Le SEL, Système d’Echange Local est né dans une région touchée par la crise, en 1983, au Canada. Son créateur voulait lutter contre l’inactivité des gens par manque d’argent tout en valorisant les talents de chacun. Il a donc mis au point un système pour rationaliser le troc  local.  A partir de 1994, l’exemple de ce SEL sera suivi dans d’autres pays, dont la France. Aujourd’hui des SEL sont implantés dans 9 pays européens, 2 pays africains, le Canada et le Japon. En France on en compte actuellement 450.

Depuis 2010, Yves Direiz est le nouveau coordinateur des relations extérieures du SEL 93 CENTRE et webmestre. Il a accepté de répondre à nos questions.

Peux-tu expliquer comment ça marche, le SEL à Bondy ?

Yves : Le principe est très simple. Tout le monde peut échanger : je donne 1 heure de mon temps pour un conseil ; je peux donc demander un service nécessitant également 1 heure. On échange du temps. Le service rendu doit être ponctuel pour ne pas faire de concurrence aux professionnels.

Peux-tu nous donner des exemples de ce qui est proposé par les « Séliens » ?

Pour les services et conseils : covoiturage, gardes d’enfants ou d’animaux, couture, bricolage,  dépannage informatique, soutien scolaire et apprentissages divers. Pour les biens : vêtements, livres, meubles. Pour les loisirs des sorties : randonnées, botanique. Des ateliers à thèmes : jeux de société, musique, peinture, lecture, cuisine. Toutes ces activités sont parfois ponctuelles. Des repas festifs sont organisés régulièrement. Un hébergement est également proposé : la Route des  SEL offre des logis, des tentes ou des canapés dans la plupart des régions françaises.

Depuis quand fais-tu partie du SEL ?

J’ai découvert les SEL par un reportage à la télé sur les SEL en province, le principe de fonctionnement m’a plu ; quelques années plus tard, en passant à la mairie de Bondy j’ai vu des flyers sur le SEL local. J’ai adhéré au SEL en mars 2010. Le principe des échanges de services me plaisait mais je suis principalement venu pour connaître des gens car je venais d’être à la retraite et je me sentais un peu isolé.

Qui vient au SEL ?

Il n’y a pas de nobles ou de gens de la haute société. Certaines personnes ont « les moyens », beaucoup sont plus ou moins justes financièrement. Mais nous n’avons pas de profil privilégié. Viennent des personnes exerçant des métiers variés, dans le privé (ouvrier, comptables, secrétaire, sophrologue…) et dans le secteur public (instituteurs, professeurs, infirmière…) ; des membres sans activité professionnelle : des chômeurs, des retraités, des étudiants… Quelques jeunes : un couple avec un bébé, une femme qui a deux enfants en bas âge ; des moins jeunes ; une majorité de retraités, peu de couples. Nous manquons de membres entre 25 et 35 ans. Maintenant quelques femmes de Bondy Nord sont venues nous rejoindre. Nous n’avons pas  seulement des Bondynois mais des personnes habitant quelques villes des environs.

Pour quelles raisons les adhérents viennent-ils ?

Ils viennent d’abord parce qu’ils ont des besoins ponctuels : de bricolage, de jardinage, par exemple. Ils sont intéressés par l’idée d’échanger sans monnaie marchande et la notion de partage leur plaît. Presque tous viennent aussi  pour rencontrer des gens, pour les relations sociales. De plus en plus, les gens sont séduits par l’idée d’échanger sans payer.

Comment se passent les échanges entre Séliens ?

Les gens assistent aux diverses réunions du SEL, à cette occasion ils apprennent à se connaître,  la confiance s’installe et les échanges se font plus facilement. Par exemple, Eliane, 70 ans,  a proposé de faire un peu de ménage et de repassage en échange de petits travaux de bricolage que son mari ne peut plus faire : ainsi elle se sent rassurée. Personnellement, j’ai fait régulièrement du dépannage informatique ; mais j’ai moi-même plus de mal à demander quelque chose, quoique c’est plus naturel avec les personnes que je connais le mieux. Pour la plupart d’entre nous, c’est plus facile d’offrir que de demander. Et dans certains domaines, il y a des besoins non satisfaits par manque d’offres, par exemple en informatique, en bricolage et en jardinage. Mais nous encourageons nos adhérents à s’inscrire à l’INTERSEL Ile-de-France, qui regroupe les différents SEL de la région parisienne : ils peuvent alors bénéficier d’offres plus importantes. Mais pour l’essentiel, les activités sont locales.

Quels ont été tes premiers échanges avec les Séliens ?

Je me suis tout d’abord occupé d’une BLE, une Bourse Locale d’Echange de biens. Nous avons fait une petite réunion pour préparer la BLE et pour prévenir l’INTERSEL : incontournable pour que ça marche. Cette BLE était une réussite, il y avait beaucoup de monde. Ca m’a permis de voir ce qu’on pouvait échanger : des objets variés ; beaucoup de vêtements, surtout pour les  femmes. Mes objets ne sont pas partis lors de cette première BLE, sauf un décodeur TNT ; je m’imaginais que tout allait partir. J’ai choisi quelques vêtements et un bouquin. Pour la seconde BLE, le deuxième décodeur est parti, et une ponceuse électrique.

Quelles sont les difficultés souvent rencontrées pour échanger ?

Ca demande un effort d’aller vers les autres, d’aller jusqu’au bout de la démarche. De temps en temps, des personnes nous contactent pour répondre à des besoins gratuitement mais ils n’ont pas vu la réciproque : quels services sont-ils prêts à rendre ? D’autres ne savent pas trop quoi apporter au début.

Quelles sont les limites du SEL ?

On nous en demande trop parfois, on ne peut pas remplacer les assistantes sociales.

Marie-Aimée Personne

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