10 heures, la pluie s’abat sur la principauté du Château de Vincennes, un jour avant que les muguets fleurissent dans les mains des riverains. Pas de mariages ni de cotillons au menu, mais la rencontre d’un champion, Mélonin Noumonvi. Après quelques stations de bus sous les larmes célestes se dresse l’INSEP (Institut national du sport de l’expertise et de la performance) la terre sacrée, la terre des champions. Des complexes sportifs se superposent dans une superficie de 34 hectares, dans ce lieu où il faut montrer patte blanche tel Fort Knox pour goûter à un soupçon de Foxcatcher, mais en moins tragique. Après 10 minutes de marche, au deuxième étage d’un complexe sportif se trouve un gymnase où les athlètes se divisent en deux groupes bien distincts, les femmes d’un côté et les hommes de l’autre. Tous s’affairent sur le tapis de lutte, les femmes combattent pendant que les hommes font un circuit training, encouragé par les coachs et les coups de sifflet. Une heure après, le champion du monde de lutte gréco-romaine fait timidement son entrée, exténué.
« Dans ma famille, j’ai 10 frères et sœur et 3 demi-frères venant de ma famille adoptive. Je sais, c’est compliqué, mais pour la petite histoire, ma mère avait des problèmes de santé durant sa grossesse donc elle est venue en France pour accoucher. Je suis né à Paris en 1982, nous sommes repartis à mes 8 mois pour le Togo. À l’âge de 6 ans, je suis revenu avec mon père… Finalement comme il avait du mal à me garder par rapport à sa situation professionnelle, il m’a mis en famille d’accueil. » Après le jonglage entre ses allers-retours Lomé/Paris et les aléas de la vie, Mélonin se consacre au sport.
Champion du monde en moins de 85 kg
« Après un an de foot en club je me suis fait initier par mes deux demi-frères à la lutte à l’âge de 8 ans au Club Bagnolet Lutte 93. La lutte gréco-romaine c’est un sport de combat complet et naturel. Les gestes que l’on reproduit de façon plus poussée dans la lutte, sont les corps à corps qu’on peut avoir avec ses enfants, ses potes ». Sa passion lui a été transmise en partie par son grand-père d’adoption, il connaissait les dirigeants de l’ASGB (l’Association Sportive et Gymnique de Bagnolet)… Il lui ont conseillé de ramener ses petits enfants à la lutte. « Mon entrée dans la lutte ne les ont pas surpris suite à mon initiation avec mes demi-frères… Du côté de ma famille d’origine, ils étaient tous aussi fiers, car ils connaissaient ce sport via la lutte traditionnelle africaine. Par la suite mon choix pour la lutte gréco-romaine s’est fait tout simplement quand j’étais plus jeune, car j’étais champion de France dans les deux styles, lutte libre et gréco-romaine… J’ai été choisi par le sélectionneur de l’équipe de France au Championnat du monde de lutte gréco-romaine ». À 32 ans, cet athlète français possède un long palmarès, mais la distinction dont il est le plus fier reste celle de champion du monde de lutte gréco-romaine dans la catégorie de moins 85 kg obtenu le 12 septembre 2014.
« On va dire qu’avec ce titre qu’il y a un peu plus de reconnaissance vis-à-vis des gens. La lutte reste méconnue comparé au pays de l’Est, il arrive qu’on me reconnaisse dans la rue, mais c’est très rare. J’ai pour modèle le lutteur russe Alexandr Kareline qui était dans la catégorie des 130 kg. Il possède jusqu’à aujourd’hui le meilleur palmarès en lutte. J’aimerais ajouter à mes récompenses la médaille d’or olympique, j’espère pouvoir la décrocher au jeu de Rio en août 2016, mais avant il faut réussir les qualifications. »

célébration 2

Mélonin Noumonvi


En parallèle le champion reprend ses études et se lance dans l’enseignement de son sport. « J’ai cette volonté de devenir entraineur pour transmettre ce que l’on m’a appris et continuer en quelque sorte à vivre de ma passion. Il faut savoir que la lutte reste un sport amateur, on n’est pas salarié… Le statut de sportif de haut niveau permet d’obtenir des aides de sa commune, mais ça ne nous permet pas de vivre. Certains ont un métier d’appoint à côté qui n’a souvent rien à voir avec la lutte, d’autres font des études, les moins chanceux arrêtent malheureusement. Ce que je pourrai conseiller à un jeune qui veut débuter dans la lutte, je lui dirai tout simplement : ‘qu’il change de sport avant qu’il soit trop tard ! ’ (Rires…) Je dirai que c’est un sport difficile, mais qu’il faut s’accrocher avec la passion et l’envie. Il ne faut surtout pas qu’il espère devenir millionnaire, le sport de haut niveau permet par contre de voyager, de rencontrer des personnes, d’autres cultures. En d’autres termes, ça reste une belle aventure, j’ai eu la chance de participer 3 fois au J.O, ça reste une expérience qui n’a pas de prix ! ».
Après nos échanges rythmés, l’athlète repart de plus belle car son calendrier est chargé du 13 au 18 juin les Jeux européens à Baku (Azerbaïdjan) et pour finir du 7 au 13 septembre le Championnat du monde à Las Vegas (USA)… avant de concourir pour le ‘Graal’ de tout lutteur, une médaille d’or pour les J.O à Rio en août 2016.
Lansala Delcielo

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