Habiter à cinq minutes du RER c’est un luxe, je l’ai compris ce 6 mai 2007. J’avais pour mission de couvrir le résultat de l’élection présidentielle avec le collectif AC lefeu de Clichy sous Bois. Ca commence fort, à l’aller dans un bus plein à craquer, un dimanche, le 601 qui fait la liaison entre Clichy et la gare du Raincy. A ce propos le voyage était riche d’enseignements : en traversant les rues de cette ville, fief UMP, toutes les affiches de Ségolène Royal portaient les stigmates scripturaux d’un soutien à Sarkozy. Dans les artères de Clichy-sous-Bois, ville socialiste, c’était bien évidemment les portraits du futur président qui trinquaient. Comme quoi, on peut être voisin et ne pas aspirer au même destin. Dans le 601 où j’étais, donc ; Chou et Syllep m’appellent pour me rejoindre, ils partent en scooter de Bondy. Devinez qui est arrivé avec une demi-heure d’avance avec le double du trajet à parcourir ? Pas moi en tout cas. Cité enclavée jusqu’à la moelle des os.

Je passe sur l’excellent accueil qu’AC lefeu réserva aux journalistes, dont certains souhaitaient secrètement un joli feu de 205 turbo à l’annonce des résultats (j’ai surpris une conversation entre un journaliste et sa rédaction). Tout le monde pouvait à loisir regarder la victoire du candidat UMP en s’empiffrant de divine barbaque. L’aventure, la vraie avec un grand A commence pour moi vers les coups de 21h30, quand est née dans ma petite caboche une idée saugrenue. Les Clichois m’ont regardé avec des grands yeux ronds comme si j’étais fou quand je leur ai soumis mon projet : rentrer chez moi. Il faut savoir que j’ai accepté de faire cette mission en haut de la colline du monde urbain parce que les pontes du Blog m’ont assuré qu’il y avait des bus jusqu’à 22h00. Sauf que craignant d’éventuelles échauffourées pour cette nuit, la RATP, l’Etat, Georges Bush ou dieu, avait décidé de supprimer les bus. L’unique lien qui permet de relier Clichy au reste du cosmos a été coupé. Hilotes ! Béotiens ! Je vous maudis ! Qui va se taper le chemin à pied à travers cette lande délaissée par l’aménagement du territoire jusqu’à ma Bondy natale ? Ben c’est bibi ! Bon je n’ai pas marché jusqu’à chez moi pour être honnête, des amis avec le cœur sur la main m’ont récupéré en bagnole aux trois quarts du chemin. J’avais les pieds en cloques ! Déjà Clichy ce n’est pas fait pour un esthète le jour, mais la nuit… on entend des bruits bizarres derrière les arbres et les buissons, comme des petits jappements de loups qui vous surveillent. Et cette douce musique qui accompagnait mes pas, ces sirènes de pompiers et de policiers qui n’ont cessé de se faire entendre au loin, c’était chafouin au possible comme ambiance. 

Si d’ici cinq ans je n’ai rien fait de ma vie, je m’amène devant le siège de la SCNF en bure de moine, cheveux rasés, et je manifeste pour que Clichy-sous-Bois ait une gare, un aéroport, une diligence, une connexion haut débit, un truc qui les relie à nous quoi ! Le vivre ensemble… vous me faites tous bien rire.

Idir Hocini

Idir Hocini

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