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En jetant un œil avisé sur les nombreuses paires de chaussures Nike en circulation, je me suis rendu compte qu’elles étaient introuvables dans les magasins traditionnels. Je ne vais pas vous faire le coup du journaliste d’investigation qui aurait mené une enquête de plusieurs mois afin de trouver la réponse à cette énigme. C’est tout simple, ces produits sont des « falsch » (faux, en allemand). Dans un langage plus courant : des contrefaçons.

J’ai trouvé la réponse en demandant à plusieurs jeunes de mon quartier qui avaient aux pieds des modèles inédits que l’on ne trouve pas dans le magasin du coin. En discutant avec eux, ils me disent que le prix est de 50 euros et cela peut augmenter jusqu’à 60 euros lorsque ce sont de nouveaux modèles.

Je ne comprends pas comment ils font pour porter des modèles qui n’existent même pas ! Ils me répondent tous en cœur :  « C’est la crise,  on préfère mettre 50 euros dans une paire de falsc que 150 euros dans une paire originale. » On continue de discuter avec mes interlocuteurs des produits contrefaits – rappelons que leur vente est illégale -, comme si on parlait de la dernière finale de la league des champions. Ce sujet ne les dérange pas du tout.

Je m’aperçois très vite que ce n’est pas une spécialité propre à mon quartier, les falsch ont envahis les quartiers populaires depuis un bout de temps, d’après François. Notre ami en connaît un rayon sur la contrefaçon pour avoir écoulé quelques cartons made in China. J’ai affaire à un repenti, à l’en croire. Il évoque, avec une certaine fierté, son ancien commerce. « Je touchais toutes sortes de paires, celles qui partaient bien c’étaient les ninjas et les requins. » Il fait référence à deux modèles de la fameuse marque à virgule. Il me dit qu’il « bossait » beaucoup dans le 94 et le 77. Il rajoute : « La concurrence était rude entre les « footlocker ambulant » ».

Il affirme que depuis bientôt deux ans, les quartiers sont inondés par ces produits contrefaits comme les survêtements Adidas rétro à la Franz Beckenbauer ou le blouson Armani. Je lui demande s’il y a un rapport entre la crise et cette inondation de produits ? Il me répond : «  Les parents donnent plus facilement 50 euros pour une paire que 150, en plus c’est rare dans nos quartiers des enfants uniques… »

Tout le monde trouve son compte dans ce business, les clients qui payent trois fois moins cher un produit, les acheteurs qui réalisent des marges confortables. Lorsque nous avons abordé les bénéfices de ce commerce, j’ai vu sur le visage de François une grimace, l’air de dire « jocker !». Il bégaie un peu mais je préfère clore la discussion au lieu qu’il me raconte des histoires. Comme on peut le constater, les jeunes ne manquent pas d’idées pour rester à la mode malgré la crise.

Ibrahim Diallo

Ibrahim Diallo –

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