8 h 35, mercredi matin, pile à l’heure pour grimper sans me presser dans le RER D de 8 h 37. Mais une fois de plus, l’affichage est resté figé dans le passé : l’écran des départs indique 7 h 09. Un événement inattendu m’arrête dans mon élan. Dans le couloir qui mène aux quais, plusieurs agents de la SNCF s’affairent et interdisent l’accès à la voie 5. Mon cerveau, encore embrumé des excès de la veille, a-t-il bien aperçu un corps protégé dans un linceul ?

Une touriste me sort de ma torpeur et me demande comment aller à Paris. Je lui réponds que l’accident va sans doute causer des retards. 8 h 40, ô magie ! Quatre trains entrent en gare. Les voyageurs, peut-être hantés comme moi par cette vision macabre, s’y engouffrent machinalement.

Le lendemain matin, la responsable commerciale de la gare dionysienne m’éclaire sur les circonstances de l’accident. « A 7 h 10, un voyageur a tiré la sonnette d’urgence. Il a vu un homme mort sur la voie. Etait-il déjà blessé avant de tomber sur le quai ? A-t-il été happé par l’arrière du train ? Les circonstances de l’accident ne sont pas encore clairement définies et font actuellement l’objet d’une enquête par les services de la police judiciaire de Saint-Denis, m’explique-t-elle. En cas d’accident de personne, tous les trains de la zone sont arrêtés », poursuit-elle.

Hier, ça a duré une heure trente. Le temps nécessaire pour que les équipes de pompiers, de la police, de la SNCF et de nettoyage évacuent le corps, récoltent les témoignages, récupèrent les enregistrements de la vidéosurveillance et effacent les traces de l’accident. Les agents confrontés à cette situation peuvent stopper leur journée de travail, et bénéficier d’un soutien psychologique. Hier, aucun n’a souhaité quitter son poste, pas même le conducteur. Celui-ci n’a rien vu, puisque l’accidenté n’a pas été heurté par l’avant du train.

L’identité de la victime reste inconnue : il n’avait aucun papier d’identité. Je décide donc de me rendre au commissariat de police de la ville pour y recueillir plus de détails. En vain. Personne n’a souhaité me renseigner. Je serai informée par la presse, comme tout le monde…

Des accidents comme celui-ci, il en arrive un par an à Saint-Denis. Pourtant, tous les jours, j’entends le message de la SNCF qui répète que « dans cette gare circulent des trains sans arrêts » et m’invite à rester « éloignée de la bordure du quai ». Alors je me tiens sagement à distance des voies. Depuis peu, chaque train sans arrêt est annoncé par voie d’affichage et haut-parleurs. Par habitude et lassitude, personne n’y prête plus attention.

Bouchra Zeroual (Ecole du Blog)

Bouchra Zeroual

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