« Pour moi les jeux c’est le graal, c’est là-bas que tu retrouves les meilleurs sportifs de tous les continents. Faire une médaille là-bas ça veut dire être considéré comme le meilleur dans ta discipline», rêve déjà Samuel Kistohurry. Le jeune boxeur de 26 ans originaire de Pessac, petite ville de la banlieue bordelaise, a obtenu son ticket pour Tokyo en mars 2020 in extremis. Lui qui n’était pas parvenu à se qualifier pour l’édition précédente à Rio était désireux de prendre une revanche sur le destin.

Tout comme Samuel, Marie Oteiza n’avait pas pu décrocher la qualification pour les Jeux de 2016, celle qui s’illustre dans le pentathlon raconte : « En 2015 alors que je n’étais encore qu’en catégorie junior j’ai réussi une perf incroyable : j’avais fini 7ème sur un championnat du monde, donc pour une junior c’était inattendu pour moi ! C’est à partir de ce moment que je me suis permise de rêver des jeux. »


Samuel Kistohurry a décroché son billet pour les jeux olympiques de Tokyo et concourra en moins de 57 kilos.  

La jeune athlète, native des Landes, raconte aussi le stress que peut représenter les jeux olympiques, plus grande compétition pour ces sportifs qui se préparent des années, pour quelques minutes sacrées, regardées par des millions de téléspectateurs. « Je me suis mise une pression monstre pour me qualifier aux JO de Rio. Et ce n’est pas du tout comme ça que je fonctionne, j’ai besoin de lâcher prise et de m’amuser, à cause de cette pression je suis passé complètement à côté de ma qualification », se souvient-elle.

Programmés pour les jeux olympiques depuis le plus jeune âge

Un destin sportif qui a débuté dès la plus petite enfance pour eux à l’image de Steven Da Costa, le karateka de Mont-Saint-Martin en Meurthe-et-Moselle, qui foule le tatami pour la première fois à peine âgé de quatre ans. «Mon grand-frère faisait déjà du karaté, donc mon frère jumeau et moi on l’a suivi finalement. Puis après mon père s’y est mis aussi et c’est un peu devenu le sport de famille, à cet âge-là c’est plus un jeu mais c’est par la suite que c’est devenu sérieux ». 

Très vite le jeune combattant prend goût à la compétition et connaît une ascension éclaire au point de rentrer en équipe de France à seulement 14 ans, ce qui le pousse l’année d’après à partir avec son frère au CREPS (Centre de ressource, d’expertise et de performance sportive) pour se consacrer plus sérieusement au sport dans lequel il excelle. À peine adolescent, le jeune homme se retrouve donc à 400 kilomètres de ses parents, plongé dans le rythme effréné des entrainements du CREPS de Châtenay-Malabry dans les Hauts-de-Seine.

 

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Steven Da Costa est l’un des combattants les plus attendus aux jeux olympiques pour le karaté français. 

À l’époque il est encore très loin de s’imaginer être professionnel comme il l’explique : « Tu ne choisis pas finalement parce que le haut-niveau ce n’est pas donné à tout le monde ! Et même si tu travailles énormément et que tu te donnes tous les moyens il y a des fois où ce n’est pas fait pour toi. C’est en continuant d’enchaîner les performances que ça devient ton quotidien, mais ce n’est pas toi qui le choisis dès le départ comme pour un métier normal ».

Tous les trois quittent très rapidement le nid familial en raison de leurs excellents résultats sportifs, tous intègrent ce qu’on appelle communément un « établissement de sport-études » : Marie, Steven et Samuel ont un emploi du temps aménagé pour suivre leur cursus scolaire et leurs entrainements.

Préparer les Jeux Olympiques, et le retour à la vie normale

Un rythme soutenu, avec plusieurs entraînements par semaine, qui se complique encore un peu plus après l’obtention du bac car se pose la question de poursuivre un cursus universitaire tout en devant gérer sa carrière au haut-niveau. Un choix souvent cornélien, entre la passion du sport, et l’avenir post-carrière à préparer. Parmi les trois, seule Marie est encore étudiante, elle qui aspire à être agent immobilier après sa carrière a dû mettre ses études entre parenthèses afin de mieux se préparer aux Jeux :

« Après ma licence j’ai fait une petite pause dans mes études dans l’optique des jeux, pour l’instant je suis inscrite dans une école d’immobilier. J’ai dû décaler ma rentrée en raison du report des jeux : j’aurais dû démarrer en septembre mais c’est repoussé à septembre prochain. Après les jeux de Tokyo je me libèrerai quelques mois pour m’y consacrer entièrement. » détaille-t-elle.

Steven est quant à lui dans un cas à peu près similaire, le champion de karaté, qui vit dans le Grand Est, exerce en parallèle de sa carrière sportive la profession d’agent commercial pour la SNCF. En raison de ses déplacements pour des tournois, le jeune champion du monde dispose d’un contrat détaché : « Je suis détaché à 70%, ce qui me permet de m’entrainer à plein temps et de me concentrer sur le sport. A l’habitude je travaille 50 jours dans l’année, mais comme c’est l’année des jeux on m’a détaché à 100% ».

Une préparation bousculée par la pandémie

À cause de l’irruption du Covid-19, les jeux ne se dérouleront cinq ans après la dernière édition, en raison du report décidé très tôt par le Comité international olympique : « Au début je l’ai bien pris je te mens pas, parce qu’on sortait de deux ans de qualifs où je combattais toutes les deux semaines. Je me suis dis que j’allais pouvoir souffler et me laisser un an de plus pour bien me préparer. Mais là je t’avoue que ça commence à être long », confie le karatéka.

Samuel partage le même avis : « Je pense qu’il y a eu un mal pour un bien. Au début j’étais dégouté mais après j’ai relativisé, je me suis mis à m’entraîner un peu plus. J’avais aussi quelques défauts que je devais corriger et aujourd’hui je vois qu’en 15 combats je n’ai fait aucune défaite. Aujourd’hui je suis impatient d’y être et de faire une médaille ».  Le Bordelais se prépare actuellement à l’INSEP à Paris, et malgré le contexte sanitaire il parvient à participer à quelques tournois préparatifs récemment en Allemagne et en République-Tchèque au cours desquels il affronte de potentiels concurrents à l’or olympique.

Avant le grand plongeon à Tokyo, Marie Oteiza enchaîne les longueurs pour se préparer au mieux pour les Jeux Olympiques. 

Samuel qui est aujourd’hui jeune papa puise sa motivation dans le regard de sa fille, qu’il voit peu en ce moment en raison de ses tournois de préparation : « Ma fille m’a boosté pour me préparer à ses jeux, aujourd’hui elle a quatre ans. Je ne vais pas lui imposer de faire de la boxe (rires), si elle veut en faire elle en fera ou si elle veut faire du foot elle en fera aussi. Je la pousserai toujours, parce que ma mère m’a toujours poussé dans le sport. Pour les enfants c’est une bonne chose, ça leur forge une éducation et du respect. » 

Alors que Marie, Steven et Samuel sont encore en pleine préparation de la compétition de leur vie, il ne reste plus qu’à leur souhaiter de pouvoir faire retentir la Marseillaise dans la capitale nipponne et revenir auprès de leurs proches avec l’or olympique au cou.

Félix Mubenga

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