Elégante ? Du moins elle le croit. Intelligente ? On va dire oui. Comme la plupart d’entre nous elle est pourvue d’un bon sens. Belle ? Ouais….. Après deux heures par jour de ravalement à l’aide de produits en tout genre. A tel point qu’un jour elle s’est retrouvée avec des boutons plein la figure, car elle a fait une allergie à l’un de ses  produits. Elle a pris un jour de congé prétendant un dégât des eaux. Son look est devenu un loisir tel qu’elle pourrait le mettre dans la rubrique centre d’intérêts de son CV. En fait, elle est tout à fait normale. Mais elle croit à son destin. Et elle est persuadée d’être exceptionnelle. D’être belle à tomber par terre. D’être surdouée au point de faire passer Einstein pour un débile léger.

Elle sourit  et ne s’en lasse pas. Elle veut séduire  tout le monde  et n’importe qui : homme, femme, jeunes et vieux… Elle jette aux moins « chanceux » des regards de mépris empreints d’insolence. Imbue d’elle-même, elle arrive à faire illusion. Armée de son sourire, de sa prétendue grande intelligence et de son joli minois, elle réussit à  persuader n’importe qui. Mais gare à celui qui viendrait lui faire la cour. Il n’est pas encore né. Il se doit d’être riche, beau, intelligent, charmant, et amoureux fou pour oser ne serait-ce que la regarder. Sinon, il aurait droit à des insultes crues et à une colère noire. Si on était au Moyen-âge, elle le ferait jeter dans une mer pleine de requins.

Autant dire, mission impossible. Mais en attendant, elle rêve de trouver sa moitié, durant des mois, puis des années. Et puis le temps passe. Le prince charmant ne se précipite plus au château de la belle. Il en a marre de se faire refouler de la sorte et lui préfère désormais d’autres demoiselles.

Elle n’a aucune conscience politique. Quand elle était étudiante et boursière, elle se nourrissait de boîtes de conserve Dia et dégustait un grec le samedi soir avec ses copines de galère et criait  « à bas le capitalisme ». Elle lisait Marx en plein été sur les plages de la Méditerranée. Aujourd’hui elle vote à droite pour ne pas payer trop d’impôt. Mais, chut ….elle a peur d’être reniée par ses parents. Mais si Montebourg se présentait, elle voterait peut-être pour lui car elle le trouve trop mignon et si craquant. Elle voue une petite jalousie à la belle Audrey, coupable de lui voler selon ses dires et ses délires, l’homme de ses songes. Elle aime  subjuguer son auditoire en ressortant les analyses politiques piquées ici et là…à Apathie ou Domenach sur Canal + et I-télé. Elle ne sait pas penser par elle-même. Elle gère sa névrose. Du moins elle essaie. Et c’est déjà énorme.

Elle déambule dans les couloirs de son entreprise avec des escarpins à bouts pointus et talons aiguilles. Elle marque ainsi son territoire d’un pas sûr et imposant.  Elle passe son temps à faire des retouches maquillages et capillaires à l’aide de son si précieux miroir de poche. Sur le chemin qui l’emmène à  son bureau, elle marche tout en se regardant dans les vitrines des magasins. Et puis une fois elle s’est tamponné la tête contre un lampadaire. Groggy et rouge de honte, elle s’est trouvée ridicule. Mais elle a vite repris son rôle de working-girl et son masque de mépris qui lui colle presque à la peau.

Elle peut affirmer tout et son contraire selon le sens du vent. La chanson de Dutronc lui va comme un gant. Seuls ses intérêts guident ses choix et ses amitiés. Tout est calculé et pesé. Pour faire partie de ses amis, une carte gold, un statut cadre, un magnifique appart dans les beaux quartiers, c’est le strict minimum. Pour elle tout va bien du moins professionnellement, elle est depuis peu contrôleuse de gestion dans une société du CAC 40 après un stage de six mois. Un stage au cours duquel elle était en concurrence avec 2 autres stagiaires pour décrocher un CDI. A compétence égale avec ceux-ci, elle les a tout simplement évincés a grand renfort de coups bas, d’excès de zèle et de séduction. Et pourtant elle souffre…….

Elle souffre d’une enfance passée à regarder son père sortir en plein hiver, à l’aube pour aller travailler dans les chantiers au fin fond de la Seine et Marne. Elle se remémore avec douleur des humiliations racistes subies par son père. Elle a envie parfois de pleurer quand elle revoit les mains écorchées et rugueuses de celui-ci. Elle a partagé avec ses parents des moments d’angoisse liés aux menaces de licenciement qui pèse sur le chef de famille. Elle n’a pas connu l’insouciance inhérente à l’enfance. Car elle a été trop vite confrontée à la souffrance des plus grands. Elle est devenue adulte trop tôt.

Elle veut pour elle une autre vie. Une vie faite  de respect et d’admiration. Des mains douces et une vie de princesse. Elle rend comme un dû le mépris qu’elle a reçu étant enfant. Elle lance à son tour ce mépris  pêle-mêle, aux caissières des supérettes qu’elle fréquente, aux collègues qui ont le tort de n’être que secrétaires et aux gens qui tout simplement manquent ou ont manqué d’ambition ou ceux qui n’ont pas réussi à transformer l’essai malgré des diplômes prestigieux. On la connait tous, Stella. On l’a côtoyé dans une autre vie. On la revoie ici et là sous d’autres traits. Et c’est toujours le même cinéma.

Tassadit Mansouri

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