Quand vient le moment de couper le cordon avec maman, on se doute bien que la vie va changer. Avant, on n’avait que sa chambre à ranger, maintenant c’est tout l’appart. On se contentait de déposer ses chaussettes sales dans le bac à linge, désormais il faut soi-même faire la lessive et se taper le tri entre le blanc et les couleurs. Le pire, c’est se faire à bouffer. Dans l’ancien temps, que ça soit à midi, 20 heures ou minuit, on lançait : « Maman j’ai faim. », et maman nous servait à manger.

Cuisiner pour soi. Quelle corvée ! Dans mon malheur, j’ai une chance : je suis un mec. Ça me donne toutes les excuses. La principale : les hamburgers. Sur ce chapitre, je me suis calmé. J’étais un junky de la junk food. Ils y passaient tous : cheese, big, super-big, giant, twin-tower… Je me suis fait un attentat sur mon corps d’Apollon. Et l’air de rien, je me suis explosé le porte-monnaie : 6,10 euros le menu, tout ça pour deux bouchées de sandwich, et refaim tout de suite après. Ça fait cher le gavage. J’ai dit stop ! Mais comme je suis un accro, j’ai décidé de me préparer mes propres burgers. Et là, c’est pas pour me vanter, je suis le king ! Comme je vous aime bien, chers lecteurs, je vais vous faire partager…

Un burger, c’est d’abord le choix du pain, ou du « buns », pour parler ricain. J’ai beau avoir déserté le marché des dealers du food, j’ai toujours le souvenir suave du pain. Tendre et moelleux, avec sa petite tête dorée. Ceux vendus dans le commerce, vous l’aurez remarqué, sont une pale copie des originaux servis dans les enseignes. Le secret de ces derniers ? La farine qui les compose. Elle est si raffinée, qu’on dirait du sucre glace. Une poudre blanche inimitable. Pour le commun des mortels, pas moyen de trouver la recette de ce pain-là, et encore moins de s’en procurer des tout faits en magasin. C’est comme vouloir obtenir la recette du coca cola ou les codes de lancement des ogives nucléaires.

Mais moi, j’ai mes entrées dans les profondeurs du web. Un jour, derrière un click, j’ai réussi à trouver les ingrédients. Et là, j’ai déchanté. Cette farine de dieux grecs, c’est de l’uranium enrichi et pas du régime crétois : de la farine de blé raffiné mélangée à de la farine d’orge malté, de la niacine, du fer (« reduced iron »), du thiamine, du mononitrate, de la riboflavine, de l’acide folique, des enzymes, etc. Une arme de destruction massive.

Retour chez ma boulangère pour calmer mes tremblements et mes sautes d’humeurs. J’ai acheté de la ciabatta, un pain italien fait avec de l’huile d’olive et beaucoup d’eau, idéal pour les sandwichs. C’est un beau pavé, doré, moelleux, épais, avec une mie tendre et délicieuse. En burger, c’est le top. Pour le reste, je le confesse, j’ai piraté le grand M jaune. La loi Hadopi n’a pas encore sévit dans la cuisine, autant en profiter.

J’ai fendu le pain en deux, déposé les deux parties sur une plaque de four, mis une tranche de fromage Leerdamer sur la partie inferieure du pain, placé le tout sous le grill. Mais auparavant, en bon carnivore miam-miam, j’ai préparé mon steak haché, du poids que vous souhaitez selon le nombre de mangeurs. A la viande, j’ai ajouté de l’oignon émincé, du sel, du poivre noir et du paprika. J’ai mélangé tout ça et formé un steak.

J’ai sorti le pain chaud du four à l’odeur de fromage fondu – j’en salive encore. J’ai déposé sur l’une des faces la viande grillée, mais encore rosée, à l’intérieur – une viande trop cuite est un tue burger. Ai rajouté deux tranches de fromage fondu spécial hamburger, disposé deux rondelles de tomates, des rondelles d’oignon, pressé quelques gouttes de citron. La mayo et le ketchup terminent l’édifice. Et bien sûr, mis par-dessus la partie supérieure du pain, encore toute chaude. J’ai accompagné le sandwich d’une salade de poivron rouge toute simple et d’une romaine. Dès la première bouchée, j’ai éprouvé un sentiment de bien-être, une euphorie totale. Plus de tremblements, jusqu’à la prochaine dose.

Je ne vous conseille pas ce menu pour un plan drague. Sauf si vous aimez quand ça dégouline de partout.

Malik Youssef

Le coin recette : Pain ciabatta

Chorba boy décline toute responsabilité si vous vous plantez dans la recette.

Ingrédients : (pour 2 pains) 500g de farine blanche type 55, 400 ml d’eau, 1 sachet de levure boulangère, 1 c à café de sel, 50 ml d’huile d’olive.
La préparation : Dans un récipient, verser 300g de farine, 20 cl d’eau et la levure. Pétrissez à la main pendant 5 minutes, puis laisser la pâte fermenter 4 heures.
Ajoutez le reste de farine et d’eau, le sel et l’huile d’olive. Pétrissez les ingrédients pendant 5 minutes puis laisser reposer la pâte 2 heures dans la terrine.
Déposez la pâte sur une surface légèrement farinée et divisez-là en 2 morceaux. Etirez chaque morceau de pâte de façon à former un pain de 20 cm de long environ, mettez les pains sur une plaque et laissez-les reposer une heure.
Préchauffez le four à 200°C. Fariner les pains et faites-les cuire de 25 à 30 minutes jusqu’à ce qu’ils soient bruns dorés ; laissez-les refroidir sur une grille.

Bon appétit

Malik Youssef

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