C’est un jeune couple, dont le destin a été bouleversé à coups de sabre. Latifa et Nadir, respectivement 18 et 19 ans au moment des faits, habitaient le sud de la France. Elle était enceinte de lui, il était à la recherche d’un emploi. Elle avait arrêté sa scolarité tôt à cause d’une première grossesse à 17 ans d’un autre garçon et cherchait à intégrer une formation. Leur situation était des plus délicates.

Il y a trois ans, les nerfs de Nadir le font basculer dans le chaos : un après-midi, alors qu’il est « posté au quartier » avec des amis, une altercation éclate avec un petit groupe d’individus. Pluie d’insultes. La mère de Nadir décédée quelques mois auparavant en prend pour son grade. C’en est trop pour Nadir : qu’on salisse sa mère lui fait « péter un câble ». Il lave l’affront à coups de sabre. « Il s’est déchainé et a perdu le contrôle de lui-même. La preuve, il ne se rappelle pas de ce qui s’est passé à ce moment, c’est un trou noir… », raconte Latifa. Les victimes de la furie de Nadir ont survécu à leurs blessures mais en ont gardé des traces.

Le procès qui a suivi, Latifa le voit comme une injustice : « Il (Nadir) est resté enfermé en attendant son procès durant un an et demi, et il n’a pas vu naître son fils. » C’est le manque d’« équité » et d’« humanité » que Latifa pointe du doigt : « Pendant qu’il attendait son procès en prison, il y a eu un incendie dans sa cellule. Il a été grièvement brûlé sur une grande partie de son corps. »

Latifa pense alors que les séquelles physiques de cet incendie, ajoutées au fait qu’il avait à ce moment-là passé un an et demi déjà derrière les barreaux en préventive, plus un casier judiciaire vierge, vont peut-être permettre à son compagnon de s’en sortir avec une peine réduite. « Il n’en a rien été. Il s’est pris cinq ans fermes ! » Le juge, selon Latifa, « n’a pas eu de cœur. Bien sûr, Nadir avait blessé des gens violemment, mais il a lui aussi souffert d’un incendie en prison, et lorsqu’il a attaqué le petit groupe au sabre, il n’était pas bien à cause de sa mère décédée. Ça n’excuse pas tout mais ils auraient pu essayer de le comprendre et lui infliger une peine moins sévère. »

Aujourd’hui, il reste deux ans à Nadir avant d’être libre. « Son état mental s’est dégradé, rapporte Latifa. Il est devenu terriblement sombre et dur. Dans ses moments de colère, Il n’arrête pas de dire qu’à sa sortie il va tout faire péter. Il se méfie de tout le monde. » Nadir est entré en prison alors qu’il sortait de l’adolescence. Trois ans plus tard, le voilà père et responsable d’une famille à distance. Ces changements brusques dans sa vie ont provoqué un cocktail explosif. « C’est normal qu’il soit devenu comme ça. Il me raconte sa vie là-bas, et encore il ne me dit pas tout . C’est extrêmement difficile, il a vu des codétenus se faire poignarder en allant en promenade. Il doit lui aussi assurer ses arrières et éviter tout incident. Il est constamment sur les nerfs. »

A quoi ressemblera Nadir, « libre » ? Latifa en a une idée à travers Abou, un ami qui a récemment quitté le monde carcéral : « Abou était du genre calme et aimait plaisanter. A sa sortie j’ai retrouvé un homme au regard vide, il sursaute au moindre geste brusque et je ne sais pour quelle raison, il doit laisser la porte de sa salle de bain ouverte quand il se douche. Je me demande comment sera Nadir à sa sortie, et c’est ce qui me fait peur. »

La réinsertion de ces ex-taulards qui ont payé leur dette à la société, comme on a coutume de dire, est la seule question qui vaille : 60 % des détenus ont à nouveau affaire à la justice après leur libération.

Aladine Zaiane

Aladine Zaiane

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