Au nord de Bondy, dans les locaux de l’incubateur pour entrepreneur Bond’innov, se trouve le bureau de Mouhamed Diakité. L’entrepreneur éthique se souvient : « Au début quand j’ai commencé à contacter des banques et des investisseurs pour ma marque EthicPhone, je n’étais pas crédible. L’adresse de mon entreprise était celle de mon domicile à Aulnay-sous-Bois ». Cela fait maintenant plus d’un an que Bond’innov soutient son projet. Il a également réussi à convaincre Scientipôle, le Fonds Garigue, la Bpi (Banque publique d’investissement), la région Île-de-France, la Fondation SNCF, Créo Adam et la Fondation TF1. Toutes ces structures ont cru en son rêve franco-africain.
L’histoire de Mouhamed Diakité c’est celle d’un homme plein d’aspirations, qui veut changer le monde, changer les rapports entre la France et l’Afrique, simplifier les échanges entre les deux continents. Pour cet entrepreneur de 43 ans, « la  révolution sera numérique ». Elle se fera par l’intermédiaire d’EthicPhone « le premier opérateur de paiement mobile international par et pour la diaspora Africaine ».
Né à Anyama en périphérie d’Abidjan (Côte d’Ivoire), Mouhamed Diakité a bénéficié de ses premières initiations au commerce grâce à une mère et un père commerçants. En 1994 — après son bac-il rejoint la France. À Lyon, l’étudiant étanche sa soif de savoir par une multitude de diplômes. Préoccupé par le besoin constant des Africains de rester en contact avec la terre mère, il entame en 2011 une recherche scientifique à l’Ecole Normale Supérieure de Lyon sur l’impact de la diaspora Africaine sur développement du continent.
16 milliards d’euros envoyés en Afrique en 2013
« Comme tous les Africains, dès mon arrivée en France, mon premier réflexe a été d’appeler ma famille restée en Côte d’Ivoire. Peu de temps après, dès que j’ai touché ma première bourse, j’ai eu la volonté d’envoyer de l’argent à mes proches. » Conscient des difficultés de la diaspora dans ces démarches quotidiennes, le Pdg d’EthicPhone a voulu leur simplifier la vie. « EthicPhone permet d’appeler partout dans le monde, de recevoir de l’argent, d’en envoyer et de payer par mobile ». Le client peut, sur le pouce, remplir la mission de Lycamobile (appel à l’étranger) et Western Union (transfert d’argent) sans se déplacer de chez lui (sur son téléphone portable) et avec des tarifs abordables.
En 2013, selon les estimations de la Banque mondiale, la diaspora aurait envoyé 16 milliards d’euros en Afrique, une somme quatre fois plus élevée que l’aide public au développement. Sur les 16 milliards, 7 millions d’euros auraient été envoyés de manière informelle (en passant par une tierce personne ou un intermédiaire). Le défi de EthicPhone est de s’emparer de ce marché juteux, en y apportant une dimension déontologique grâce à l’économie solidaire, pour limiter le nombre d’échange de devise informel.
L’opérateur de paiement mobile permet d’assurer une traçabilité de l’argent, d’apporter plus de transparence et de mesurer avec plus de précision les échanges intercontinentaux. À cela, s’ajoute la volonté de contribuer à la bancarisation du continent, synonyme de stabilité économique. « Aujourd’hui environ 10 % de la population africaine possède un compte en banque ! Je suis persuadé que la téléphonie mobile sera un vecteur de bancarisation et de développement économique pour l’Afrique ».
Fort du soutien de partenaires privés et institutionnels, EthicPhone est déjà présent dans plus de 40 pays. En un an, la startup made in Seine-Saint Denis a déjà levé plus 300 000 euros de fonds. Mais monsieur Diakité ne compte pas en rester là. À l’instar d’un certain général, il lance un appel, celui du 18 juin 2015. Il est à la recherche de volontaires pour tester les services de EthicPhone*. Cette opération pilote permettra à l’entreprise innovante d’expérimenter, pendant quelques mois, sa solution auprès de 1 000 personnes dans les quartiers de Bondy et à l’international avant le grand lancement prévu fin 2015.
Balla Fofana
* Opération Pilote EthicPhone, du 18/06/2015 au 30/11/2015 réception du public de 9 h à 18 h du lundi au vendredi à la Maison de la Jeunesse et des Services publics (MJSP), 1, rue Jean Lebas, quartier la Noue Caillet 93140 Bondy

Articles liés

  • Emploi : Reims, l’autre ville du Grand Paris ?

    Est-il plus facile de trouver un emploi à Reims ou à Paris, pour les habitants, diplômés ou non, des quartiers populaires de la cité champenoise ? Alors que beaucoup ont du se résoudre à quitter leur ville natale pour trouver des opportunités qui correspondent à leurs attentes, d'autres Rémois tentent de rebattre les cartes de l'emploi local. Témoignages.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 11/06/2021
  • À Bondy, salariés et employés désespérés face à la fermeture de l’Intermarché

    Les salarié·e·s de l’Intermarché de Bondy en Seine-Saint-Denis attendent depuis le 24 février la réouverture de leur magasin, fermé pour “raisons de sécurité” par la préfecture du département. Malgré les relances, la situation n’évolue pas. Les salarié·e·s du magasin témoignent de leur situation de plus en plus difficile sur le plan financier et mental. Reportage.

    Par Emeline Odi
    Le 29/04/2021
  • Abdoulaye, 67 ans, vendeur ambulant

    Ils tiennent ces petits étals de montres et de lunettes que l'on croise au détour d'un troquet ou d'un couloir de métro sans trop y prêter attention. Ahmed Ait Ben Daoud a pris le temps de se poser pour écouter l'histoire de l'homme derrière l'étal. Abdoulaye est vendeur ambulant dans la banlieue de Mulhouse. Récit.

    Par Ahmed Ait Ben Daoud
    Le 08/12/2020