A croire qu’il n’y a que dans les quartiers pauvres ou d’immigrés qu’il existe des taxiphones. Il y a quelque temps, je me trouvais boulevard Anatole France, dans le beau Levallois-Perret. Je n’avais ni crédit de communication sur mon téléphone, ni même, encore plus embêtant, mes principales sources de vie : mon portefeuille et ma carte de crédit, oubliés chez moi. Loin de tout contact, il me fallait cependant appeler une amie, avec qui j’avais un rendez-vous urgent (les mésaventures de Carrie Bradshaw & Co venaient de sortir au cinéma).

D’habitude, en pareille circonstance, il me suffit de marcher cinq minutes, quelques euros à la main, pour trouver un taxiphone au coin d’une rue. Mais dans l’ouest parisien, du moins dans cette partie du 92, il n’y a pas l’ombre d’un tel commerce. L’heure presse, ma séance de cinéma est dans moins d’une heure et toujours pas le moindre taxiphone en vue. Je ne tente même pas une recherche à Neuilly.

Rien à Levallois-Perret, donc. Re-rien dans les rues du 17e arrondissement que j’emprunte. Les grands boulevards ? Je tente ma chance. Opéra, nada ! Je demande à une dame : « Où est-ce qu’il y a un taxiphone dans le coin ? – Là, je ne sais pas, mais vous pouvez attendre un taxi dans les arrêts prévus à cette effet, si vous ne trouvez pas de borne pour en appeler un », répond-elle.

Résignée, constatant que cette dame ne sait pas ce qu’est un taxiphone, j’abandonne ma quête arrivée boulevard Réaumur. Il sera plus simple pour moi d’aller intercepter mon amie à la sortie de son école en plein Saint-Germain-des-Prés, où, c’est certain, je n’aurai pas une once de chance de dégoter un taxiphone.

Je raconte mon périple à mon amie, qui rigole bien. Elle me dit alors quelque chose du genre : « T’es innocente, Axelle, les taxiphones, tout ça, c’est pour nous, les immigrés. Les cartes prépayées, tu crois qu’ici ils connaissent ça ? C’est fait pour qu’on garde le contact avec le bled. »

Axelle Adjanohoun

Axelle Adjanohoun

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