Plusieurs centres d’information et d’orientation de Seine-Saint-Denis risquent de fermer leurs portes à la rentrée 2017. En cause : un désengagement financier du Conseil départemental et une nouvelle carte des CIO attendue du ministère de l’Education nationale. Ce jeudi, quelques conseillers se sont rassemblés devant le conseil départemental pour dire leur inquiétude. 

Il sont au nombre de 17 aujourd’hui mais leur nombre risque de diminuer fortement à la rentrée 2017. Il s’agit des centres d’information et d’orientation en Seine-Saint-Denis connus sous le sigle « CIO » qui offrent leurs services gratuitement aux élèves et étudiants. Le Conseil départemental a en effet décidé d’arrêter de financer les frais de fonctionnement (bâtiment, chauffage, électricité ) de 8 structures sur les 17  qu’il prenait à sa charge.

Joint par téléphone, ce mercredi, le conseil départemental de la Seine-Saint-Denis confirme le désengagement mais n’est pas habilité à dire si les CIO en question sont menacés de fermeture. « Cela dépend du rectorat désormais », affirme un conseiller. Dans un courrier adressé aux syndicats et aux fédérations de parents d’élèves, Emmanuel Constant, vice-président du Conseil départemental, en charge de l’éducation, souligne que les CIO relèvent « de la compétence de l’Etat et qu’il est seul compétent à décider de faire évoluer leur implantation« . Dans l’entourage de la ministre de l’Éducation nationale, on affirme que rien n’est encore décidé. « Nous réexaminons la carte, nous sommes encore dans la discussion ».

« 6 CIO seraient menacés de fermeture »

Au centre d’information et d’orientation d’Aulnay-Sous-Bois, c’est l’inquiétude. Après une réunion de plusieurs directeurs des CIO de la Seine-Saint-Denis ce mercredi, une liste de 6 centres voués à disparaître serait tombée. D’après une conseillère d’orientation en poste dans le département, qui requiert l’anonymat, « les CIO de Stains, Le Blanc-Mesnil, Bondy, Aulnay, Bobigny et Gagny  sont concernés ». Laurent Miranda, délégué SNES du personnel du CIO d’Aulnay parle « d’une possible affectation du personnel d’Aulnay à Tremblay-en-France », si le centre était amené à fermer.

« Quand on connaît les difficultés de mobilité des jeunes du département, cela pose un gros souci », réagit un de ses collègues. Un constat partagé par Laurent Miranda. « En termes de proximité, c’est également problématique. On organise tout un lien avec les établissements. Nous recevons ici les élèves de Sevran et d’Aulnay. La plupart n’iront pas jusqu’à Tremblay ».

L’un des employés du CIO d’Aulnay regrette la décision de désengagement du Conseil départemental qui ne va, argue-t-il, pas économiser beaucoup d’argent. « Nos frais de fonctionnement s’élèvent à entre 180 000 et 280 000 euros par an. Nos salaires sont payés par l’État. Comparé aux 8 millions d’euros investis par le département dans le financement du projet éducatif départemental, ce n’est pas énorme« .

Mauvais souvenirs et expériences avec les conseillers d’orientation

Pourtant, nombreux sont les élèves qui critiquent le service rendu par les CIO ou en ont de mauvais souvenirs. C’est le cas de Chahineze Hadidi, 19 ans, de Bondy, étudiante en sciences de l’éducation. « En troisième, la conseillère d’orientation du collège a voulu m’orienter en filière professionnelle. Moi, je ne voulais pas, je voulais faire une seconde générale. Je ne l’ai pas écoutée. En classe de première, la conseillère du lycée a retenté de m’envoyer en professionnelle en me proposant cette fois une réorientation, puis elle a voulu me faire redoubler. J’ai forcé, je suis passée en Terminale ST2S (sciences et technologies de la santé et du social) et j’ai eu mon bac. Actuellement, je suis inscrite en licence de sciences de l’éducation. Je veux être éducatrice spécialisée. Je sais qu’il faut que j’intègre une formation pour préparer un concours. Je fais des recherches, mais désormais je refuse catégoriquement de retourner voir un conseiller. Mes questions, je les pose à mes cousines, plus âgées que moi. Certaines sont profs, d’autres sont encore étudiantes. Leurs réponses sont beaucoup plus efficaces ».

Ces mauvaises expériences, Laurent Miranda en est conscient et dit accepter cette responsabilité. « En tant que conseiller d’orientation psychologue, j’assume cette partie de mon boulot. Me faire porter le chapeau d’un échec, ça permet à un élève d’externaliser cette responsabilité, d’évacuer sur moi une souffrance ». « Il y a deux choses à prendre compte. D’une part, il y a le projet, de l’autre l’affectation. Exemple : un élève veut être cuisinier. En Seine-Saint-Denis, il n’y a qu’un établissement : l’école François Rabelais à Dugny, avec une capacité de places extrêmement limitée. Cela veut dire qu’ils prennent les meilleurs. Les autres font des vœux sur des projets qu’ils n’ont pas désirés. On nous associe à cet échec puisqu’on incarne l’orientation ».

Conseillers d’orientation et psychologues

« Nous sommes conseillers d’orientation et psychologues, précise son collègue. Nous ne sommes pas seulement là pour délivrer une information. Nous travaillons sur l’humain. Beaucoup d’élèves viennent stressés. Ils entendent que le choix qu’ils vont faire cette année déterminera toute leur vie. Il y a la pression des parents aussi qui peut être énorme. C’est tout l’intérêt d’avoir une formation de psychologue ». Et de poursuivre. « Hier, j’ai vu un garçon qui semblait déçu par notre entretien. J’ai essayé de comprendre. Il pensait que j’allais lui dire quoi faire de sa vie. Notre travail c’est de l’aider à construire un projet, avec ses désirs et les possibilités qui s’offrent à lui. Il faut plusieurs rendez-vous pour mettre cela en place ». Laurent Miranda cite un exemple de projet d’orientation réussi avec un élève. « Il était étranger, en classe d’accueil. On a monté un projet, il s’est lancé dans l’électricité, il est revenu me voir pour changer. Aujourd’hui, il est chef dans un restaurant ».

Une bonne expérience avec la conseillers d’orientation en CIO, ça existe. C’est le cas de Manel Ziane, 21 ans, Drancy, étudiante en licence d’administrations économiques et sociales mais qui souhaite revenir à son rêve initial : travailler dans la mode. « J’ai été voir une conseillère du CIO de Drancy la semaine dernière. Je n’en n’avais pas un très bon souvenir. La dernière que j’avais vu c’était en classe troisième. A cette période-l,à j’étais en période de remise en question, on m’avait un petit peu forcée à la voir. Cette fois, c’est moi qui ai pris la décision de la rencontrer en prenant rendez-vous, par téléphone. J’ai été reçue dans les 48h. Je lui ai fait part de mon projet professionnel. Elle m’a montré des vidéos sur les métiers de la mode, m’a imprimé de la documentation, m’a expliqué qu’il fallait « juste » que je trouve un patron. Bref, elle m’a beaucoup aidée ».

Idir HOCINI avec Sarah ICHOU

 

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