Les organisations juives, CRIF en tête, ont obtenu ce qu’elles voulaient. Quatorze complices de Youssouf Fofana dans l’affaire du meurtre d’Ilan Halimi seront rejugés devant une cour d’assises. La ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, relayant, hier, la demande des parties civiles, a été entendue par le parquet. Commentant un verdict selon elle trop clément, la mère de la victime, assassinée en 2006 dans d’atroces conditions, avait donné le ton en déclarant le matin sur Europe 1 qu’« aujourd’hui on peut faire n’importe quoi, et ne pas être sanctionné pour ce qu’on a fait ». Et d’ajouter que si les audiences avaient été publiques, « la France aurait pris conscience qu’aujourd’hui, la Shoah recommence ».

Le premier procès, tenu à huis-clos, n’aura donc pas apaisé la douleur des proches d’Ilan Halimi. Et le second procès annoncé soulève une controverse qui n’est pas près de retomber. Le « deux poids-deux mesures » opère son retour dans le débat, que les organisations juives veulent centrer sur l’antisémitisme. Certaines des instances musulmanes de France, auxquelles il est reproché de laisser libre cours aux relents antisémites chez leurs ouailles, sont ici clairement visées.

Sur la Toile, les réactions hostiles à la décision du parquet pleuvent déjà. Celle-ci, par exemple : « En aurait-on parlé autant (du procès du gang des barbares, ndlr) si le défunt avait été arabe ou noir ? MAM (Michèle Alliot-Marie, ndlr) serait-elle intervenue si le défunt avait été arabe ? Cette justice est bien hypocrite : deux poids, deux mesures. » Ou encore celle-là : « Mme Halimi, que pense-t-elle de ce que font les juifs en Israël ? Les Israéliens ne refont-ils pas ce qu’ils ont subi ? Alors, parler de la Shoah quand un juif se fait tuer, c’est se moquer du monde. MAM devrait se taire et faire son boulot en rendant la justice indépendante et non soumise aux lobbies juifs. »

L’imam de la mosquée de Clamart, Abdelali Mamoun, qui œuvre au dialogue judéo-musulman au sein de la toute neuve Conférence des imams de France, côtoie des fidèles animés d’un sentiment anti-juif : « Il y a un grand travail pédagogique à mener auprès d’eux, explique-t-il. Ils se sentent rejetés par l’Occident et le discours antisémite leur sert d’exutoire. Les juifs étant la minorité la plus fragile, c’est à eux qu’ils en veulent. Il ne fait pas de doute pour moi que les complices les plus proches de Youssouf Fofana doivent être condamnés à la même peine que lui. »

Compagnon de route de l’imam Mamoun, le rabbin Michel Serfaty appelle les religieux musulmans de France à entreprendre une démarche comparable à celle, en son temps, des Eglises chrétiennes vis-à-vis des juifs, en enseignant à leur public l’histoire du judaïsme. Pour mettre fin à « l’ignorance ».

Le rabbin Serfaty, qui effectue des tours de France de l’Amitié judéo-musulmane, rapporte cette « anecdote » : « Notre bus de l’amitié s’était arrêté Quai des Belges, à Marseille. Un jeune Maghrébin s’approche de moi et me dit : « C’est formidable, ce que vous faites. En vous, on reconnaît les bons juifs. C’est pas comme les sionistes. » Je lui dis que je suis sioniste et lui demande s’il connaît la signification de ce terme. « Les sionistes, ce sont ceux du Protocole des sages de Sion », me répond-il. La méconnaissance de l’histoire du juif est totale. Sait-on qu’aujourd’hui en Turquie, les deux best-sellers sont Mein Kampf et Le protocole des sages des Sion ? »

Le second procès du « gang des barbares », à supposer qu’il soit public, aura-t-il les vertus « pédagogiques » souhaitées par le rabbin Serfaty ? Le doute est permis.

Antoine Menusier

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