City/Cité en partenariat avec le Bondy Blog organise pendant deux jours au centre culturel Centquatre dans le XIXème arrondissement de Paris un échange unique entre la France et les Etats-Unis sur le thème de la démocratie urbaine. Compte-rendu de la première table-ronde de la deuxième journée consacrée à la culture des quartiers : héritage culturel et empowerment.

« Une réappropriation culturelle collective est nécessaire dans l’ensemble des quartiers populaires ». Par cette affirmation, Jeff Chang, de l’Université de Stanford, a mis d’accord les sept intervenants de la première table ronde organisée ce samedi 10 décembre au Centquatre-Paris.

Chacun d‘eux a pu constater durant son parcours que la culture pouvait être un formidable moyen d‘intégration sociale. C’est dans cette optique qu’a été créé le Musée national arabo-américain de Détroit, dans lequel travaille Devon Akmon. Selon lui, « les initiatives culturelles peuvent permettre des évolutions politiques. Le Musée vise notamment à lutter contre les stéréotypes dont sont victimes les habitants des quartiers ».

Pour illustrer ce lien entre culture et intégration sociale, Mustapha Amokrane, musicien et militant évoque l’exemple du hip-hop, qui peut selon lui « favoriser l’intégration des populations des quartiers ». Comment ? En luttant contre les stéréotypes et les discours qui stigmatisent les personnes issues de milieux populaires.

« Redonner la parole aux populations oubliées »

Si la culture peut favoriser l’insertion socio-culturelle, les intervenants déplorent que les habitants de certains quartiers populaires n’y aient pas accès. « Certaines populations sont devenues complètement invisibles« , regrette Sacramento Knoxx, musicien et militant américain de Détroit, qui voudrait que chacun puisse évoquer son histoire et partager sa culture.

Pour résoudre ce problème, les intervenants insistent sur le rôle des personnalités politiques. Frédéric Gallens, de la Fondation Culture & Diversité souhaiterait que « les élus agissent davantage pour que la culture s’ouvre aux quartiers populaires« . C’est également dans cette optique que Christina deRoos, de la Kresge Arts de Détroit, contribue à financer les projets d’artistes indépendants aux Etats-Unis, en veillant bien à ce que des personnalités aux origines et compétences différentes soient concernées.

Ce travail de démocratisation culturelle doit aussi être celui des membres de la société civile, quelles que soient leurs compétences. « Notre rôle, en tant qu’artistes, militants ou encore universitaires, c’est de redonner la parole aux populations oubliées », affirme Mustapha Amokrane avec conviction. Une opinion partagée par Frédéric Gallens, pour qui « la création doit être développée par chacun sur l’ensemble du territoire « .

Le danger ? L’institutionnalisation de la culture

Prendre en compte les quartiers populaires dans la mise en œuvre de politiques culturelles ne doit pour autant pas provoquer l’institutionnalisation des arts urbains. Comme l’explique Mustapha Amokrane,  « les artistes doivent rester indépendants et l’expression sous toutes ses formes doit être libre ».

Dès lors, une question se pose : comment démocratiser la culture dans une société où les institutions publiques sont très influentes tout en gardant son indépendance ? Frédéric Callens pense avoir trouvé une solution. Il a « choisi d’œuvrer à travers une fondation, ce qui permet d’entretenir une relation simple et directe avec [ses] interlocuteurs, qui sont heureux de pouvoir enfin s’exprimer avec une entière liberté ».

Maëva LAHMI

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