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Pour un simple passant, pas de doute, sur la place de la mairie de Bagnolet, des personnes manifestent et… des enfants aussi. De petites mains brandissent les pancartes, on court devant les adultes, on se passe un ballon de football, on scande des slogans en jouant sur les escaliers : « Du fric du fric pour les écoles publiques, du cash, du cash pour les AESH ».

En Seine-Saint-Denis, 275 classes de maternelle et de primaire sont vouées à disparaître à la rentrée 2026, selon l’intersyndicale CGT-FSU-SUD-CNT 93. À Bagnolet, les tracts distribués indiquent 13 fermetures possibles dans l’ensemble de la ville. En réponse, la Seine-Saint-Denis lance, jeudi 21 mai, sa quatrième journée de mobilisation afin d’obtenir « un plan d’urgence pour l’éducation », indique Louise Paternoster, professeure en maternelle et co-secrétaire générale CGT Educ’Action 93.

La ville de Bagnolet mobilisée

Progressivement, la place de la mairie de Bagnolet se remplit. La CGT décompte 175 âmes rassemblées devant l’édifice. Dans la foule se mêlent pancartes dénonçant les fermetures de classes, drapeaux de syndicats et écharpes tricolores des représentants municipaux. Après une première salve de slogans, reprise consciencieusement par les enfants des écoles primaires de la ville, les prises de parole commencent. On liste les chiffres : en Seine-Saint-Denis, l’État dépense 30 % de moins par élève qu’ailleurs et les élèves perdent en moyenne un an et demi de cours à cause du non-remplacement de leurs professeurs. « C’est scandaleux ! », s’exclame une femme au premier rang.

Dora Perez participe aux prises de parole. Cette mère d’élève, entourée de ses enfants en bas âge, dénonce les décennies de fonctionnement dans l’urgence et de baisse de moyens « avec toujours les mêmes arguments : moins de classes, moins d’accompagnement et au final des conditions de travail qui se dégradent ».

« On est déjà en banlieue, on n’a pas besoin qu’en plus on mette nos enfants hors des bancs de l’école, poursuit-elle. Des jeunes brillants, on a des pépites aussi. » Michel Venont, représentant de la CGT, précise que la rentrée 2026 « se verra appliquée une baisse d’un peu moins de 4 000 postes » et que « le département du 93 sera le marqueur le plus fort de baisse avec la suppression de 300 classes pour 115 ouvertures », dont « pas moins de 10 classes annoncées à Bagnolet ».

La perspective de classes surchargées

Dans la foule qui l’écoute, Ludivine Aznal est enseignante en maternelle à Henri Wallon, une des écoles maternelles où la totalité du corps professoral a décidé de faire grève. Elle explique que son école se trouve dans le quartier avec l’indice de vie le plus bas de Bagnolet. « On a trois collègues qui doivent partir suite aux fermetures de classes. Les conséquences, c’est que, l’année prochaine, on aura des classes très remplies à vingt-cinq élèves. »

Les représentants politiques sont aussi au rendez-vous. C’est à Bagnolet que le député de la Seine-Saint-Denis, Alexis Corbière, a décidé de se rendre. L’élu dénonce un « séparatisme scolaire ». Le nouveau maire de la ville, Édouard Denouel, explique, quant à lui, que dès sa prise de fonction il a « envoyé une lettre pour dénoncer ces fermetures de classes ». En soutien, il a mis un car à disposition afin d’emmener ceux qui le souhaitent à Bobigny pour manifester et soutenir les professeurs des écoles.

Les banderoles réutilisées, rappel du « plan d’urgence » de 2024

Certaines de ces banderoles ont été ressorties de la « banderolothèque » des professeurs des collèges de la ville, comme ils s’amusent à l’appeler. En 2024, elles avaient été conçues pendant des mobilisations des enseignants dont ceux de différents collèges de la ville se souviennent.

Julien Reinier, professeur au collège Travail Langevin, adhérant à la CGT et mobilisé depuis 2024, se rappelle des manifestations de 300 personnes à Bagnolet pour la création d’un « plan d’urgence pour le 93 ». Déjà, ils dénonçaient la pénurie de moyens et les conditions délabrées de leurs établissements. Le mouvement s’est essoufflé suite à l’annonce de la dissolution la veille du rendez-vous de leurs représentants syndicaux au ministère.

La mobilisation ne faiblit pas. Les habitants du 93 demandent un retour à l’égalité sur les moyens

Aujourd’hui, « la mobilisation ne faiblit pas. Les habitants du 93 demandent un retour à l’égalité sur les moyens à l’échelle du territoire ». À l’échelle de la Seine-Saint-Denis, les difficultés dans le système éducatif, déjà présentes au niveau national, sont exacerbées. Pour Julien Reinier, « on nous enfonce la tête sous l’eau parce qu’on a encore plus de difficultés dans le 93 avec encore moins de remplaçants ». La baisse démographique invoquée pour justifier ces fermetures de classes « aurait été un bon moyen d’avoir des moyens supplémentaires et, au lieu de fermer des classes, d’avoir moins d’élèves par classe ». La CGT a gagné des adhérents à la suite de ces plans d’urgence.

Un rassemblement de l’École du 93 à Bobigny

À 13 heures, on monte dans un car mis à disposition par la mairie, destination Bobigny pour rejoindre un cortège manifestant de la communauté éducative du 93. Les corps éducatifs de Saint-Denis, Bobigny, ou encore Bondy se sont rassemblés. Selon l’intersyndicale, ce sont 450 manifestants qui défilent en direction de la préfecture où ils ont été reçus. Sur place un groupe se forme, les chants sont lancés. Les drapeaux de l’intersyndicale flottent : CGT Éduc’action, SNU, drapeau du département de Seine-Saint-Denis… Tous reprennent les slogans. Comme à Bagnolet, on parle de « cash pour les AESH », de « moula pour le 93 » et surtout de plan d’urgence.

Il faudrait doubler, voire tripler les effectifs

C’est l’ensemble de l’École qui se mobilise, les besoins se trouvent aussi dans la reconnaissance du statut du métier d’AESH (les accompagnants des élèves en situation de handicap) et dans les moyens donnés afin de garder des classes sans surcharge. Sébastien, enseignant à l’école primaire de Haut-la-Grange à Bondy, a fait toutes les grèves depuis le début de l’année. Pour lui, « il faudrait doubler, voire tripler les effectifs et mettre le projet “plus de maîtres que de classes” quasiment sur tout le territoire. » 

Les parents d’élèves n’ont pas manqué à l’appel. Djamila Lamini, élue à la mairie de Bobigny, parent élue dans l’école de sa fille, a même décidé de mettre sa fille en grève, sa maîtresse ne faisant pas la grève. « On est là pour donner de la force à la mobilisation, on les soutient tous. » Les parents demandent des réponses claires.

Contactée par le Bondy Blog, la préfecture n’a pas encore répondu à nos sollicitations. Selon Louise Paternoster, l’intersyndicale 93 a pu interpeller le préfet « lui rappelant ses obligations à veiller à ce que la loi soit appliquée sur son territoire. Un engagement a été pris pour faire remonter au ministère la situation du département », renseigne-t-elle. À présent, le prochain rendez-vous est fixé au 3 juin au ministère de l’Éducation, où l’intersyndicale CGT-FSU-SUD-CNT 93 sera reçue.

Hana Goudjil

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