Grand boxeur, connu en Afrique et en France, bientôt aux Etats-Unis, Hassan vit sa passion depuis son plus jeune âge. Ce Franco-Camerounais va bientôt souffler sa 31ème bougie. Portrait.

15 heures, un homme fait son entrée avec ses nattes collées dans un bar près de l’Église de Pantin (93). Grand, tout en muscle, le regard perçant, le champion se présente avec un sourire accueillant. Deux chocolats chauds accompagnent les prémices de sa longue carrière.

Décollage immédiat pour Yaoundé (Cameroun). 1984, naissance du champion au pays des Lions indomptables. Il partage son enfance parmi 17 frères et sœurs d’un même père polygame. Il est le 7ème, au milieu dix filles et sept garçons. Le paternel est champion d’Afrique amateur, il transmet inévitablement les rudiments du noble art à sa progéniture. « La passion de la boxe est venue de mon père qui entraînait des boxeurs professionnels au Cameroun. J’ai enfilé les gants pour la première fois à l’âge de 6 ans aux côtés de trois de mes frères boxeurs. J’ai été le plus persévérant, car je le prenais avant tout comme un jeu. Je boxais sous l’œil attentif de mon père qui corrigeait tous mes défauts ».

En parallèle Hassan N’dam poursuit des études classiques jusqu’à la 3ème. Il s’oriente ensuite vers l’électrotechnique. La persévérance finit par payer, il se lance dans la compétition et remporte sept fois le titre de champion du Cameroun. Hassan N’Dam se fait alors repérer par l’équipe nationale qu’il intègre aussitôt. Il enchaîne les compétitions au niveau international, championnats d’Afrique, les Jeux africains.

« Lorsque que je faisais les championnats d’Afrique je jonglais avec l’école, on me présentait comme un élève modèle qui défendait les couleurs du Cameroun. J’étais assidu même s’il y avait parfois quelques troubles liés à l’adolescence. Quand je me suis qualifié aux Jeux africains, j’ai été parmi les meilleurs de mon pays. On a fait une sélection des meilleurs boxeurs africains par la coopération française de boxe par le biais d’un sélectionneur. On est parti plusieurs fois à Cuba. Là-bas j’étais le seul africain qui battait les cubains et ils m’ont baptisé : « El Fenomeno » ».

Après sa victoire aux Jeux africains il se qualifie pour les Jeux olympiques d’Athènes de 2004. Il a dû tout de suite faire un choix déterminant entre embrasser sa carrière ou entrer à l’université. Hassan gagne un combat opposé à un néerlandais, un autre contre un dominicain puis s’incline contre le boxeur russe dans la catégorie des poids moyens. « À la fin des Jeux olympiques, j’étais tellement dégoûté d’avoir été volé à l’arbitrage que j’ai décidé d’arrêter la boxe amateur. Il faut savoir qu’aux JO, il y avait des agents, des managers qui proposaient de venir dans leur pays. J’ai reçu plein de cartes mais je me suis dit pour mieux apprendre mon boulot c’est mieux de commencer en France ».

Du pays des « lions indomptables» à celui du « Coq tricolore »

En septembre 2004, l’athlète amateur se paye un billet d’avion avec l’argent gagné des matchs. Suite au consentement de sa famille, il arrive en France à l’âge de 20 ans, à Sens dans l’Yonne. Seul dans son coin, Hassan N’Dam s’entraîne en attendant de passer une batterie de test dans le but d’intégrer un club tricolore. Tout ne se passe pas comme prévu, il s’oriente près de la capitale grâce aux conseils d’un camarade camerounais pratiquant le noble art. « Mon ami me dit : « J’ai déjà parlé de toi à mon coach à Pantin, à mon président de club, ils attendent juste que tu arrives pour te tester. » Je suis donc arrivé à Paris et l’entraîneur me demande quels sont mes projets. Je lui ai répondu que je voulais être champion du monde donc battre le tenant du titre actuel. Il m’a répondu « Tu as de l’ambition mais j’ai envie de te voir sur un ring ! ». J’ai enfilé les gants, je me suis défoulé face à mon compatriote poids lourd. Le coach m’a alors lancé : « Si tu continues à travailler tu seras champion du monde ! ».

L’aventure démarre mais elle est semée d’embûches : problème de papier, problème de logement. Une vie de bohème s’ensuit pendant près de 4 ans guidé par un entraînement quotidien de 6 heures. La révélation a été lors de la victoire du grand tournoi des poids moyens de Paris en 2008. Cet événement sportif le classe 10ème au championnat du monde WBA (World boxing association). Hassan N’Dam poursuit son ascension à travers les combats jusqu’à devenir le challenger en 2010.

Naissance d’un champion

« J’ai été champion du monde WBA en 2010 contre le géorgien Avtandil Khurtsidze, j’ai défendu mon titre en 2011. Vu qu’il y avait des complications en WBA, j’ai décidé de changer de fédération de boxe et partir pour la WBO [ndlr : World boxing organization]. » Les combats continuent mais dans une autre fédération. En mai 2012 il remporte la ceinture de champion du monde WBO face à l’ukrainien Max Bursax. Le champion perd son titre en octobre 2012 devant l’américain Peter Quillin. « Aujourd’hui je suis reparti me reclasser dans une autre fédération, l’IBF (International Boxing Federation). J’ai gagné la demi-finale contre l’américain Curtis Stevens… Ça me donnera l’occasion d’affronter le champion du monde IBF, si je gagne la ceinture avec du travail, je pourrais enfin affronter le meilleur, le champion du monde WBA, Gennady Golovkin, pour une réunification des deux ceintures ».

Le champion a des projets plein les yeux, il travaille sans relâche pour pouvoir défendre ses objectifs. Dans sa boxe, Hassan N’dam alias El Fenemo s’inspire de Mohamed Ali, Roy Jones, Floyd Maywether. Les mots d’ordre du champion pour aller au bout de ses rêves sont : « croire en soi et persévérance ».

Lansala Delcielo

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