantage d’emplois. Nous en avons vu d’autres, au contraire, qui ont cessé leur activité », remarque Pierre Sled, le chef d’orchestre de la cérémonie. Parmi les 180 lauréats des cinq dernières années, 70 % continuent leur activité. L’ancien journaliste de Stade 2 qui anime aujourd’hui les débats sur la chaîne de télévision parlementaire Public Sénat, considère que « ce coup de pouce de l’Etat est une façon de mettre sur les rails ces gens porteurs d’idées ». Selon lui, « cette année, plus que les autres, les lauréats sont très émus, avec cette forte volonté de tirer la banlieue vers le haut ».

Cette volonté est aussi perceptible chez Jean-Louis Borloo : il rappelle que « l’Etat a débloqué 35 milliards d’Euros pour rénover les quartiers ». Et estime qu’ « en banlieue, il y a deux fois et demi plus de volonté d’entreprendre qu’ailleurs en France ».

Stratégie de communication ou pas, toujours est-il que le gouvernement porte son regard vers la périphérie des grandes villes avec des actions concrètes. Encore petites, cependant, face au réel potentiel niché dans les banlieues. Ce concours recule les frontières de l’accès à l’emploi en accélérant la création d’entreprises dans ces zones urbaines. Il était temps !


Nadia Boudaoud

* La cérémonie de remise des trophées qui a été diffusée en direct sur la chaîne parlementaire Public Sénat sera rediffusée samedi 21 octobre.

Nadia Boudaoud

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