2011, année folle. L’actualité avait déjà senti la terre vibrer en décembre 2010 quand le tunisien Mohamed Bouazizi avait gratté l’allumette sur son corps qui allait devenir la mèche qui embrasa son pays et beaucoup d’autres dans le monde arabe. S’il avait pu imaginer que son geste enverrait Ben Ali en exil, Moubarak en prison, Kadhafi en enfer et El Assad sur la sellette internationale.

En 2011, l’actualité s’est emballée tel le rouleau d’une vague déchaînée. Ben Laden éliminé, DSK atomisé et des indignés qui se lèvent pour occuper la place contre le système. L’actualité a été un bowling médiatique où les quilles sont tombées les unes après les autres : le norvégien Breivik qui massacre et traumatise son peuple à tout jamais, la Grèce qui sombre et l’Europe qui tangue sous la pression des marchés et des agences de notation, les 10 ans du 11 septembre…

En mars pendant quelques jours de cette année folle, les projecteurs se sont braqués sur le Japon et un site sorti de son anonymat par une catastrophe : Fukushima. Ce n’est pas Mohamed Bouazizi qui a provoqué le séisme de magnitude 9 ni le tsunami qui a ravagé les côtes japonaises le 11 mars 2011 mais ce désastre a aussi provoqué un point de rupture et de non retour : celui de l’innocence sur les risques nucléaires, la fin d’un certain aveuglement et des « ça ne peut pas arriver chez nous… ».

Le 11 mars et les jours qui suivirent, le monde a regardé impuissant le peuple japonais plonger dans le noir des eaux qui ont tout emporté sur leur passage, à la recherche de ses victimes et de ses 20 000 morts estimés. Et comme si un malheur n’arrivait jamais seul, la centrale nucléaire de Fukushima touchée en plein cœur ne put en éviter la fusion ni le drame pour tous les habitants des alentours.

En 1986, l’accident nucléaire de Tchernobyl faisait porter les soupçons sur les failles d’un système soviétique finissant. En 2011, « l’incident » de Fukushima comme il fut qualifié au début eut lieu dans l’un des pays le mieux préparé au monde aux tremblements de terres et aux tsunamis. L’incident eut lieu dans un pays de haute technologie, un des plus développés et des plus puissants de la planète. Mais rien ne put empêcher l’incident de se transformer en accident puis en catastrophe naturelle et humaine majeure. Du jour au lendemain des dizaines de milliers d’habitants dans une zone de 20 kilomètres autour de la centrale durent tout quitter : leur maison, leur village, « leurs racines » sans parler des conséquences sanitaires à venir pour toutes les personnes exposées aux radiations. Les 30 000 porcs, 600 000 poulets, plus de 10 000 vaches élevés dans cette région agricole furent abandonnés sur place et les terres contaminées pour des décennies.

Devant une telle désolation, une prise de conscience. Nul pays qui possède des réacteurs nucléaires sur son sol n’est à l’abri d’un tel drame. Qu’il soit provoqué par une catastrophe naturelle comme au Japon, par une intervention ou une erreur humaine comme à Tchernobyl, l’accident nucléaire majeur est une probabilité à prendre en compte, en France comme ailleurs. La politique énergétique de notre pays est étroitement liée à l’atome en faisant un leader mondial de l’industrie nucléaire. Mais avec ses 58 réacteurs, la France présente aussi un territoire persillé de Fukushimas ou de Tchernobyl potentiels…

Et les militants de Greenpeace de faire intrusion dans l’actualité le 5 décembre dernier. Leur objectif : démontrer que « l’audit commandité par le gouvernement après la catastrophe de Fukushima écartait toute une série de menaces qui font des 58 réacteurs présents sur le territoire français 58 points de vulnérabilité ». Neuf militants ont atteint en quinze minutes le cœur des installations de la centrale de Nogent-sur-Seine, dans l’Aube. Deux autres sont passés inaperçus pendant près de 14 heures sur une aire de stockage de gravats à Cruas en Ardèche.

Le calvaire vécu par les Japonais de Fukushima aura permis que le message véhiculé par les associations et mouvements écologistes, souvent décrédibilisé par les acteurs du lobby nucléaire, soit mieux entendu par le grand public. Un message pourtant crié à corps perdu depuis des années : « Le nucléaire sûr n’existe pas ! »

Sandrine Dionys

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