« L’année dernière j’ai fait ma première pride, à 26 ans, alors que je sais que je suis pansexuelle depuis la primaire. Avant la pride politique de 2020, je ne trouvais pas ma place dans la pride. Pour moi c’était la technoparade, avec que des blancs, je ne me sentais pas légitime », démarre Milos, membre du collectif Queer racisé·e·s autonome, qui a organisé la marche des fiertés radicale ce 20 juin 2021.

Lors du mois des fiertés de juin 2021, deux marches des fiertés ont été organisées. C’est un mois  symbolique qui fait référence aux émeutes de Stonewall qui ont eu lieu en juin 1969 à New York aux États-Unis. Dans la nuit du 28 au 29 juin des personnes LGBTQI+  se sont révoltées, et sons descendues dans la rue pour manifester contre un raid violent de la police dans un bar de Greenwich Village. Un événement souvent considéré comme fondateur du mouvement de lutte pour les droits des personnes LGBTQIA+.

Des milliers de personnes à la Marche des fiertés radicale, antiraciste et anticapitaliste

Organisée le 20 juin, pour la journée mondiale des réfugié·e·s, les organisateur·ice·s de la marche des fiertés radicale ont souhaité repolitiser la pride, et souligner l’importance de lutter pour toutes les personnes LGBTQIA+ dans le monde : « La liberté de circulation et d’installation, ainsi que le droit à une vie digne sont des conditions nécessaires à l’émancipation de toutes les personnes LGBTQIA+ », peut-on lire dans leur communiqué. Pour aller dans ce sens, le communiqué a été traduit dans plusieurs langues (Sousou, peulh, arabe, hindi…) et les discours le jour de la manifestation ont eux aussi été traduits dans plusieurs langues, ainsi qu’en  langue des signes française.

C’est un moment de lutte pour rappeler que nos droits sont bafoués par l’Etat, et rappeler que tous les LGBTQIA+ ne sont pas logé·e·s à la même enseigne.

« Pour moi c’est un moment où toute la communauté LGBTQIA+ se réunit. C’est un moment de lutte pour rappeler que nos droits sont bafoués par l’Etat, et rappeler que tous les LGBTQIA+ ne sont pas logé·e·s à la même enseigne, particulièrement en tant que queer noir », rappelle Moussa, 24 ans, militant queer.

La pride radicale était menée par un cortège de tête en non mixité racisée, dont Milos explique le sens : « Au sein de la communauté LGBTQIA+ il y a du racisme, c’est déjà compliqué au quotidien donc c’est important à la pride d’avoir un lieu safe. La non mixité c’est important politiquement et symboliquement. Ça nous permet d’être visible, on n’est pas dilué dans la foule, je me sens vue pour qui je suis, et légitime ».

Les organisateur·ice·s ont été surpris·e·s par le nombre de manifestant·e·s et se félicitent de cette réussite : « On nous accuse de diviser, mais quand on voit le monde qui était présent, 5000 personnes l’année dernière, et 25000 cette année, ce qu’on a fait c’est fédérer », ajoute la militante.

Alors que la pride est censée de base être antiraciste et anticapitaliste, dans la pride de l’interLGBT il y a une marchandisation de nos luttes.

Des divisions idéologiques au sein du mouvement de lutte pour les droits des LGBTQIA+

Se remémorant les fondements du mouvement des luttes pour les personnes LGBTQIA+, Adétola, 27 ans, membre du collectif Queer Racisé·e·s Autonome, dénonce l’instrumentalisation qui en est faite depuis plusieurs années : « Alors que la pride est censée de base être antiraciste et anticapitaliste, dans la pride de l’interLGBT il y a une marchandisation de nos luttes : Des chars commerciaux, un cortège d’Air France qui déporte des migrant·e·s, la présence de la mairie de Paris, du parti LREM, ou encore de l’organisation de police FLAG ! »

Alors qu’à New York, les organisateur·ice·s de la Marche des Fiertés de 2021 ont interdit l’association LGBTQI+ des forces de l’ordre, à Paris, pour la première fois, c’est le FLAG ! qui a refusé de participer à la Marche des fiertés : « Elle [la pride] partait de Pantin, en Seine Saint Denis, pour rejoindre République en passant par des quartiers où les policiers ne sont pas toujours les bienvenus », ont-ils annoncé. Pour Moussa, qui a participé à la Pride radicale mais ne souhaite pas participer à la Pride organisée par l’interLGBT, entre autres en raison de leur potentielle présence, cette déclaration dit beaucoup sur le racisme dans l’institution policière.

Une marche des fiertés qui se (re)politise ?

L’absence du FLAG ! n’était pas la seule nouveauté de cette marche des Fiertés. Pour la première fois depuis sa création en 1977, la Marche des fiertés organisée par l’interLGBT a débuté hors de la capitale. C’est justement « le fait que la marche commence en banlieue parisienne, à Pantin, qu’il n’y ai pas de chars commerciaux et qu’il y ai des mots d’ordre plutôt intéressants » qui ont convaincu Valérian, comédien de 26 ans dans une troupe de théâtre queer d’aller marcher cette année. Plutôt habitué des prides radicales, il trouve que les deux prides organisées cette année sont « complémentaires ». Pour lui, « le fait d’organiser des prides radicales ça permet de récupérer du pouvoir sur nos luttes. Les prides de nuit c’est encore plus fort je trouve ».

Il y a un nouveau conseil d’administration à l’inter LGBT, plus à gauche. Ils ont fait un pas vers nous cette année.

Des organisations militantes, présentes chaque année à la Marche des Fiertés, ont aussi été agréablement surprises de ces changements, qu’iels souhaitent depuis des années. C’est le cas de la commission LGBTI du NPA, Act’up Paris, Acceptess-T, l’association Fières, et le syndicat du Strass qui ont pour l’occasion organisé au sein de cette manifestation un pôle des luttes : « Il y a un nouveau conseil d’administration à l’inter LGBT, plus à gauche. Ils ont fait un pas vers nous cette année, le fait qu’il n’y ait pas de char marchand par exemple c’est un vrai choix politique et c’est inédit. On a réussi à s’entendre sur certains points donc on a décidé de prendre la tête de cortège avec un cortège politique », explique Linissa, étudiante en sociologie et militante à la commission LGBTI du NPA, après avoir scandé des slogans du haut du char surplombé par une faucille et un marteau.

Si cette année la marche des fiertés organisée par l’interLGBT se dit plus politique, c’est grâce au rapport de force qu’on a mis en place. 

Pour Moussa, le militant, ce n’est qu’un début : « Si cette année la marche des fiertés organisée par l’interLGBT se dit plus politique, c’est grâce au rapport de force qu’on a mis en place, ils n’ont plus le choix ». Après plus d’un an de crise sanitaire et sociale qui ont isolé et précarisé les plus vulnérables, les militant·e·s du mouvement de lutte pour les droits des LGBTQIA+ sortent encore plus déterminés à rendre à la Marche des Fiertés son ambition politique, de lutte contre le système capitaliste et raciste , comme l’affirme Linissa : « Il est important de ne pas se contenter que de la pride une fois dans l’année, il faut créer notre propre agenda et sortir massivement dans la rue pour revendiquer nos droits. Les LGBTIphobies sont toujours là et le risque de l’extrême droite est très fort ».

Anissa Rami

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