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« T’as rien à foutre ici, connard! Fous l’camp! », me hurle un jeune encapuchonné, accroché à ma fenêtre. Le temps d’ouvrir la fenêtre, il a disparu. Peut-être nous ferons-nous casser la gueule, histoire de payer pour les autres?

L’initiative qu’a osé l’Hebdo est une expérience riche. Il faut savoir qu’elle ne fait pas l’unanimité. A rester ainsi à l’écoute d’une ville, sur le long terme, offrir une tribune ouverte, un porte-voix, ne sommes-nous pas simplement en train de foutre la merde à Bondy? Imaginez une équipe d’innocents Américains qui se relaieraient pour mettre leur nez partout dans votre ville.

Pour répondre à la demande, n’aurais-je pas meilleur temps de m’offrir les services d’un entremetteurs, qui me mettrait en contact avec un gang, un vrai. Protégé par un garde du corps, j’achèterai leur témoignage et leur portrait photogénique avant de sauter dans un taxi pour fêter ça avec les filles de Pigale…

 

 

 

Samedi, une heure du matin. Pris mon vélo pour tourner dans Bondy. Nord et sud. Rien à signaler, sinon les autos qui filent vers Paris, les télévisions qui grésillent, une vague odeur de boulangerie et deux trois personnes dans des cabines téléphoniques.

La violence bondynoise est plus sournoise. La drogue, la prostitution et l’enfer des clandestins est un dénominateur commun, hélas, à toutes les villes d’Europe. Il suffit de tendre l’oreille. La cause de la révolte des banlieues françaises ne fait pas de bruit. En une semaine à Bondy, je n’ai pas entendu une seule fois le nom du président de la République. Peu de mots sur la mosquée gazée et le fameux transformateur EDF. Ce que j’ai entendu, ce sont des frustrations simples et essentielles: le chômage, le sous-emploi des entreprises qui tournent, les salaires démesurés, la mauvaise répartition des logements, l’absence de perspective professionnelle, des choses qui ne feront jamais les gros titre. Un doigt tendu vers la maison du « Docteur André Robert », avenue André Barbousse 14 où vivent deux personnes dans un sept pièces, alors que « des familles vivent à 18 dans un F3 en déclarant 5 personnes ». Ce que l’on appelle la « Cour des Miracles », une place de Bondy Nord où se réunissent une canette à la main tous les Rmistes du quartiers. Un concierge qui a « sauvé » une femme la nuit dernière en lui trouvant un logement provisoire. De petites choses invisibles. Du jour le jour. Du concret.

Nicolas Sarkosy est une cible trop facile, le rejeté tout azimut de la gauche, des banlieues, des chiraquiens et des médias, le « fusible idéal ». Ne faisons pas la même erreur que lui, en attribuant à quelques épiphénomènes toute la responsabilité des émeutes. N’oublions pas les profondes racines sociales et économiques de la crise.

 

Les trois ados de la rue Noémie ont raison, « faut naître ici pour comprendre ». Avec toute la bonne volonté du monde, trois mois d’observation ne peuvent saisir la portée de trente années de mépris.

 

 

 

 

 

Par Blaise Hofmann

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Blaise Hofmann –

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