En 2012, Matthieu Dardaillon embarque dans un train, le Jagriti Yatra, à bord 15 entrepreneurs, 450 jeunes Indiens et une poignée d’étrangers, décidés à parcourir 8000 km pour découvrir la réalité des pays traversés. Il décide de s’inspirer de sa propre expérience et importe l’idée en France. Suivi par d’autres entrepreneurs, il met en place le premier tour, organisé du 24 août au 4 septembre 2014. Cinquante jeunes talents de 18 à 30 ans, issus de tous milieux sociaux se retrouvent à partager 12 jours entre les transports et les rencontres dans l’Hexagone. Suite au succès de la première édition, un MOOC (Cours en ligne ouvert à tous) est créé et permet de démultiplier l’impact de cette initiative et de faire comprendre au plus grand nombre ce qu’est le pouvoir d’agir.
La deuxième édition a réuni 58 participants, entourés d’équipes et d’experts du 25 août au 5 septembre. J’ai eu l’occasion de les rencontrer. Arrivé à la Maison de la radio, l’accueil des 39 staffs impliqués dans la coordination du tour est chaleureux. Dans le studio 104, les participants délivrent leur pitch bien préparé. C’est la thématique de la pauvreté et de la précarité qui est défendue. Yassine Riffi, le fondateur de l’association Humans Relais, propose une application qui permet de créer du lien entre personnes avec et sans-abri, localement. Les associations signalent les besoins des bénéficiaires aux personnes souhaitant aider par le biais d’une notification.
Il rappelle calmement les chiffres du dernier rapport de l’Abbé Pierre sur le mal-logement et finit par un proverbe arabe « on ne peut pas aider tout le monde, mais chacun peut aider quelqu’un ». C’est au tour de Pablo Kerblat de nous faire voyager. Habillé d’une chemise élégante, personne ne pourrait s’attendre à cela : elle est faite de fibres d’ananas ! Son projet industrialisé aux Philippines promet d’être responsable. Le petit tour finit par Jérôme, le cameraman investi a eu un jour eu une idée : une « crèche volante » pour relancer une économie de quartier et maintenir une vie de couple stable.
« Je suis tombé amoureuse de nos différences »
Suite à cela, les participants rencontrent les personnes du public et partagent leurs idées avec plus de précisions. Pas à pas, je rencontre deux femmes motivées et brillantes. Attika Trabelsi partage son projet avec de la lumière dans ses yeux. Quand elle expose ses idées face au public, certaines personnes la regardaient « avec des yeux de crocodiles » comme si elle disait n’importe quoi. Et pourtant, en se basant sur un très beau schéma, elle m’explique sa banque à taux 0 qui repose sur des dons par nature ou des crédits coopératifs. Ils seront rentables économiquement et socialement sur du long terme, « évidemment » souligne-t-elle. Elle souhaite se concentrer sur l’Asie et l’Afrique : les grands nécessiteux.
Elle veut combattre « l’illettrisme monétaire » en concurrençant les banques que nous connaissons. Les projets changent, les idées se rejoignent. Il y a une vraie connexion autour des projets de chacun même si l’idée de challenge marque l’impact. Quant à Cloé Lesterlin, elle appuie sur la superbe ambiance entre le staff et les participants. Elle souhaite avoir le même esprit au sein de son association Coexister. Je lui demande deux mots qui pourraient résumer son expérience et d’un ton jouissif, elle s’exclame « audace et accompagnement ». Et la soirée de clôture commença dans le studio 104, complet.
Thierry Marx, l’un des parrains du tour monte sur scène et lance une vanne une fois assis dans son fauteuil « je suis à l’aise comme un homard dans un bocal de mayonnaise ». Thierry Marx, le chef étoilé, apparaît ce soir comme un entrepreneur social. À ses débuts difficiles, il a compris que le « réseau » était davantage important que l’argent puisqu’il ne savait pas quoi en faire seul. « Votre passé ne m’intéresse pas, construisons ensemble votre présent » confie-t-il. Il insiste sur le fait qu’il faut mettre le doigt sur son projet, c’est-à-dire le reconnaître. Il conseille d’avoir toujours en tête ces trois mots « rigueur, engagement et régularité » qu’il assimile à juste titre à l’acronyme RER. « Avoir de l’ambition, ça ne devrait pas être un gros mot », conclut-il.
Arrive alors le moment d’émotion, celui improvisé sous le regard de ses compères tant aimés. Blotti dans mon siège, je ressens cette bienveillance. L’une des participantes se jette à l’eau « je suis tombé amoureuse de nos différences », un autre se rappelle d’une question qui l’a troublé « qu’est-ce que l’humain », une autre « et finalement c’est quoi le risque ? » et un dernier « qui sont les bénéficiaires ? ». Ainsi, la France va-t-elle toujours aussi mal ? Quand on voit cela, on se dit que le pays a de talentueux actifs et qu’il ne faut pas les laisser s’échapper !
Gouja Yousra

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