On ne m’invite jamais nulle part, sauf aux déménagements, alors quand j’ai lu ça : « Charles H. Rivkin, Ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique et Madame Susan Tolson vous prient de leur faire le plaisir d’assister à une réception (…) Adresse : Résidence de l’Ambassadeur, (adresse : cryptée), Paris 8e », je vous le dis sans honte : j’ai pleuré.

Après des années à squatter toutes les fêtes papier-crépon et les rades de clodos du comté, la consécration : je suis invité à une réception chez l’am-bas-sa-deur ! Et pas chez l’ambassadeur d’Ossétie de l’Ouest, attention, non, chez « Monsieur l’Ambassadeur », le seul : celui des Etats-Unis de l’Amérique. Le même qui joue dans la pub Ferrero Rocher, avec la Chinoise qui dit « assouchila » quand elle goûte du chocolat.

Trêve d’idireries. Si l’ambassadeur donne une réception ce n’est pas pour mes beaux yeux, c’est en l’honneur d’Aulnay-sous-Bois. Cette ville du 9-3 a été nominée aux Grammy Awards pour avoir coproduit un cd de blues avec les musiciens du Chicago Blues : A Living History. Et ouais mon gars ! La première fois qu’un maire français est en position de poser un croc sur cet oscar de la musique. Finalement la ville et son groupe n’ont rien eu, mais comme l’affirme Gérard Ségura le maire d’Aulnay : « On n’a pas gagné, mais on n’a certainement pas perdu », tant l’aventure fût belle.

Les journaux en ont beaucoup parlé, et ça a bien motivé cette mairie pour d’autres projets culturels, qui, pourquoi pas, pourraient aboutir à une seconde nomination en 2011. Après tout, Rocky Balboa, il est devenu champion du monde qu’à partir de Rocky 2 la revanche, dans le 1 il avait raté de justesse, comme Aulnay-sous-Bois aux Gram’s cette année.

Grammy Awards ou pas, l’ambassadeur, grand amateur du jazz de Chicago, a rendu un vibrant hommage à la vile et aux musiciens nominés qui nous ont gratifiés d’un magnifique concert dans la maison format A4 de monsieur Rivkin. Là, attention ! On n’est pas chez Joseph le SDF. Je me suis perdu en allant au toilettes tellement c’est grand. C’est cossu et un brin guindé aussi, je me félicite de mettre mis en tenue de soirée : un col roulé et un jean propre.

Ici, t’es aux States, chez l’ambassadeur et on est tous ses invités. Pour lui, rien ne ressemble plus à un Français qu’un autre Français. Alors Christine Lagarde, toute ministre qu’elle est, elle est debout dans le public avec nous, les pécores, le peuple, le chiendent ! Christine m’a confié, car nous avons un peu papoté, qu’elle adore le jazz et qu’elle est « bien sûr très fière » du parcours musical de cette petite bourgade française.

Un moment, je la vois discuter avec je ne sais pas qui, assise sur la table basse du salon, là où il prend son café si ça se trouve l’ambassadeur. J’avais envie de lui dire : « Ma tarchumnt ! (t’as pas honte), t’es pas au bled ici, on n’est pas au pays, ce n’est pas la France l’ambassade, t’es au Etats-Unis, c’est pas chez nous ! Assis-toi sur une chaise, nah le cheitane, comme les américains ils font ! Ils nous regardent lahchuma (la honte) ! Ministre du souci, va ! » Avec la ministre, quelques élus de banlieue et un peu de médias venus féliciter Aulnay et les musiciens pour avoir honoré la France, la Seine-Saint-Denis et la cité des 3000 dans le monde entier.

Dans la foule, il y en avait un qui avait la même tête que Bush. Deux, trois journalistes ont eu le réflexe de saisir leurs chaussures en le voyant déambuler dans la salle. Ça se comprend, vu le sinistre de la profession, un émir qui t’envoie un cheval en or par la poste, ou les millions de la fondation Kadhafi, c’est toujours tentant.

A 20h00, c’est comme si quelqu’un avait dit avec un accent américain « cassez-vous la France ! », parce que tout le monde a pris ces affaires pour rentrer. Même moi, mais pas avant d’avoir rendu un dernier hommage à ma façon au buffet.

Idir Hocini

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