Ils sont de plus en plus nombreux ces jeunes diplômés qui multiplient les petits emplois pour vivre, malgré leur impressionnant cursus. Comme beaucoup d’entre eux, Justine, 21 ans, souhaite exercer et vivre d’une profession en lien avec ses études. Ce n’est malheureusement pas encore le cas. Cette jolie Normande vit de petits jobs pour boucler les fins de mois.

Elle a obtenu son diplôme en décor architectural, à l’Ecole nationale supérieur des métiers d’arts. Elle est montée à la capitale pour réaliser ce qu’elle appelle « mon rêve parisien ». Un an après son diplôme, se sont ses boulots de serveuse et d’ouvreuse de théâtre qui lui permettent de vivre.

Elle n’abandonne pas pour autant son rêve d’artisane. Avec un collectif, elle exerce dans son atelier situé à Saint-Denis. Mais ouvert depuis septembre 2010, l’atelier n’a totalisé que sept projets. Les revenus perçus n’ont jamais dépassé les 1000 euros, à partager entre les trois artistes du collectif.

Elle regrette que « l’industrie et les productions en série ne rendent pas service aux artisans. Plutôt que de chercher à refaire leur salle de bain ou leur cuisine en mosaïques et de venir chez nous, les gens vont chez Ikea. C’est une marque qui rassure et c’est moins cher. Notre labeur  se facture sur les heures passées à travailler et à composer. C’est vrai qu’il y a des personnes riches qui aiment collectionner des pièces uniques et qui pourraient y mettre le prix, mais les riches investissent dans l’art pas d’ans l’artisanat… »

Alors, à défaut de commandes, Justine jongle donc avec plusieurs emplois. Une place de serveuse tout d’abord, dans « un sympathique restaurant kabyle » à Montreuil, où elle travaille de 10h00 à 15h00. Puis elle a ensuite commencé une carrière d’ouvreuse dans un théâtre où elle bosse de 18h00 à 00h00.  Son budget loisir existe « grâce aux pourboires de serveuse que je touche » dit-elle.

Point positif de ces multiples vies professionnelles : « Je côtoie  des univers qui n’ont rien à voir les uns avec les autres ». Elle  aime ces rencontres qui durent le temps d’une chorba, d’un café ou d’un spectacle dans le seizième.

Comme ses associés de l’atelier, qui multiplient également les emplois pour vivre, Justine n’arrive pas à dégager suffisamment de temps pour l’activité pour laquelle elle s’est formée : « Je ne regrette pas mon parcours, dit-elle, mais je suis maintenant attirée par autre chose. La BD et le dessin ont toujours été mes vraies passions. Le collectif existera toujours mais je pense me réorienter vers l’audiovisuel, la pub. Ce sont des domaines un peu plus rentable, je pense, et puis je m’en irai peut-être dans une petite ville, loin de Paris…»

Royce Mopondela

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