À la sortie du métro Porte de Saint-Ouen, Sabreen Al Rassace responsable de l’association Revivre, brief ses bénévoles. Pour la plupart d’entre eux, c’est leur premier jour dans l’association. La tension est palpable. Sur le trottoir, le bruit des travaux de voirie empêche la responsable d’être correctement audible. Sabreen conclut son brief par la distribution de papiers de procédure, écrit aussi bien en français qu’en arabe. Nombreux sont les bénévoles qui ne parlent pas arabe. Les réfugiés, eux, balbutient quelques mots de français. Il suffira, pour cette journée de noter, nom, prénom, numéro de passeport, si passeport il y a. Dernier conseil, « s’ils se montrent agressifs, éloignez-vous ». Sur ces dernières recommandations, le groupe d’environs 6 bénévoles part à leur rencontre.
L’objectif de la journée est clair : faire une évaluation sanitaire du camp et procéder à un recensement des personnes présentes. Le groupe de bénévole se sépare en deux, respectivement au nombre de camp dans le quartier entre l’Avenue de la Porte de Saint-Ouen et la rue Louis Pasteur Vallery-Radot. À notre arrivée, un coordinateur de l’association Emmaüs est déjà présent. Il est à la recherche d’un réfugié devant bénéficier du CADA (Centre d’accueil de demandeurs d’asile). Le bénévole Emmaüs voudrait comprendre pourquoi il ne s’y est pas présenté. La demande du coordinateur fait sourire Sabreen qui connait la réponse… il n’y a pas de places au CADA ! L’homme recherché est sur le territoire français depuis un an, mais vit toujours dans la rue. Selon Le Monde, 25 familles syriennes sont présentes sur ce campement.
Les réfugiés, originaires de la ville de Lattaquié, ont, semble-t-il, tous emprunté la même route. La ville, située à la frontière turque sur le littoral méditerranéen, est selon les Syriens aux mains de Bachar Al Assad. Ils sont Kurdes, jeunes, et à la recherche d’une terre d’asile. Abdulhadi Alhassan, 21 ans, est parti de Lattaquié le 12 novembre 2012. Il a fui la guerre et a parcouru, pendant un an, le Maghreb. Après être passé par le Liban, l’Égypte, La Libye, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, et l’Espagne, il se retrouve sans logement ni travail aux portes de Paris. Youssef, jeune homme au teint hâlé et aux yeux verts, est en contact avec sa mère, arrivée il y a quelques jours en Grèce. Accompagné de sa femme Lina et de son enfant ils attendent le reste de la famille. Le moment venu, ils décideront ensemble quelle sera leur prochaine destination. Aller en Allemagne, en Belgique, rester en France ? Quelle sera la meilleure option ?
« Nous ne sommes pas une nuisance sur le territoire français »
« Je ne connais pas mon passé, je ne peux pas connaitre mon avenir » confie Imane, 18 ans. Elle est arrivée accompagnée de son unique enfant et de son frère. Derrière elle, elle a abandonné son mari, en prison depuis deux ans. Lui était maçon et a été arrêté, selon elle, de manière arbitraire. Si son mari est libéré, elle le rejoindra en Syrie. En attendant, elle veut vivre loin de cette guerre sanglante.
Chaque bénévole s’occupe d’un petit groupe de réfugiés. L’association est rejointe par des habitants du quartier. Martha vient tous les jours depuis quelques semaines. Tous les jours, elle ramène de quoi manger, boire ou se réchauffer. Cependant, elle prend garde à être équitable et veille à ne pas donner les vivres aux mêmes personnes. « Je t’ai déjà donné du pain hier » répète-t-elle à un homme sans dent qui enchaine cigarette sur cigarette.
Plus loin, un groupe de trois jeunes filles s’occupe d’une femme syrienne. Enceinte depuis six mois, elle aimerait un réchaud
pour pouvoir se faire du thé ou du café. Les trois jeunes filles lui proposent alors de venir chez l’une d’entre elle se reposer dans un véritable lit. La femme refuse catégoriquement. Son mari considère que c’est un manque de dignité que d’accepter la charité. La femme se contentera donc des vivres apportées par les bénévoles, qu’elle devra partager avec les autres réfugiés.
L’association Revivre est aussi accompagnée par des journalistes. Ils discutent, notent, filment, photographient. Seulement, les Syriens, pour la plupart, ne veulent pas être photographiés. Youssef ne veut pas être pris en photo pour des raisons de sécurité explique-t-il. Selon lui, les photos véhiculeraient une mauvaise image de cette crise migratoire. « Nous ne sommes pas une nuisance sur le territoire français » déclare-t-il sans trop de conviction. Tous espèrent que ces conditions soient temporaires. Pourtant la situation dure et se détériore.
Pénélope Champault
« Je ne connais pas mon passé, je ne peux pas connaitre mon avenir »
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